Confiné : avec Les frères sisters

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Les frères Sisters, de Patrick DeWitt Traduit de l’anglais (Canada) par Emmanuelle et Philippe Aronson Actes Sud, 380 p., 22,80 €

Charlie et Eli Sisters sont deux redoutables tueurs professionnels. En 1851, dans l’Ouest américain, c’est un métier qui laisse peu de temps libre. Ils sont à peine de retour en ville qu’on leur attribue une nouvelle mission. Le Commodore, leur employeur, leur demande de supprimer un chercheur d’or en Californie. 

Ce roman jouissif, aux allures de conte philosophique décalé, raconte, du point de vue de l’un des deux frères, la chevauchée de ces personnages aux caractères différents. Des centaines de kilomètres et autant de rencontres et d’aventures les séparent de leur contrat.

Tour à tour picaresque, excentrique, incongru, l’auteur nous fait avaler les pires horreurs avec un humour irrésistible. On assiste avec délectation aux interrogations existentielles du narrateur, qui s’inquiète pour son frère qui, lui, ne semble pas se poser la moindre question…

Confiné : Là où naissent les ombres

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Là où naissent les ombres, de Colin Winnette. Denoël. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel. 222 p., 20,50 €

Brook et Sugar sont deux redoutables chasseurs de prime qui se disent frères. Leurs méthodes sont particulièrement expéditives et sanglantes. Leur piste est pavées de cadavres qu’ils ont criblé de balles. Mais ils aiment également prendre du bon temps, comme s’endormir dans la forêt en comptant les étoiles, se faire laver et bichonner, se coiffer avec des huiles parfumées. Brook et Sugar, frères ou pas, forment à coup sûr un bien étrange duo. Un jour ils tombent par hasard sur un garçon visiblement amnésique et du genre à pleurer pour un oui pour un non. Ils le surnomme Bird et en font leur mascotte avant de poursuivre leur route qui s’annonce pleine de surprises et de mauvaises rencontres…

Ce western sombre, violent, contribue à revisiter à la manière de Patrick DeWitt dans Les frères Sisters, le genre en y ajoutant une dose jubilatoire de causticité, d »humour, dedérision et de suréalisme. L’auteur a un remarquable sens du rythme et des dialogues.

Confinés : en Alaska avec Jamey Bradbury

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Sauvage, de Jamey Bradbury. Gallmeister. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Maihos. 314 p., 22,60 €

Depuis la mort de sa mère, Tracy Petrikoff, 17 ans, vit seule en Alaska,  à l’écart du monde avec son petit  frère et leur père. La seule chose qui intéresse cette jeune fille, c’est chasser, piéger et s’occuper de ses chiens de traîneau. Elle les entraîne quotidiennement avec l’objectif de participer à la Junior Iditarod, une course de chiens de traîneau pour les jeunes mushers qui s’inspire de la mythique course du même nom.

Trois grandes règles, régissent la vie de Tracy :  « Ne jamais perdre la maison de vue, ne jamais rentrer avec les mains sales et ne jamais faire saigner un humain » . Règles qu’elle met un point d’honneur à respecter scrupuleusement comme elle l’a promis a sa mère malade. Jusqu’au jour ou elle est attaquée en forêt par un mystérieux personnage. Elle e blesse avec son couteau avant de perdre connaissance. Lorsqu’elle se réveille  couverte de sang son assaillant a disparu et va se transformer en obsession permanente. Si elle est persuadée qu’il va revenir pour se venger, elle n’en parle personne… 

Ainsi démarre cette troublante histoire, qui  nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille aussi fascinante et attachante que singulière. 

A propos de l’auteure

Jamey Bradbury est née en 1979 dans le Midwest et vit en Alaska depuis quinze ans. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge. Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. Sauvage est son premier roman. (Sources Gallmeister)

Confinés : Et si on en profitais pour régler notre dette de sommeil?

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Sauvé par la sieste. Petits sommes et grandes victoires sur la dette de sommeil, de Brice Faraut. Actes Sud. Question Santé. 248 p., 20 €

C’est un spécialiste ou un grand (futur?) malade qui témoigne. Je ne parles pas de l’auteur, Brice Faraut, mais de moi-même, mon sujet préféré. J’ai depuis des années du mal à dormir. Nous sommes nombreux dans ce cas. Alors lorsque je suis tombé sur ce petit livre sur le bureau d’un collègue chargé au journal de la rubrique santé, je me suis jeté dessus. Je l’ai lu et relu, annoté, surligné… Que d’infos et mises en garde.

La sieste serait à en croire l’auteur de ce rmarquable et passionnant livre, le remède le plus efficace à l’un des maux les plus pernicieux de notre époque : le manque chronique de sommeil qui, lentement mais sûrement, détruit notre santé.

A en croire l’auteur (docteur en neurosciences, Brice Faraut dirige des recherches sur les effets de la privation et de la récupération de sommeil chez l’homme), la sièeste serait la solution pour une vie plus active, plus saine, plus créative et plus sereine.

Les dernières études scientifiques ont révélé qu’elle nous permet de lutter contre la somnolence, la baisse de performances, la morosité, la douleur, la fragilité immunitaire, le stress, et de se protéger du surpoids et du risque cardio-vasculaire. Le sommeil assure la croissance, consolide la mémoire, régénère, nettoie, protège l’organisme. Quand la nuit il se fait rare, la sieste devient notre meilleure alliée.

Ce livre nous apprend à lui réserver les moments les plus favorables de la journée, à lui consacrer les bonnes durées, à contourner ses petits obstacles, à optimiser ses avantages, et à comprendre l’intérêt majeur qu’il y a à la pratiquer. La sieste ou l’art de retrouver et d’entretenir notre vitalité.

Aujourd’hui, plutôt que de redonner au sommeil sa place légitime, on le sacrifie sur l’autel du travail, ou on le dresse à coups de mélatonine et de somnifères. Des millions de personnes luttent chaque jour contre un manque de sommeil chronique qui les épuise, use leur organisme et menace leur santé : 20 % de la population française perd ainsi chaque nuit 90 minutes de sommeil. Pour y remédier, une seule solution : dormir.
Et dans nos sociétés suractives, un seul antidote, qui plus est naturel : la sieste

A propos de l’auteur

Docteur en neurosciences, Brice Faraut dirige des recherches sur les effets de la privation et de la récupération de sommeil chez l’homme. Il a été chercheur à l’Université libre de Bruxelles, au sein d’un large consortium de recherche européen sur les conséquences du manque de sommeil.

Depuis 2014, il travaille au Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel-Dieu à Paris (université Paris V-Descartes-AP-HP), dans l’équipe VIFASOM (Vigilance, fatigue, sommeil et santé publique). Il est l’auteur de découvertes importantes sur les bienfaits potentiels de la sieste sur la santé et de nombreuses publications scientifiques.

Confinés : Disparaître avec Mathieu Menegaux

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Disparaître, De Mathieu Menegaux. Grasset. 210 p., 18 €

A Paris, rue des Trois-frère, dans le quartier des Abesses, une toute jeune femme se défenestre. Pour la police, le suicide ne fait pas de doute, l’affaire est classée. A Nice, un homme noyé échoue sur une plage, son corps est impossible à identifier. L’extrémité de ses doigts a été brûlée, et le séjour prolongé dans l’eau ont déformé son visage.

Cette affaire qui de toute évidence « pue » et s’annonce compliquée est confiée au capitaine Grondin, un parisien nouvellement affecté sur la Côte d’Azur.

Si je dois avouer avoir déviné assez vite le dénouement de cette histoire, la lecture de ce roman n’en reste pas moins addictive comme annoncé dans la quatrième de couverture. L’auteur dont les trois derniers romans chez Grasset ont été primés – Je me suis tue, (2015), Un fils parfait (2017), Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (2018)- maîtrise bien l’art de la narration. Le style est agréable. Une belle découverte.

Confinés : Et si nous descendions la rivière avec Edward Abbey

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En descendant la rivière, d’Edward Abbey. Gallmeister. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos. 238 p., 22 euros

Ce livre publié dans sa version originale en 1982 regroupe des essais autobiographiques, politiques et philosophiques écris entre 1978 et 1982. Des textes truffés de références culturelles, littéraires qui vous embarquent à la découverte des grands espaces sauvages américains, la grande cause de cet immense personnage.

Nous sommes des années après la publication de son mythique Désert solitaire (1968) et de ses romans comme : Le gang de la clé à molette (1975), Le feu sur la montagne (1962), Seuls sont les indomptés (1956)…

Edward Abbey (1927-1989) est l’un de mes auteurs américains favoris. Ces textes poétiques, provocateurs, drôles ont cette incroyable capacité à vous tirer de la mélancolie dans laquelle vous pouvez vous trouver en passant par des moments difficiles…

Confinés : et si nous lisions My absolute darling

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En prenant conscience qu’une autre vie est possible, une jeune fille, victime d’un père sociopathe, abusif et incestueux, comprend que tuer ou mourir pourrait être le prix à payer pour son émancipation. Un roman à ne surtout pas manquer !

My Absolute Darling, de Gabriel Tallent Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski, Éd. Gallmeister, 456 p., 24,40 €

Depuis la disparition mystérieuse de sa mère, Turtle, 14 ans, vit avec son père dans une cabane déglinguée et isolée au bord du Pacifique, dans le nord de la la Californie. Sa vie sociale se limite au collège où son père ne la laisse jamais aller seule.

Le reste du temps, la gamine passe ses journées à démonter, nettoyer et remonter ses armes, à s’exercer au tir ou à arpenter les forêts et les plages, pieds nus. La nature, luxuriante, splendide, omniprésente, n’a aucun secret pour elle. Elle est capable d’y survivre en tirant parti des moindres ressources disponibles. Avaler un scorpion vivant ne lui fait pas peur.

Des connaissances qu’elle doit à son père, Martin. Adepte du mouvement survivaliste, ce personnage charismatique est persuadé que le monde court à sa perte, qu’une catastrophe écologique majeure est proche. Pour s’y préparer, depuis des années, il entraîne sa fille à la dure, sous le regard perplexe de son propre père qui vit à proximité dans une vieille caravane en ruine.

À 6 ans, il l’initiait au tir. Aujourd’hui, son aisance avec les armes est l’une des rares occasions où son père semble fier d’elle. Pour le reste, ce sociopathe, amateur de philosophie, pervers, manipulateur, abusif et incestueux ne lui fait pas de cadeau, enchaînant non sans un certain talent tortures, vexations, et humiliations en tout genre.

Partagée entre le désir permanent de fuir et d’être un jour digne de l’« amour » qu’il lui porte, elle profite de ses sorties en forêt pour se ressourcer. Jusqu’au jour où elle y croise deux ados qui se sont égarés. Après les avoir observés discrètement, elle va leur proposer de les ramener chez eux.

Une occasion inespérée de découvrir brièvement une vie de famille apaisée. Cette rencontre et la relation naissante avec Jacob, l’un des adolescents, va entamer sa carapace, faire naître le doute au sujet du comportement de son père mais aussi et surtout lui faire comprendre que le prix qu’elle va devoir payer pour accéder à cet autre monde risque d’être élevé.

Autant prévenir, ce huis clos est de bout en bout d’une noirceur absolue, rien ne nous est épargné. L’auteur, dont c’est le premier roman, nous fait vivre par le détail ce que doit endurer cette jeune fille, sans jamais sombrer dans le voyeurisme, la facilité ou la complaisance.

Avec une infinie délicatesse et finesse, il décortique la complexité de leurs rapports. Le résultat est à ce point convaincant qu’on éprouve sans cesse l’envie de plonger au cœur des mots pour prêter main-forte à cette époustouflante et émouvante héroïne.

Confinés : et si nous lisions Dans la forêt ?

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Ce roman époustouflant est l’un de mes grands coups de coeur de l’année dernière. Une histoire où il est également question de confinement…

Dans la forêt, de Jean Hegland, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche, Éd. Gallmeister, 310 p., 9,90 €

L’histoire débute au cœur d’une forêt de Californie, dans un futur proche. Nell, 17 ans, et sa sœur Eva, 18 ans, s’apprêtent à fêter Noël. Une fête qui a cette année une saveur particulière : « Pas de guirlandes, pas de cartes de vœux de grands-tantes et de cousins issus de germains, pas de chants de Noël, raconte Nell. Pas de dinde, ni de pudding, ni de balade jusqu’au pont avec nos parents, ni de Messie. Cette année, Noël n’est rien de plus qu’un carré blanc sur un calendrier presque arrivé à la fin, une tasse de thé en plus, quelques instants d’éclairage à la bougie, et, pour chacune de nous, un unique cadeau. »

Cette année, en effet, l’heure n’est pas vraiment à la fête. Et pour cause, pour d’obscures raisons, à quelques kilomètres de leur chalet, la civilisation s’effondre. Il n’y a plus d’électricité, les magasins ont été pillés, il n’y a plus rien à manger, plus de carburant et partout, les gens meurent de différentes maladies.

Isolées et relativement préservées de ce chaos, Nell et Eva ne savent pas exactement ce qui se passe. Elles continuent à vivre et à rêver à ce que leur vie était et à ce qu’elle sera quand la situation redeviendra normale. En attendant, elles s’adaptent comme elles y ont été entraînées depuis toutes petites par leurs parents aujourd’hui décédés. Leur mère d’un cancer, leur père d’un accident.

Eva continue à danser du matin au soir (désormais sans musique !) afin de pouvoir intégrer une école de danse réputée ; Nell continue à écrire (sans ordinateur) et à dévorer un à un tous les mots de l’encyclopédie pour entrer dans une grande université. Mais petit à petit, alors que les jours passent, qu’elles deviennent adultes, que les rations baissent, que les menaces d’attaques de pillards se font plus pressantes, la survie avec ce que peut leur apporter la forêt devient leur premier souci…

Les mots semblent bien faibles pour dire tout le bien que l’on pense de cette histoire postapocalyptique qui tient la fois de la fable écologique et du récit initiatique et intimiste, tant elle est étonnante, pesante, troublante, remarquablement écrite avec une noirceur ambiante qui tranche avec la beauté des paysages.

Cette auteure, dont ce fut le premier roman (publié il y a une ­vingtaine d’années aux États-Unis !), nous propose ici une inoubliable et parfois dérangeante réflexion sur le sens de la fratrie, le rapport avec la nature quand les biens de consommation viennent à manquer.

Des romans pour sortir du confinement

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Lors de son allocution du 16 mars, à l’occasion de laquelle il annoncait quinze jours deconfinement pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus, notre président invitait « ses chers compatriotes » à lire … Cette suggestion est aussi bonne que le ton de ce dernier était terriblement agaçant. Alors voici une petite sélection de romans que j’ai lu et breaucoup apprécié. J’espère qu’ils vous aiderons à passer ce moment. D’autres suivront au cours des jours qui viennent… N’hésitez pas à me laisser des commentaires et des suggestions. Notre président (toujours lui!), n’a-t-il pas également suggéré que nous inventions d’autres formes de partages et de solidarités ? Allez, bonne lecture

Ces montagnes à jamais, de Joe Wilkins. Traduit de l’anglais (États-Unis). Gallmeister, 320 p., 23 €

Au cœur des vastes espaces sauvages du Montana, l’horizon de Wendell Newman, 24 ans, le personnage principal de ce saisissant premier roman, semble bien sombre. Il y a dix ans, après avoir tué un garde-chasse, son père s’est enfui dans les montagnes où il a disparu. Malade depuis des années, sa mère vient de se suicider. Les soins que Wendell a assumés financièrement pour tenter de la sauver l’ont ruiné. L’ancienne vedette de basket du lycée survit, seul dans une vieille caravane, sur ce qui reste des terres ayant appartenu à ses parents, comme ouvrier agricole.

Quand une assistante sociale débarque pour lui confier la garde du fils illégitime de sa cousine, incarcérée pour une affaire de drogue, cela ressemble à une épreuve supplémentaire. Pourtant, touché par l’histoire de Rowdy, gamin de 7 ans mutique et traumatisé, Wendell décide de lui donner la chance qu’il n’a pas eue.

Il va prendre soin de lui, l’emmener partout avec lui, l’inscrire à l’école et l’initier à la vie sauvage. Des liens de plus en plus forts se créent. Des moments émouvants que l’auteur décrit avec une très grande subtilité et une connaissance intime des communautés rurales isolées du Montana. Et pour cause, comme son personnage, Joe Wilkins a grandi dans une ferme locale et, comme lui, a perdu son père très jeune. Une enfance qu’il évoque dans un remarquable récit auto­biographique (The Mountain and the Fathers), qui sera traduit chez Gallmeister en 2021.

Si, grâce à cet embryon de famille, Wendell et Rowdy retrouvent des raisons d’espérer, leur bonheur reste à la merci des relations au sein de leur communauté rurale. Notamment avec Gillian, l’assistante idéaliste du proviseur de l’école où Rowdy vient d’être scolarisé. Persuadée que Wendell abuse de son neveu, elle cherche à le confondre. Un désir d’en découdre alimenté parce qu’elle est la veuve du garde-chasse tué par son père.

Sur le chemin de Wendell, aussi, des fermiers et des chasseurs constitués en milices violentes. Ralliera-t-il ou non leur cause, comme son père dix ans plus tôt, alors que la tension monte dans la région au sujet d’une chasse aux loups ? Ce roman profondément humain aborde une multitude de thèmes et pose autant de questions, sur le rapport à la terre, à la nature (remarquablement évoquée ici et omniprésente), à la politique, à l’histoire et notamment aux mythes fondateurs de ce pays, comme celui des pionniers et cow-boys qui, dans cette région à l’écart du monde, ont décidément la vie dure.

Qui a tué le maire de Paris ? de Philippe Colin-Olivier. Éd. Pierre-Guillaume de Roux, 200 p., 18 €

J.-J. Navalo, l’actuel maire de Paris a « le torse » et le « verbe conquérants ». « Bâti comme un dieu », son teint rappel le « saindoux de qualité supérieure ». Il a « souvent une raquette sous le bras », il embrasse « sur le front les enfants pauvres », « ronronne » avec les retraités, mange tous les mardis avec un migrant, aime les trottinettes et bicyclettes, déteste l’automobile. En résumé, ce personnage a autant de quoi séduire qu’agacer. Cinq citoyens ont même en tête de l’assassiner. Alors quand ce dernier disparaît après avoir passé la nuit avec une admiratrice, ils deviennent les principaux suspects. L’élite de la police enquête. Une réjouissante charge humoristique contre certains politiciens….

Ailleurs sous zéro, de Pierre Pelot. Héloïse d’Ormesson, 160 p., 16 €

Après Debout dans le tonnerre (2017), Braves gens du Purgatoire (2019), l’auteur vosgien nous régale avec 13 nouvelles « trempées à l’encre de la nuit ». « La première de la harde, qui brandit l’étendard du recueil, prévient-il dans le prologue, fut écrite au profond d’une sorte de gouffre. » Ceux qui le suivent depuis des années se doutent qu’il fait pudiquement référence à la mort de son fils et partenaire de vannes. Un départ qui le plongea dans un silence littéraire que l’on craignait définitif. Cette nouvelle « est le cri, monté plus tard, une fois le souffle retrouvé ». Et du souffle il y en a dans ses histoires sombres et magnifiques, écrites avec les tripes et ses mots rares qu’il affectionne tant. Du grand Pelot

Nuits Appalaches, de Chris Offutt. Traduit de l’anglais (États-Unis). par Anatole Pons. Gallmeister, 228 p., 21,40 €

En 1954, Tucker, un jeune soldat démobilisé, revient dans le Kentucky après avoir combattu en Corée. Sur une route des Appalaches, il croise une jeune fille qu’il sauve d’un viol. Dix ans plus tard, ils vivent ensemble, ont cinq enfants. Tucker travaille pour un trafiquant local d’alcool. Lorsque les services sociaux, alertés leurs conditions de vie, menacent de leur enlever les enfants, les réflexes de l’ancien combattant remontent à la surface, et ce dernier compte bien défendre le droit au bonheur de sa famille. prix Mystère de la critique 2020, ce roman subtil et énergique signe le retour très attendu de cet auteur dix ans après son dernier roman…

La meute, de Thomas Bronnec. Les Arènes Equinox, 428 p., 20 €

Un vieux président défait compte bien revenir au pouvoir à l’occasion des prochaines élections présidentielles. Mais face à lui se dresse une jeune femme novice en politique, d’une gauche nettement plus radicale, qui souhaite bousculer ce vieux monde où règnent les mâles dominants, les spécialistes en communication, les réseaux sociaux. C’est en beauté que se termine avec les mêmes protagonistes cette passionnante trilogie de politique-fiction que cet auteur bien informé a débutée avec Les Initiés (Gallimard), où il évoquait l’influence des hauts fonctionnaires de Bercy et la collusion entre intérêts privés et publics, et En pays conquis (Gallimard), chronique féroce une campagne présidentielle sur fond d’europhobe et de montée de l’extrême droite.

El Niño de Hollywood, d’Oscar et Juan José Martinez. Traduit de l’espagnol (Salvador) par René Solis. Métailié, 336 p., 22 € (1)

Les premières lignes donnent le ton : « L’idée centrale de ce livre est liée à la question du traitement des déchets. Concrètement, c’est au traitement de ces rébus, que la grosse machinerie actionnée par les États-Unis de l’Amérique du Nord, éjecte à intervalles réguliers, hors de ses frontières. Des déchets balancés au Salvador, un pays qui est une machine à broyer… » Miguel Angel Tobar, un jeune sicario, un assassin à la solde du gang la Mara Salvatrucha 13, est l’un de ces « déchets ». Et c’est son histoire que les frères Martinez, un journaliste d’investigation et un ethnologue, racontent dans ce document saisissant, à la construction originale qui tient du thriller, de l’enquête historique et du récit documentaire.

Ils ont rencontré Miguel Angel Tobar lors d’une enquête sur les chefs de gangs aux États-Unis pour elfaro.net, publication qui se présente comme le premier journal sud-américain en ligne. Il venait de se mettre au service de la police comme informateur, signant son arrêt de mort.

Ils vont l’écouter raconter son histoire, de son enfance au Salvador où, chétif et effrayé, il va se mettre à tuer pour survivre, jusqu’à sa propre exécution. Entre de nombreux allers et retours dans l’histoire complexe et sanglante du Salvador, on découvre un homme d’une sincérité glaçante, sans remords, à la fois naïf et superstitieux… Pourquoi ce dernier a-t-il décidé de raconter sa vie, dans un univers où parler vous condamne à mort ? La question reste en suspens. Les auteurs affirment qu’ils n’a rien demandé en retour.

L’intérêt de ce récit, au-delà du témoignage exceptionnel sur l’univers complexe et protéiforme des gangs, est ce qu’il dit de la manière dont des politiques nationales peuvent bouleverser l’existence d’une multitude de personnes. On y voit comment des jeunes migrants salvadoriens ayant fui la violence dans leur pays ont formé l’une des organisations les plus redoutées en profitant de toutes les situations s’offrant à eux. Infiltrant la police, le monde politique, les autres gangs, au point de devenir un problème majeur pour les autorités américaines. Qui n’ont rien trouvé de mieux pour se débarrasser du problème que de le renvoyer dans son pays d’origine. Une décision aux terribles conséquences, puisque le gang va s’y développer et faire du Salvador l’un des pays les plus meurtriers au monde.

18.3, une année à la PJ, de Pauline Guéna. Denoël, 528 p., 21 €

Une année durant, la romancière et scénariste Pauline Guéna a partagé le quotidien des unités de la police judiciaire. Une expérience fascinante qui a démarré, hasard des dates, en novembre 2015, quelques jours après les attentats de Paris. Avec un remarquable sens du détail et une empathie peu commune, l’auteure nous fait assister de jour comme de nuit à des interrogatoires, des perquisitions, des filatures, des planques, des autopsies. Certaines scènes sont dures, glaçantes, à la limite du supportable. L’auteure, à qui rien n’a été épargné de la noirceur humaine, partage dans ce témoignage exceptionnel son expérience des scènes de crime, évoquant justement les états d’âme des policiers, leur humour, leurs souffrances, leurs colères et doutes.

La route 117, de James Anderson. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude, Belfond, 352 p., 21 €

Pour oublier la disparition de sa femme, survenue quelques semaines plus tôt, Ben, chauffeur routier d’un coin perdu de l’Utah, s’accroche à son volant. Malgré la neige et la glace, il multiplie les allers et retours sur la route 117, sillonnant des paysages lunaires, pour livrer toutes sortes de paquets. Un matin, dans une station-service, un étrange colis l’attend : un gamin mutique et son chien, avec un mot lui demandant de s’occuper d’eux. Quelques heures plus tard, on lui confie également un bébé de quatre mois… Ainsi commence cette aventure hypnotique, peuplée de personnages aussi pittoresques qu’attachants, comme dans son précédent roman Desert Home, qui mettait déjà en scène ce même chauffeur routier.

Dry Bones, de Craig Johnson. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides, Gallmeister, 344 p., 23,20 €

La découverte dans un ranch du Wyoming d’un fossile de T-Rex parfaitement conservé aurait tout d’une excellente nouvelle pour la paléontologie. À ceci près que le corps du propriétaire du site, et potentiel bénéficiaire de la manne financière représentée par cette découverte majeure, le Cheyenne Danny Lone Elk, est repêché à proximité. À charge pour le shérif Walt Longmire, déjà fort occupé par des soucis personnels, de débusquer le ou les meurtriers. Une mission d’autant plus compliquée que cette découverte déchaîne les passions et suscite bien des convoitises. Une intrigue bien ficelée avec, au menu, de l’humour, des personnages attachants et la nature des grands espaces de l’ouest américain.

Paz, De Caryl Ferey. Série noire, 538 p., 22 €

Dans Mapuche, l’auteur nous racontait l’Argentine, dans Condor, le Chili. Avec Paz (la paix en espagnol !), il nous entraîne en Colombie. Un pays en charpie, meurtri par la violence politique, sociale, la corruption, traumatisé par des années de guerre civile avec les Forces armées révolutionnaires (Farc). Ce roman saisissant s’ouvre en pleine élection présidentielle, un processus de paix avec les Farc a été initié mais tout est encore si fragile… On y croise une journaliste d’investigation pleine de charme, des narcos, des tueurs, des gamins des rues, des filles perdues, un père redoutable et deux frères que tout semble opposer. L’un est du côté des Farc, l’autre du pouvoir… Un roman documenté, enivrant, explosif, militant, jamais manichéen.

Des hommes en noir, de Santiago Gamboa. Traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, Métailié (Noire), 368 p. 21 €

En Colombie, trois véhicules sont attaqués par des hommes lourdement armés. Deux femmes et un homme en noir sont sauvés in extremis pas l’arrivée d’un hélicoptère de combat, et évacués. Un enfant perché dans un arbre assiste à la scène et témoigne. Son histoire remonte jusqu’au procureur de Bogota qui envoie sur place une ancienne journaliste d’investigation. Elle s’y confrontera aux puissantes Églises évangéliques qui ont envahi l’Amérique latine et à la pègre… Une plongée décoiffante dans un pays marqué par de longues années de guerre civile. L’intrigue est musclée, saupoudrée de poésie et d’un humour noir aussi irrésistible que les deux héroïnes.

Coup de vent, de Mark Haskell Smith, traduit de l’anglais (États-Unis) par Julien Guérif, Gallmeister (coll. « Americana »), 260 p., 22 €

Dans les Caraïbes, sur un voilier en détresse en pleine mer, Neal Nathanson, blessé, assoiffé, affamé, se sent glisser vers une mort certaine. Lorsqu’il aperçoit une lumière au loin, il tente désespérément d’attirer l’attention en brûlant des liasses de billets de banque. Le feu gagne son bateau. Il perd connaissance.

Lorsqu’il se réveille, il est attaché au garde-fou d’un voilier. Une jeune femme, seule, se tient au-dessus de lui, déterminée à savoir qui il est et, surtout, ce qu’il fait avec autant d’argent. Il commence à lui expliquer qu’il travaille pour une grande banque d’affaires de Wall Street à New York où il est chargé des recouvrements spéciaux. L’argent dans les sacs, c’est ce qui reste des 17 millions de dollars détournés par un certain Bryan LeBlanc. Un jeune trader que l’on découvre dans le chapitre suivant quelque temps plus tôt, visiblement très remonté contre le monde de la finance.

Ainsi commence le nouveau roman de l’Américain Mark Haskell Smith, qui ne tarde pas à virer au jeu de massacre dans la joie et la bonne humeur comme l’aime cet auteur hédoniste, adepte des contre-cultures. On ne subtilise pas une telle somme d’argent à une banque aussi réputée sans qu’elle réagisse. Il en va de sa réputation. Et de préférence sans faire appel à la police, ce qui risquerait de saper le moral et la confiance des clients. Notre trader indélicat épris de liberté va rapidement avoir toutes sortes de personnages aux basques, comme notamment Neal Nathanson, le fin limier de la compagnie, et Seo-yun sa brillante collègue…

Ce qui rend ce roman particulièrement réjouissant, en dehors de son intrigue tortueuse semée d’embûches et de rebondissements, tient essentiellement à ses personnages, confrontés à des situations qui flirtent avec délectation avec le burlesque et l’absurde. Ainsi de Piet, le détective de toute petite taille, doté d’une incroyable capacité à séduire certaines femmes. Des personnages souvent touchants, à la morale élastique, dépassés par leur vie quotidienne. S’ils ne sont jamais ce qu’ils prétendent ou semblent être, ils ont en commun ce même désir de liberté, d’émancipation.

Dans ce roman plus noir que ses précédents, Mark Haskell Smith décrit remarquablement leurs questionnements. C’est, quoi qu’il en soit, drôle, coloré, mordant, irrévérencieux, rythmé. Une fable éthique passionnante, parfois un tantinet moralisatrice sur ce qui nous pousse à prendre telle ou telle décision et où nous sommes souvent notre plus grand ennemi.

Le Miel du lion, de Matthew Neill Null, Traduit de l’anglais (États‑Unis) par Bruno Boudard, Albin Michel, 420 p., 23 €

Dans le chapitre d’ouverture, nous sommes au tout début de la guerre de Sécession en juillet 1861. Trois fantassins unionistes new-yorkais marchent dans la forêt luxuriante de la chaîne des Allegheny en Virginie-­Occidentale.

Pour tromper la fatigue, l’ennui, la faim qui leur cisaille le ventre, ces fils de spéculateurs et marchands de textiles imaginent ce que cette forêt pourrait leur rapporter. Le bois y est abondant et de qualité, avec tout ce qu’il faut comme rivières et charbon pour alimenter les locomotives à vapeur et les scieries… Trois ans plus tard, ils fondent la Cheat River Paper and Pulp.

Un demi-siècle plus tard, en 1904, la compagnie créée par les trois barons new-yorkais prospère. Des milliers d’hectares ont été rasés, autant attendant de l’être. Le pays a faim de papier et de profits. Les trois hommes, devenus des notables investis dans la politique et les affaires, sont désormais à la tête d’une armée de bûcherons venus de tout le pays, et même de l’étranger, notamment d’Irlande et d’Italie.

De manière expressive, dans un style admirablement traduit, Matthew Neill Null raconte le quotidien de ces forçats du bois. Avec une grande précision, il décrit leur quotidien, leurs conditions et manières de vivre, de travailler, mais aussi leurs rêves et aspirations.

Qu’ils soient débardeurs, scieurs, affûteurs, argousins, pointeurs, poseurs de voies, tronçonneurs ou « ébouteurs aux doigts maculés de résine », ils ont en commun de vivre dans des conditions inhumaines pour enrichir des hommes indifférents à leur sort. La douleur qu’ils partagent est permanente, la violence, la peur et la mort omniprésentes. Pour survivre, ils se regroupent instinctivement par origines et corps de métier.

L’incroyable galerie de personnages proposée par Matthew Neill Null compte Cur, qui pour de mystérieuses raisons a dû fuir sa ferme et sa famille. Avec sa confrérie, les Loups de la forêt, il se retrouve entraîné dans un syndicat clandestin prêt à tout pour défendre l’intérêt des travailleurs. On croisera aussi un pasteur évangélique en froid avec Dieu, un commerçant syrien idéaliste, une veuve slovène amoureuse et militante…

La prose de ce jeune auteur dont c’est le premier roman est d’une incroyable maturité littéraire. Les descriptions lyriques, d’une beauté saisissante, offrent une bouleversante réflexion sur le rapport de l’homme avec la nature.

Confiné

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Vue depuis mon bureau..

Comme des millions d’autres personnes, depuis quelques jours, la vie a pris une étrange tournure… Plus d’allers et retours entre le Grand Est et la capitale, plus de petits dodos place 114 voiture huit, plus de petites aventures, ma vie quotidienne se limite désormais à des séances de télétravail, pounctuées de quelques sorties aussi timides que brèves en zone de guerre (comme l’a dit notre président 6 fois lundi16 mars), pour aller acheter des victuailles…

Mais je ne vais pas me plaindre. J’ai la chance d’être accompagné dans cette étrange aventure par mes quatre enfants… et je vis à la campagne… Mon seul désagrément à l’heure actuelle est de devoir supporter l’odeur pestinentielle du lisier répendu dans les pâtures environnantes par des agriculteurs peu soucieux des désagrements causés par leur pratique…

Mais c’est si peu de chose comparé à ce que d’autres personnes doivent endurer… Je ne parles pas des malades et de ceux qui s’en occupent, ils sont hors catégorie… Je m’adresse à ceux et celles qui sont seuls en ville et même aussi parfois à la campagne. J’espère que mes chroniques, critiques et autres suggestions de lectures contribueront à allèger votre quotidien. En tout ca cela est mon souhait. Hésitez pas à réagir…