Un magistral comte de Fay noir signé Larry Brown

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Fay,
de Larry Brown,
Gallmeister (collection Totem Noir),
traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Lemoine.
546 p., 12 €

Ce roman, publié il y a une quinzaine d’années chez Gallimard, nous entraine dans le sillage d’une jeune femme qui collectionne les problèmes. Il faut avouer qu’elle est jeune (17 ans), seule, belle, naïve, solaire, insouciante, peu ou pas cultivée mais bien déterminée à ne plus se laisser faire. D’ailleurs, elle vient de s’enfuir de chez elle lorsque le roman débute, son père a tenté de la violer elle a décidé de s’enfuir à pied en direction de Biloxi. Des jeunes revenant de la pêche la prennent en stop et tentent aux aussi de l’abuser… Elle s’enfuit à nouveau, rencontre Sam, un policier qui l’invite a passer chez lui…

Ce roman noir, magistralement construit, implacablement tendu, est un petit bijou. Tant au niveau de l’écriture, minimaliste; que des personnages, étouffants, rugueux;  que de l’histoire de cette femme-enfant aussi attachante qu’inquiétante…

Un remarquable portrait de l’Amérique profonde rurale par l’auteur de Joe  et  Père et fils (également chez Gallmeister dans la collection poche Totem)

L’auteur

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture plus que par les études, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier pendant dix-sept ans, avant de se consacrer uniquement à la littérature.

Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction.  (Gallmeister)

extrait

Fallen Angel de Stéphanie Janicot, une belle surprise

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Fallen Angel,
de Stéphanie Janicot.
Éd. Albin Michel. 278 p., 20 €

Le soir du réveillon, Sybille, est de permanence dans la rédaction déserte de l’hebdomadaire dont elle est l’une des journalistes. Elle aimerait profiter de ce moment pour mettre de l’ordre dans ses affaires mais le responsable du service culture lui demande de couvrir la générale de la célèbre jeune et belle, Lucie Fersen. Elle accepte, la rédaction de cet article ne devrait être qu’une formalité.

Une fois sur place, alors que le concert bat son plein, l’artiste effondre. Tout le monde pense qu’il s’agit d’un malaise puis la nouvelle tombe, l’artiste transportée à l’hôpital entre la vie et la mort a été touchée par une balle.

La jeune journaliste tente d’en savoir plus en traînant sur place. Par chance, sa meilleure amie est la commissaire chargée de l’enquête… Elle lui offre un accès aux interrogatoires de ceux et celles qui gravitaient dans l’univers de la victime toujours entre la vie et la mort dans un hôpital parisien.

Après un départ assez classique, l’intrigue se développe de manière assez astucieuse et inattendue autour des comptes rendus d’interrogatoires des commanditaires potentiels de ce crime… Petit à petit, grâce aux témoignages de son agent, de sa cousine, de ses secrétaires, nous découvrons l’histoire complexe de Lucie Fersen : les rapports avec son père, fondateur de l’orchestre qu’elle dirige, son parcours atypique, celui d’une enfant précoce a qui la vie n’a pas fait de cadeau, sa période rock.

L’ensemble est prenant, rythmé, avec des chapitres courts, des personnages fouillés et émouvants à commencer par Sybille,  trentenaire urbaine, célibataire, bordélique chronique… Une belle surprise…

Stéphanie Janicot

Stéphanie Janicot, rédactrice en chef du Magazine Muze a publié :

 

Les Matriochkas (Zulma, 1996).

Des profondeurs (Zulma, 1997),

Salam (Zulma, 1999),

Ulysse (Zulma, 1999),

Soledad (Albin Michel, 2000),

Une Traviata (Albin Michel, 2001),

Aaron-Pierre, fils perdu (Albin Michel, 2002),

Non, ma mère n’est pas un problème (Albin Michel, 2002),

La constante de Hubble (Albin Michel, 2003),

Tu n’es pas seul(e) à être seul(e) (Albin Michel, 2005),

Cet effrayant besoin de famille (Albin Michel, 2006),

Le privilège des rêveurs (Albin Michel, 2007),

Dans la tête de Shéhérazade (Albin Michel, 2008),

Prix Lauriers verts de la Forêt des Livres 2008 et Prix Femmes de lettres 2008, L’œil du cyclone (Albin Michel, 2009),

Que tous nous veuillent absoudre (Albin Michel, 2010),

La mémoire du monde 1, 2 et 3 (Albin Michel, 2013 et 2014)

Prix Renaudot Poche 2016 Newland (Albin Michel, 2016)

Fallen Angel (Albin michel, 2017).

La collection de poche, La petite Vermillon réédite du noir de derrière les fagots

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Voilà une initiative qui devrait convaincre ceux qui en douteraient encore que le roman noir est de la littérature au même titre que la blanche… La petite vermillon, la collection de poche des éditions La Table ronde qui publie notamment Antoine Blondin ou encore Robert Louis Stevenson, entreprend de rééditer des  auteurs « classiques » de ce genre trop souvent  sous-estimé.

Le romancier, critique, poète et essayiste Jérôme Leroy, a été chargé de la sélection des  auteurs…. Les quatre premiers titres publiés avec de superbes couvertures illustrées par Stéphane Trapier sont Le sourire contenu, de Serge Quadruppani, (8,50 €)  La nuit myope d’ADG (5,90€) , la Princesse de Crève, de Kââ (8,70 €), et la Langue chienne d’Hervé Prudon (8,70 €), montrent la richesse de ce genre qui ne saurait se limiter au roman policier ou au thriller.

Une première salve de noir très noir mais plein d’humour, d’anti-héros, de causticité et de mauvais esprit…

 

 

Carl Nixon explore les tensions communautaires dans la Nouvelle-Zélande d’aujourd’hui

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Sous la terre des Maoris,
de Carl Nixon, Éd. l’aube noire.
Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande)
par Benoîte Dauvergne. 328 p., 22 €

Quelques jours après son suicide, les Saxton, terrassés par la douleur et les questions sans réponses, souhaitent enterrer leur fils adoptif, Mark, 19 ans, dans le cimetière familial proche de la ferme où il a grandi. Son père biologique, un chef maori qui jusqu’à présent ne s’est pas manifesté, débarque et exige que son fils soit inhumé dans sa communauté d’origine comme le veut la tradition.

Devant le refus catégorique des Saxton, il subtilise le corps avec des membres de son clan. Sachant que ses chances d’obtenir l’aide des autorités est mince, Box Saxton, un maçon, se lance dans une expédition désespérée pour récupérer son fils adoptif et le ramener à la maison.

Ce premier roman poignant, explore, avec finesse et intelligence, les rapports extrêmement tendus avec la communauté autochtone de Nouvelle Zélande et l’incapacité à communiquer. Alors qu’il serait facile de se focaliser sur le chagrin des Saxton, qui ont élevé ce garçon comme le leur, l’auteur arrive à montrer la complexité de la situation, en donnant la parole à tous les acteurs de ce drame, même si, il faut l’avouer l’ensemble nous laisse un peu sur notre faim une fois la dernière page tournée.

Hervé Le Corre à savourer sans modération

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Trois ans après l’exceptionnel Après la guerre (également chez Rivages), l’écrivain bordelais Hervé Le Corre revient avec un nouveau polar de la même trempe :  Prendre les loups pour des chiens.

Prendre les loups pour des chiens,
D’Hervé Le Corre. Éd. Rivages.
318 p., 19,90 €

510uqazt-l-_sx195_Lorsque ce roman débute, Franck, le personnage principal, sort de prison. Il vient d’y passer cinq ans pour un braquage commis avec son frère.

Devant l’établissement pénitentiaire, c’est Jessica, la compagne de ce dernier, qui l’attend. Son frère est en Espagne « pour affaires », apprend-il. En attendant, elle propose à Franck de venir s’installer chez elle.

Il accepte. La jeune femme vit avec sa fille et ses parents dans un lieu loin de tout dans le sud de la Gironde. Ce n’est pas franchement ce à quoi Franck s’attendait. Il aurait préféré aller vivre en ville. Après toutes ces années à l’ombre, à survivre au quotidien dans l’implacable univers carcéral, le bruit, la foule et surtout les filles lui manquent…

Si l’avenante Jessica le laisse pas indifférent, les parents de cette dernière, un vieux couple toxique et toxicomane, vivant de magouilles, ne lui inspirent pas la moindre confiance. Pourtant, Franck se laisse embarquer dans une drôle aventure dont il va rapidement perdre  le contrôle.

Ce roman, apporte une fois de plus la preuve de l’incroyable talent de cet auteur qui  de la Douleur des morts (Série Noire) en 1990, à Après la guerre (Rivages), il y a trois ans, explore avec intelligence la noirceur et la violence de notre société en nous surprenant à chaque fois.

Rien n’est à jeter, qu’il s’agisse de l’atmosphère, de  l’histoire (pesante, sombre !), de l’intrigue (savoureuse et palpitante !), du rythme, des personnages (complexes et mystérieux !), du style (riche, puissant !)…  Bref, ce roman est à savourer sans modération.

Je vieillis

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badge-petit-modele-la-vie-est-belleAujourd’hui pas d’aller-retour à Paris. Je reste à la maison… L’occasion rêver de se reposer, de prendre son temps, de gérer le quotidien. Comme le facteur qui vient de passer avec une pile de nouveaux romans à lire….

Avant d’ouvrir les paquets,  je cherche mes lunettes sans lesquels je ne vois plus grand chose… Je cherche  autour de moi. Sur mon bureau, Rien! Sur l’étagère…. Rien! Dans la salle de bain, même résultat…

Et si je regardais encore une fois sur mon bureau… J’y retourne, je bouge les piles de romans  à lire, les courriers à classer,  encore rien.

La pression monte. Je demande à les enfants, 6 et 8 ans, qui me répondent en coeur qu’ils ne savent pas où elles sont. Le plus jeune me regarde comme s’ils me voyait pour la première fois de sa vie…

Reprenons depuis le début… Où ai-je vu ces satanées lunettes pour la dernière fois ?

Je m’assois dans un fauteuil, au milieu de la pièce,  j’incline le dossier, espérant que le confort va m’aider à me souvenir  et là je fais ce petit geste que je fais souvent lorsque je réfléchis, je remonte mes lunettes… dont je découvre qu’elles sont sur mon nez.

Cinquante nuances de rose

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Ce soir c’est calme. Remarquablement paisible.

Je suis au fond de la voiture 8 comme à mon habitude. La nuit est tombée, le train démarre, j’étends mes jambes, la tête calée contre le dossier,  les bras croisés sur le ventre, je m’endors.

Le chuintement d’une canette qu’on ouvre me réveille. Deux grands yeux sombres me fixent. Une femme est assise en face de moi toute de rose vêtue. Du serre-tête en laine, aux bottines, en passant par le rouge à lèvres, le vernis à ongles, le sac à main ou encore la coque de protection de son portable cette femme est un nuancier de roses.

Elle a de longs cheveux noirs, une bouille ronde, le teint pâle; deux énormes seins qui pendouillent mollement sous un pull rose informe; des cuisses boursouflées de cellulite, comprimées par un pantalon en simili cuir… rose. Elle sent la fraise.

Elle ne me quitte pas des yeux en sirotant une boisson énergisante à la taurine.

Engourdi par le sommeil et une longue journée, je ne sais pas comment réagir. Je jette un oeil au paysage,  à mes chaussures toutes neuves, mon téléphone…  sentant son regard sur moi.

Au bout de quelques minutes, prenant mon courage à deux mains, je tente un sourire  auquel elle me répond d’une voix haut perchée un peu niaise :

On se connait ?

non.

Ah bon… J’aurais cru, ajoute-elle en se levant et avant de s’éloigner et de disparaître en dodelinant du fessier…