Dans la tête d’un sociopathe

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Si un jour vous décidé de tromper votre conjoint, ou si c’est déjà le cas, faites bien attention au partenaire de la personne avec laquelle vous  mener votre double vie, voir même à votre mari ou femme légitime…  Une personne peut en cacher une autre.

Une-Vie-Exemplaire-Jacob-M.-AppelUne vie exemplaire,
de Jacob M. Appel. Éd. de la Martinière.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Renon. 286 p., 21,50 €

Jeremy Balint est un jeune et brillant cardiologue. Il est marié et père de deux ravissantes petites filles. Lorsqu’il se rend compte que son épouse le trompe avec l’un de ses collègues depuis des années, sa vie bascule. Il se met en tête de supprimer l’amant de sa femme. Méticuleux, organisé, froid, il va mettre en place une organisation redoutable.
L’auteur, qui a publié de nombreuses nouvelles dans des revues aux États-Unis, est psychiatre de formation. Il a notamment beaucoup travaillé avec la police de New York. Et cela se sent dans ce roman où il nous plonge dans la tête d’un sociopathe ou psychopathe de pire espèce. Jeremy Balint, est en apparence une personne ordinaire, souriante, aimable, aimante, dévouée, en résumé une personne normale et intégrée. Cette bonne santé mentale n’est toutefois qu’une illusion, un masque. Jeremy est incapable de ressentir la moindre empathie ou compassion pour ses congénères et cela va le conduire à commettre de nombreux crimes…
Outre le fait que l’auteur nous éclaire sur la complexité de ce type de personnage, il a également un talent certain pour nous tenir en haleine jusqu’au bout… Ce roman n’est pas un livre de plus sur les tueurs en séries mais une autre façon d’aborder le sujet à la manière d’American Psycho ou de Dexter auxquels on ne peut s’empêcher de penser…

Pierre Pelot : grand voyageur immobile

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Après quelques années d’éloignement, consécutif à un drame et à des ennuis de santé, l’écrivain vosgien Pierre Pelot est de retour avec un nouveau roman, « Debout dans le tonnerre ».

Pour rencontrer Pierre Pelot, un déplacement à Saint-Maurice-sur-Moselle s’impose. C’est dans ce petit village vosgien au pied du ballon d’Alsace qu’il est né un 13 novembre 1945. Il y vit toujours et ne le quitte que le plus rarement possible.

Depuis quelques années, ce génial touche-à-tout auteur de plus de deux cents romans avait disparu des radars après la mort de son fils en 2013 et un infarctus… Il se disait qu’il n’écrirait plus, qu’il s’était coupé du monde, avant de revenir avec un nouveau roman.

Au bout d’un chemin forestier, une élégante maison est nichée au cœur d’une ancienne carrière au bord de la Moselle. Les rideaux s’écartent imperceptiblement. Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre et un Pierre Grosdemange, alias Pierre Pelot, apparaît, souriant, la barbe et les cheveux blancs. Ses poignets sont couverts de bracelets et ses doigts de grosses bagues. La poignée de main est chaleureuse, suivie d’une invitation à le suivre à l’intérieur de sa « tanière ».

Première étape, la cuisine, où il présente son épouse Irma, « comme l’ouragan », précise-t-il malicieusement. On ressent une grande complicité entre eux. Ils se connaissent depuis longtemps. Elle aussi est née ici, à quatre maisons de celle de ses parents. Ils ont été à l’école ensemble et au catéchisme.

De la cuisine on passe au salon, dont les murs sont tapissés d’étagères et de meubles conçus et fabriqués avec des matériaux de récupération « par le Pelot », précise fièrement Irma. On y trouve des livres par milliers, certaines de ses peintures, des dessins, des photos et une multitude d’objets hétéroclites dont chacun a une histoire… Irma sert le café, Pierre s’inquiète de savoir si vous avez fait bonne route… Lui, avoue-t-il, est angoissé par le moindre déplacement et avec l’âge, ça ne s’arrange pas : « J’ai passé trois jours au salon Le livre sur la place, à Nancy. Deux semaines avant, j’angoissais comme pas possible », sourit-il. Dans quelques semaines, il a rendez-vous à Saint-Dié-des-Vosges, il y pense déjà. Un état d’esprit paradoxal lorsque l’on connaît l’œuvre de cet homme amoureux des mots. Depuis son premier roman, La Piste du Dakota, publié alors qu’il n’avait que 21 ans, il n’a cessé de lancer ses personnages dans les aventures les plus folles à travers le temps, l’histoire, l’espace, leur faisant parcourir le monde. Dans tous les genres – western, science-fiction, roman noir, fantastique –, il se fixe une seule mission : raconter la meilleure histoire possible.

Derrière cette « immobilité » assumée, il y a un sentiment très fort d’appartenir à cette terre vosgienne à propos de laquelle il a beaucoup écrit, dans des romans comme Méchamment dimancheou le magistral C’est ainsi que les hommes vivent, de plus de 1 200 pages (1). « J’ai eu une enfance merveilleuse », raconte-t-il avec émotion. « Faite d’amitiés, d’aventures, de lectures, de films… Je n’avais pas envie de quitter cet univers et encore moins de suivre la voie trop étroite qui m’était destinée, à savoir devenir ouvrier ou artisan. Raconter des histoires m’est très tôt apparu comme le seul moyen d’y arriver. »

Après des cours par correspondance, il réalise une BD qu’il envoie au créateur de Tintin. Hergé, devenu son ami, juge ses dessins assez sévèrement mais se dit séduit par le scénario et lui conseille de poursuivre dans cette voie. Il transformera cette BD en roman, un western qu’il voit publié en 1966. Il a 21 ans… et n’arrêtera plus.

Un livre refusé pour : trop grande  ambition littéraire

« J’ai eu la chance d’avoir des gens qui m’ont accompagné et soutenu. » Pierre Pelot parle avec émotion de ses parents, modestes employés de la filature locale ; d’Irma, qui a tout traversé à ses côtés, les bons comme les mauvais moments ; de certains éditeurs authentiques – pas « des vendeurs de livres », comme celui qui lui refusa son dernier roman en lui reprochant une « trop grande ambition littéraire »…

Le seul voyage qu’il avait prévu de faire était celui avec son fils, qui sera terrassé à 43 ans par une rupture d’anévrisme. « Nous devions nous rendre en Louisiane… » Pierre Pelot évoque avec une grande émotion le difficile retour à la vie et à l’écriture après ce drame. Un roman magnifique, au titre évocateur : Debout dans le tonnerre (2), dont l’action se situe en Louisiane.

(1) Préfacé par Jean-Christophe Rufin, le livre vient d’être réédité aux Presses de la cité, 1 236 p., 21 €. (2) Éd. Héloïse d’Ormesson, 556 p., 24 €. Retrouvez Pierre Pelot parler de son roman C’est ainsi que les hommes vivent sur polar.blogs.la-croix.com

 

Ce qui l’inspire : « Mes personnages, les sacrés humains  »

« Les histoires ce sont les gens, les hommes et les femmes qui les composent, qui les tissent et les tricotent, les maçonnent. Les personnages. Il n’y a pas mieux que les personnages, aussi divers et multiples soient-ils. Les sacrés humains. C’est le ciment de tout ce qui tient debout. Et j’en suis environné, submergé. Ils m’ont donné l’hospitalité. Je la leur rends. Je les regarde, je les entends, je les vois se dépêtrer de toutes sortes de ripailles en essayant de rester dans leurs rails, pas forcément ceux qu’on leur a assignés, des rails à suivre pour ne pas chuter trop vite. Ces personnages, ces gens, femmes et hommes, forcés de vivre trop vite avant de mourir trop vite. Les gens, le cœur des gens, à découvert et bien caché. Les gens qui hurlent et ceux qui se taisent. Sans grande différence, au fond. Je crois. »

Callan Wink : le pêcheur et les mots

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Auteur d’un premier recueil de nouvelles unanimement salué par la critique, l’écrivain et guide de pêche à la mouche Callan Wink est en résidence en France pour travailler sur son premier roman.

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Callan Wink (Photo : Emmanuel Romer)

Mi-novembre. L’hiver vient de lancer sa première grande offensive sur la capitale. Dans les rues de Paris, les bonnets, les gants et les doudounes sont de rigueur. Pas de quoi impressionner Callan Wink, un solide gaillard athlétique à la mâchoire carrée, flirtant avec les deux mètres. D’ordinaire, c’est aux rigueurs du Montana ou du Wyoming qu’il se frotte après avoir enduré ceux du Michigan, où il est né il y a trente-trois ans… Des univers rudes et sauvages, battus par les vents, bien différents de celui confortable et douillet où il a posé ses valises en septembre pour trois mois dans le cadre d’une résidence d’écrivain. Une invitation de la ville de Vincennes où, tous les deux ans, la littérature nord-américaine est mise à l’honneur lors du Festival America.

 

« C’est rare de bénéficier d’un tel programme », reconnaît d’une voix profonde et assurée le romancier, qui n’a jamais passé autant de temps à l’étranger, et dans une grande ville de surcroît. En contrepartie, il anime une fois par semaine un atelier d’écriture avec une dizaine d’étudiants d’âges et d’horizons différents… « C’est plutôt sympa comme boulot, non ? », sourit-il.

C’est aussi la première fois qu’il enseigne, même s’il a donné quelques cours lorsqu’il était étudiant. « Je n’ai jamais animé d’ateliers d’écriture créative, poursuit-il. À la différence de beaucoup de mes collègues écrivains, qui sont nombreux à gagner leur vie ainsi, en particulier dans le Montana où se trouvent des programmes mythiques comme celui de Missoula. »

Pour écrire, j’ai besoin de me dépenser

Lui préfère emmener des clients à la pêche à la mouche sur la rivière Yellowstone. « Ce que j’apprécie,c’est que cette activité que je pratique depuis l’enfance n’a absolument rien à voir avec l’écriture. C’est physique. Pour écrire librement j’ai besoin de me dépenser à l’extérieur. Quand j’ai passé une journée à pagayer sur la Yellowstone avec des clients, je suis content de m’isoler pour écrire. Je ne suis pas sûr que cela serait le cas si je relisais des papiers toute la journée derrière un bureau… »

Inversement, à la fin de l’hiver, qu’il consacre exclusivement à l’écriture, l’appel de la rivière se fait de plus en plus fort. « Voilà des années que je mène cette double vie et je m’y suis attaché. »

Callan Wink est arrivé dans le Montana à 19 ans après s’être construit un bateau dans la grange de ses parents. Ayant rapidement déniché un poste de guide de pêche à la mouche, il s’est installé à Livingstone, à deux pas de la Paradise Valley, où il s’est lié d’amitié avec Jim Harrison, Thomas McGuane et bien d’autres écrivains. S’il connaissait l’histoire littéraire de cette région, il n’avait pas d’autre ambition que d’aller pêcher et faire du ski.

Les livres étaient notre fenêtre sur le monde

« Avec mes deux sœurs, nous avons grandi au fond des bois, dans une maison sans télévision. J’avais 15 ans lorsque nous avons eu accès à Internet et c’était du très bas débit, se souvient Callan Wink. Ma mère était institutrice, mon père entrepreneur dans le bâtiment. Les livres, la littérature étaient omniprésents. Ils étaient notre fenêtre sur le monde. C’est tout naturellement que je me suis mis à écrire de la poésie dans un premier temps. Mais je n’étais pas très doué. »

Tout change lors d’un troisième cycle d’écriture créative à l’Université du Wyoming. « J’avais 25 ans. Ce programme me donnait la possibilité pendant deux ans de vivre la vie d’un écrivain à plein-temps. Et surtout de confronter ce que j’écrivais à des regards critiques mais toujours constructifs. Cela m’a été bénéfique. J’y ai appris à construire une histoire et à tenir le cap. » Plus de la moitié des neuf nouvelles qui forment son recueil publié en France en septembre (1) ont été écrites à cette époque. Et le roman dont il vient d’envoyer une première version à son agent a pour base l’une d’elles.

La date de son départ de France approche. De longs mois de solitude et d’écriture l’attendent. « Dans le Wyoming, comme dans le Montana, les hivers sont interminables. Les distractions rares. Une aubaine pour un écrivain. Vous n’avez rien d’autre à faire que de vous concentrer sur vos objectifs. À Paris, c’est beaucoup plus compliqué, souligne-t-il. Les sollicitations sont nombreuses, les choses à voir également. »


(1) Courir au clair de lune avec un chien volé, de Callan Wink, éd. Albin Michel, Coll. « Terres d’Amérique ». Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer, 300 p., 22 €.

Ce qui l’inspire : courir à l’aube dans les montagnes

Callan Wink est un grand sportif. Il a pratiqué de nombreuses disciplines, du football américain au baseball en passant par le ski. Pourtant ce qu’il apprécie par-dessus tout, c’est courir : « J’aime arpenter en courant les sentiers sauvages autour de chez moi dans le Montana, sourit-il. Avec une bombe lacrymogène en cas de rencontre avec un grizzli, qui sont très nombreux. Courir pendant une bonne heure avant de me mettre à écrire me permet de faire le vide et de me recentrer sur mes priorités. »

Quand Harry raconte Nesbo

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contributor_67001_195x320Rencontre avec la star du thriller scandinave, le Norvégien Jo Nesbo, qui publie un nouveau volet des aventures de son inspecteur Harry Hole, alors que sort le film adapté de son roman « Le Bonhomme de neige ».

Du Norvégien Jo Nesbo, 57 ans, grand, sec, blond, élégant, félin, barbe de trois jours, jeans délavés, baskets, frappe d’emblée l’allure de star du rock ou du foot. On pense à Bono, le chanteur du groupe U2, à Sting ou au footballeur David Beckham… Jo Nesbo est bien une star, mais du polar, avec plus de 30 millions de romans vendus pour la seule série mettant en scène son inspecteur Harry Hole, des traductions dans plus de cinquante langues… Mais il est également guitariste, compositeur et chanteur, membre avec son frère d’un groupe qui enchaîne les tournées en Norvège. Pour ce qui est du football, il fut sacré en 1978 meilleur joueur norvégien, avant qu’une rupture des ligaments du genou ne mette un terme définitif à ses rêves de carrière professionnelle.

Pour quelques jours, la star est à Paris, à l’occasion de la sortie très attendue de son dernier roman, La Soif, où on retrouve pour la onzième fois le célèbre inspecteur Harry Hole (lire ci-dessous). Jo Nesbo, généreux et inspiré, raconte une enfance dans une famille où l’on adorait raconter des histoires, où l’on aimait les livres (sa mère était bibliothécaire, son père en faisait la collection), et ses premiers pas tardifs dans la littérature policière à 37 ans. Il a multiplié les expériences dans des domaines variés : analyste financier, courtier, journaliste économique… Passionné par la Thaïlande, il y passe une partie de l’année et pratique, entre autres sports, assidûment l’escalade, son remède ultime pour déconnecter. « Lorsqu’on grimpe, on ne peut penser qu’à ce que l’on fait. La concentration doit être au maximum, en particulier lorsque l’on est comme moi sujet au vertige. »62888

Une contradiction qu’il partage avec Harry Hole (prononcez « Houlé ! »), né en 1997 avec L’Homme chauve-souris (Folio). À son sujet, il est intarissable. Il lui doit énormément. Dès leur première aventure, le succès a été au rendez-vous. Ce premier épisode a obtenu le Glass Key Award, attribué au meilleur roman policier de l’année. Depuis vingt ans, les états d’âme de cet inspecteur bourru, aux méthodes peu orthodoxes, fascinent autant les lecteurs que son créateur, qui adore pourtant le mener au bout de lui-même.

Selon Jo Nesbo, ce qui le rend passionnant, ce sont ses contradictions. La plus étonnante étant son rapport avec la société et le modèle social scandinaves. « Harry se définit comme un officier de police, défenseur de la démocratie sociale scandinave, mais on le sent souvent très proche des criminels qu’il poursuit. Il totalise certainement plus de victimes que la plupart des tueurs qu’il poursuit. »

Et pour ce qui est des contradictions, la vie personnelle de l’enquêteur n’est pas en reste. En apparence assagi et en paix avec ses démons dans le début de La Soif, il mène avec la personne qu’il aime une vie douillette qui ne lui convient pas. « Harry Hole est-il vraiment équipé pour le bonheur et l’harmonie ? demande Jo Nesbo. Je ne le crois pas. L’alcool reste un problème difficile à gérer. Le titre La Soif fait bien évidemment référence au vampirisme, autrement appelé syndrome de Renfield, dont est atteint le tueur, mais il évoque également les problèmes d’alcoolisme de Harry Hole, sa soif d’amour, de reconnaissance de la part de ses collègues et de ses proches. »

À la question fatidique sur la part de vécu présente dans son personnage, Jo Nesbo répond : « Il y a beaucoup de moi dans Harry Hole. Même si ce n’est pas ce que je voulais au départ. Nous passons tellement de temps ensemble qu’on finit par se ressembler. Lorsqu’on est en tournée à l’étranger et qu’on se retrouve à parler d’un livre que l’on a écrit cinq ans plus tôt, c’est là qu’on se rend compte que ce que Harry endure ou vit est souvent en lien avec ce qu’on vivait au même moment. »

 

Harry Hole saison onze

La Soif
de Jo Nesbo
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
Série Noire, 606 p., 21 €

Une jeune femme est assassinée dans son appartement d’Oslo en Norvège. Un meurtre peu ordinaire. La victime présente d’étranges marques de morsures à la gorge causées par des dents métalliques. Elle a perdu beaucoup de sang. Quelques jours plus tard, une seconde victime est découverte avec la même mise en scène macabre. Un prédateur assoiffé de sang humain rode en ville. Pour la hiérarchie de la police d’Oslo, seul l’ex-inspecteur Harry Hole sera capable d’élucider cette étrange affaire de « vampirisme » avant que les victimes ne se multiplient et que la panique ne gagne la population.
Mais ce dernier, aujourd’hui enseignant à l’École supérieure de police, coule des jours paisibles avec son épouse. Le vieux flic bourru, intuitif, désabusé, alcoolique et accro à la nicotine que l’on connaît lit désormais les pages culture dans la presse et semble avoir fait la paix avec ses vieux démons. C’est dire s’il hésite à s’occuper de cette affaire qui risque de le faire basculer dans un monde qu’il ne connaît que trop bien. Toutefois, lorsqu’il se rend compte que ces meurtres sont liés à la seule enquête de sa carrière non résolue, son choix est vite fait.

Après quelques piétinements liés à la mise en place de l’intrigue, le rythme s’accélère furieusement, avec des rebondissements à la pelle. On retrouve, ou découvre, l’univers brutal de l’auteur, les bas-fonds d’Oslo, la ville où Jo Nesbo et né et qu’il connaît intimement, ces personnages d’une complexité réjouissante et un Harry Hole plus que jamais au bord du gouffre.

Le paradis pour un chewing-gum à la fraise

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Vendredi matin 15 septembre, dans le TGV de 6 h 07, il semblerait que je sois passé à côté du pire, vous savez, la petite lumière dont on parle.

Tout avait pourtant bien commencé. Comme d’habitude, je me suis assis place 114 voiture 8. Le siège était encore dans la position où je l’avais quitté la veille, en position inclinée, le trognon de pomme et les épluchures d’orange dans la poubelle.

J’ai glissé mon casque audio (à réduction de bruit!) sur mes oreilles, déplié mon ordinateur, tapé quatre ou cinq fois mon mot de passe avant de trouver le bon et je me suis mis à écrire en mâchant un gros chewing-gum à la fraise (sans sucre !) censé, en principe, m’empêcher de piquer du nez…

J’ai dû effectivement écrire quelques lignes, pas très inspirées, avant que Morphée ne prenne le dessus. À vrai dire, je ne me souviens plus de rien, sinon du sentiment d’étouffer avec lequel je me suis brutalement réveillé… Quelque chose de gluant et odorant m’empêchait d’avaler et de respirer. Pris de panique, je me suis redressé en toussant jusqu’à l’expulsion du chewing-gum…

Alors que cherche en tremblotant un mouchoir dans mon sac pour m’essuyer la bouche et les yeux qui empestent la fraise, je sens une timide pression sur mon bras gauche. Je tourne la tête en direction de la voix féminine qui m’interpelle :

Monsieur ? Monsieur ?

J’enlève mon casque faisant tomber ma casquette et mes lunettes que je m’empresse de remettre. Ma première vision est celle d’un chemisier blanc bâillant sur opulente poitrine caramel ballotée par le roulis du train lancé à pleine vitesse, la seconde, celle d’un visage souriant mais inquiet, illuminé par des yeux émeraude et des lèvres pulpeuses.

Vous allez bien ?

Oui.

Monsieur, vous m’avez fait peur, dit-elle avec délicieux accent nord-africain tout en retournant s’assoir. Vous dormiez et d’un coup vous avez commencé à tousser et à gesticuler comme si vous étiez en train de vous noyer. Vous m’avez vraiment fait peur, la vérité, rit-elle soulagée et superbe…

Et moi donc, lui réponds-je, en riant benoitement, tenté d’ajouter que pendant un instant je pensais même être arrivé au paradis…

Colson Whitehead nous raconte l’histoire américaine vue d’un train fantôme

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Couronné par le Pulitzer et le National Book Award, Colson Whitehead explore les rouages du racisme aux États-Unis, mêlant allégorie, réalisme, politique et philosophie.

Underground Railroad,
de Colson Whitehead,
Ed. Albin Michel (Collection Terres d’Amérique)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin,  402 p., 22,90 €

Portée par Cora, une émouvante et courageuse jeune esclave, l’histoire débute en Géorgie, dans une plantation de coton quelques années avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère, qui s’est enfuie quelques années plus tôt, la jeune fille survit confrontée quotidiennement à la cruauté et à la brutalité de ses « maîtres ».

On ne sait pas vraiment son âge : « Seize ou dix-sept ans. C’était l’âge que se donnait Cora. Un an depuis que Connelly lui avait ordonné de prendre époux. Deux ans que Pot et ses amis l’avaient fait mûrir de force. » Caesar, esclave dans la même plantation, lui propose de fuir avec lui : elle refuse puis se laisse convaincre.

Les premières pages, superbement écrites, reviennent judicieusement sur l’effroyable histoire de la grand-mère de Cora arrachée à sa terre africaine natale. On assiste à son arrivée en Amérique du Nord où elle passe entre les mains d’une multitude de propriétaires qui, les uns après les autres, impriment sur sa chair leur marque au fer rouge…

Une entrée en matière nécessaire sur les origines de ce mal qui empoisonne l’Amérique et dont les Indiens ont été les premières victimes comme le rappelle régulièrement l’auteur.

Le roman plonge ensuite dans une autre dimension, mêlant romanesque, fantastique, politique et philosophie, lorsque Cora et Caesar décident de fuir à bord de l’underground railroad (chemin de fer clandestin). Un vaste réseau mythique, à qui l’auteur donne corps en le présentant métaphoriquement comme un réseau ferré souterrain, avec des chefs de gare, des trains.

Dans la réalité, ce réseau formait un ensemble de routes secrètes à travers l’Est du pays avec des moyens de transport, des lieux d’accueil et d’assistance gérés et organisés par des abolitionnistes.

Pour Cora et Caesar débute alors une longue fuite par étapes quasi initiatiques vers les États du Nord et une hypothétique liberté avec un redoutable chasseur de primes et son équipe aux trousses… Une errance éprouvante, pavée de nombreux morts et de souffrance à travers différents États. Les moments de répit seront rares, les illusions particulièrement cruelles et l’Amérique abolitionniste pas toujours aussi exemplaire que l’on aimerait le croire.

Les personnages sont profonds, magnifiques, émouvants. Ils sont également terrifiants, comme ce chasseur de prime blanc sûr de sa mission, ou encore son acolyte au collier d’oreilles et l’énigmatique Homer…

Avec une narration remarquablement maîtrisée et originale, l’ensemble est une fascinante métaphore de cette histoire constitutive de l’identité américaine qui éclaire son actualité récente marquée notamment par l’élection de Donald Trump, les manifestations de l’extrême droite identitaire à Charlottesville en ­Virginie ou les innombrables bavures policières visant des ­Africains-Américains.

Petit matin brumeux

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IMG_3561Le train file dans le petit matin brumeux d’une éclaircie fugitive à une autre. Des gouttes d’eau argentées perlent et serpentent sur les vitres.

Le train file dans le petit matin perçant des paysages hérissés d’éoliennes, des champs tracés au cordeau qui attendent paisiblement l’hiver, le ventre offert aux vents et aux pluies d’automne.

Le train file dans le petit matin, longeant des bouquet anarchiques d’arbres aux ramures jaunissantes ; des chemins pavés de cailloux blancs, bordés d’herbes rebelles, que croisent des routes désertes menant à des villages isolés.

Le train file dans le petit matin, des oiseaux noirs volent et virevoltent au ras du sol sous un ciel couleur de plomb. 

Le train file dans le petit matin, mes paupières s’alourdissent, mon regard balaie le paysage au son de Tubular bells de Mike Oldfields. La nuit a été courte. Mon corps réclame son dû, je m’assoupis.