Lettre à mémé

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orthographeChère mémé (1)

Je doute que cette « lettre » te parvienne là où tu te trouves (2). Mais je tenais à t’informer que j’ai  sauté le pas. J’ai osé. Je tiens un BLOG depuis quelques mois. Un blog, ma mémé, c’est une sorte de journal intime mais public que tu postes sur Internet.

Internet c’est… un vaste réseau virtuel…

Je ne sais pas pourquoi j’essaie de t’expliquer ce qu’est un BLOG, internet ou je ne sais quoi, puis que la seule question qui te brûle les lèvres c’est  : « mais qui corrige tes fautes ? » Cette même question que tu me l’a pausé lorsque je t’ai annoncé que j’étais devenu journaliste.  Je vois encore ce regard plein d’inquiétude, tes grands yeux bleus incrédules. (3)

Je me souviens que ce jour-là, de cette carte postale envoyée du Canada quelques années plus tôt, en 1971. Nous y passions l’été avec mon père. Une superbe vue du lac Louise près de Banff en Alberta, avec son hôtel néo-victorien et les Rocheuses en arrière-plan.

A mon retour en France, un dimanche, j’étais allé te rendre visite avec ton fils et ma mère.

Sans vouloir te faire de peine, mémé, je crois que c’est la première fois que je venais te voir  de bon cœur, pressé de voir l’effet que cette petite carte avait eu sur toi. Il faut avouer que tu n’étais pas vraiment du genre chaleureuse et que les visites se résumaient souvent à une litanie de reproches adressées à ton fils qui, selon toi ne nous élevait pas dans les normes.

Si mes souvenirs ne me trahissent pas, je crois que ce jour-là, je n’ai même pas eu l’occasion de  te faire la bise. Tu m’as tendu avec un mépris glaçant, la fameuse carte portale couverte de ratures rouges nerveuses en me disant :« faire autant de fautes à ton âge est une honte! »

Depuis ce jour, je n’ai jamais plus réussi à envoyer une carte postale.

J’en ai rédigé des dizaines qui ont toutes été détruites.

Alors  tu vois, mémé, avec ce blog, je rattrape le temps perdu, chaque « post » (c’est comme cela que l’on dit) est comme une  carte postale racontant, à qui veut bien les lire, mes péripéties ferroviaires quotidiennes.

Les fautes, je leur donne la chasse, mais parfois le chasseur fatigué, étourdi, ignorant ou trop occupé à chasser, ne vois pas la petite coquille bien dodue, la virgule malade, l’article amputé, l’accord hasardeux, qui se fondent dans le paysage.

Si, à tout hasard, tu croises un de mes textes et une
faute, je ne t ‘en voudrai pas de me l’indiquer… Je te promets de la corriger aussitôt.

Je t’embrasse

(1)Je déteste ce mot que je trouve idiot, méprisant, mais lorsque nous étions petit c’était la seule manière de faire la distinction entre notre grand-mère maternelle et paternelle.

(2)Ma grand-mère est morte en 1998.  Incinérée ses cendres fertilisent le tombe de son fils (mon père) parti un an avant elle.

(3)Il faut dire que pour ma grand-mère, une ancienne institutrice de campagne, à la réputation de peau de vache, on ne badine pas avec l’orthographe.

 

 

 

7 réflexions sur “Lettre à mémé

  1. …Si, à tout hasard, tu « croise » un de mes textes et une
    faute, je ne t ‘en voudrai pas de me l’indiquer… Je te promets de la corriger aussitôt…
    …attention à l’œil acéré de mémé… 😉 …

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  2. Pingback: J’aime beaucoup ce que vous écrivez, mais… | chroniquesdurail

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