Colson Whitehead prix Pulitzer pour la seconde fois

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L’auteur américain Colson Whitehead vient d’entrer dans l’Histoire en remportant pour la seconde fois  le Prix Pulitzer pour “Nickel Boys”, qui paraît à la rentrée. Il devient ainsi le troisième écrivain américain doublement couronné, après William Faulkner et John Updike. Un auteur que j’ai découvert en 2017 en lisant « Underground Railroad » (avec lequel il avait remporté le prix Pulitzer et le National Book Award). Dans ce roman, il explorait les rouages du racisme aux États-Unis, mêlant allégorie, réalisme, politique et philosophie.

UNDERGROUND RAILROAD, de Colson Whitehead, traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, Albin Michel, 402 p., 22,90 €

Portée par Cora, une émouvante et courageuse jeune esclave, l’histoire débute en Géorgie, dans une plantation de coton quelques années avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère, qui s’est enfuie quelques années plus tôt, la jeune fille survit confrontée quotidiennement à la cruauté et à la brutalité de ses « maîtres ».

On ne sait pas vraiment son âge : « Seize ou dix-sept ans. C’était l’âge que se donnait Cora. Un an depuis que Connelly lui avait ordonné de prendre époux. Deux ans que Pot et ses amis l’avaient fait mûrir de force. » Caesar, esclave dans la même plantation, lui propose de fuir avec lui : elle refuse puis se laisse convaincre.

Les premières pages, superbement écrites, reviennent judicieusement sur l’effroyable histoire de la grand-mère de Cora arrachée à sa terre africaine natale. On assiste à son arrivée en Amérique du Nord où elle passe entre les mains d’une multitude de propriétaires qui, les uns après les autres, impriment sur sa chair leur marque au fer rouge…

Une entrée en matière nécessaire sur les origines de ce mal qui empoisonne l’Amérique et dont les Indiens ont été les premières victimes comme le rappelle régulièrement l’auteur.

Le roman plonge ensuite dans une autre dimension, mêlant romanesque, fantastique, politique et philosophie, lorsque Cora et Caesar décident de fuir à bord de l’underground railroad (chemin de fer clandestin). Un vaste réseau mythique, à qui l’auteur donne corps en le présentant métaphoriquement comme un réseau ferré souterrain, avec des chefs de gare, des trains.

Dans la réalité, ce réseau formait un ensemble de routes secrètes à travers l’Est du pays avec des moyens de transport, des lieux d’accueil et d’assistance gérés et organisés par des abolitionnistes.

Pour Cora et Caesar débute alors une longue fuite par étapes quasi initiatiques vers les États du Nord et une hypothétique liberté avec un redoutable chasseur de primes et son équipe aux trousses… Une errance éprouvante, pavée de nombreux morts et de souffrance à travers différents États. Les moments de répit seront rares, les illusions particulièrement cruelles et l’Amérique abolitionniste pas toujours aussi exemplaire que l’on aimerait le croire.

Les personnages sont profonds, magnifiques, émouvants. Ils sont également terrifiants, comme ce chasseur de prime blanc sûr de sa mission, ou encore son acolyte au collier d’oreilles et l’énigmatique Homer…

Avec une narration remarquablement maîtrisée et originale, l’ensemble est une fascinante métaphore de cette histoire constitutive de l’identité américaine qui éclaire son actualité récente marquée notamment par l’élection de Donald Trump, les manifestations de l’extrême droite identitaire à Charlottesville en ­Virginie ou les innombrables bavures policières visant des ­Africains-Américains.

Deux balles, de Gérard Lecas

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Lu par hasard hier soir, alors que je n’arrivais pas à dormir, ce petit polar bien ficelé nous embarque en Afghanistan puis à Marseille sur les pas de Vincent et Willy deux frères d’armes confrontés au difficile retour à la vie civile

Deux balles, de Gérard Lecas. Jigal Polar. 216 p. 18,50 €

L’histoire débute dans la vallée de la Kapisa en Afghanistan en janvier 2013 alors que l’armée française amorce son retrait de ce pays. Des militaires français patrouillent la région à bord de trois VAB (Véhicule de l’avant blindé) sous un soleil de plomb. Dans l’un de ces engins se trouvent deux amis Vincent et Willy. Leur convois est attaqué. Lorsqu’ils sortent pour riposter Willy est touché.

Nous retrouvons les deux frères d’armes à Marseille quelques mois plus tard. Vincent, démobilisé rend visite à son ami dans un centre de rééducation fonctionnelle et orthopédique des armées. Il est cloué dans un fauteuil roulant. Le projet qu’ils avaient d’acheter un food-truck et de sillonner la région pendant l’été semble semblecompromis pour l’instant. Mais pas abandonné.

En attendant que Willy aille mieux, Vincent, hanté par ses souvenirs du front, retourne vivre chez son père qui a transformé son hôtel en foyer d’acceuils pout migrants. Il découvre également que ces deux frères qu’il avait perdu de vue, semblent tremper dans de drôles d’affaires… Nous n’en dirons pas plus sur ce roman noir déchirant sinon qu’il nous plonge au coeur de l’actulalité en abordant la question des militaires contfrontés au syndrôme post traumatique aussi celle du triste sort des migrants.

Un polar rondement mené qui me fait regretter de parler aussi rarement de cette maison édition qui pourtant assure la promotion d’une belle brochette d’auteurs talentueux.

Petit coup de gueule contre la RATP

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Pour d’évidentes raisons liées au confinement, j’ai décidé de suspendre un certain nombre d’abonneements liés à mes déplacements entre Belfort et Paris. Il y a le parking Effia de la gare. J’attends la réponse. Puis l’abonnement annuel navigo…

En me rendant sur le site pour entamer les démarches, je lis que les abonnements seront remboursés pour le mois d’avril et les 11 premiers jours de mai. Ce qui est une bonne nouvelle.

La suite est moins réjouissante. Pour ceux qui voudront pour une raison ou une autre suspendre leur abonnement au-delà du 11 mai, il faudra se rendre en boutique, à Paris bien entendu, pour y faire la queue dans un espace confiné et prendre des risques incensés alors que le danger reste bien présent.

Confinés : et pourquoi pas le sud des Etats-Unis avec Pat Conroy

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Petite chronique d’un roman que j’ai lu lors de sa publication en Amérique du Nord en 1986. C’était lors de l’un de ces longs séjours en forêt avec mon paternel (séjours dont j’évoque le souvenir régulièrement)… Un roman qui fait sans aucun doute partie des dix livres que j’ai le plus aimé en quarante ans de lectures…

Le prince des marées, de Pat Conroy. Albin Michel. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Cartano. 748 p., 24,90 €

Ce roman nous entraîne au coeur du « Deep south » autrement dit le sud « profond » des États-Unis. En Caroline du Sud. C’est là que Tom, Luke et Savannah Wingo sont nés et qu’ils ont grandi. C’est leur histoire que Tom raconte. Sa soeur jumelle, poétesse exilée depuis des années à New York vient une fois de plus de tenter de mettre fin à ses jours. Tom, ancien quaterback et entraîneur de football américain aux chômage, s’adresse à Susan Lowenstein, la thérapeute de Savannah qui essaie de comprendre ce qui pousse la jeune femme à de telles extrémités.

Il évoque sans concession mais avec humour chacun des membres de sa famille, lui compris. Une famille dysfonctionnelle, hantée par de nombreuses blessures, des secrets, et autres trahisons. Il est beaucoup question de son père, pêcheur de crevette, violent obtu, et de sa mère, femme au foyer, belle et mythomane, un couple dont la vie commune fut « une guerre de trente ans ». Il y eut « maints traités et trêve, maintes négociations et maints armistices signés avant que nous fussions en mesure d’évaluer le carnage. »

Ce roman se savoure comme un bon vin : la prose est subtilement lyrique, les dialogues d’une invroyable justesse, le rythme sans temps mort, les portraits des personnages irrésistibles, l’histoire, passionnante. Comme dans ces autres romans, elle est largement inspirée de l’enfance meutrie de cet ‘auteur mort en 2016.

A propos de l’auteur

Né à Atlanta en 1945, Pat Conroy publie son premier roman en 1972, mais c’est Le Grand Santini (Presses de la Renaissance, 1989) qui le fait vraiment connaître au public. Il rencontre un succès international avec Le Prince des Marées, qui sera adapté au cinéma en 1991 par Barbra Streisand, et publie ensuite Beach Music (2007), Saison noire (2009) et Charleston Sud (2011). Il est décédé en 2016. Deux récits autobiographiques, La Mort de Santini (2017) et À quelques milles du reste du monde (2018), ont paru aux éditions Le Nouveau Pont à titre posthume.

« L’un des plus grands cadeaux que vous puissiez recevoir, en tant qu’écrivain, expliquait l’auteur avec l’humoiur qui le caractérisait, c’est de naître dans une famille malheureuse. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je n’ai pas bien à aller chercher pour trouver du mélodrame : tout est là. »

En dépit de ses succès littéraires, ce colosse, a passé sa vie a lutter contre l’alcoolisme et la dépression qui le rongeaient, et l’échec de deux mariages. Comme quatre de ses frères et sœurs, il fit une tentative de suicide. 

Confinés : quand la continuité pédagogique m’a tuer

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Le confinement prolongé peut avoir des conséquences psychiques comme des symptômes anxieux et dépressifs… Eh oui. Je sais. Il est mal venu de se plaindre lorsque des hommes et des femmes prennent des risques potentiellement mortels pour en sauver d’autres ou simplement assurer nos besoins quotidiens… 

C’est obscène de se plaindre par les temps qui courrent. Je suis entièrement d’accord… A une exception près, lorsque votre plus jeune enfant, en CM1, débarque à 8 heures avec le petit mot suivant : « Un maire veut installer un champ d ‘éoliennes : il commande 204 pales. Il faut trois pales pour construire une éolienne. Combien d’éoliennes seront installées ? » Ne peux-t-on pas faire une petite entorse à c e principe qu’il y a plus malheureux que nous… 

Dans un premier temps, j’ai envie de lui répondre va voir ta mère…. mais elle n’est pas là. Ou alors : les éoliennes c’est moche, ça fait du bruit… Mais je me ravise et je l’invite, un peu coupable, à se creuser les méninges pour trouver la solution lui-même… J’ai du boulot coco. 

C’est au nom de la foutue Continuité pédagogique que je retrouve dans cette situation comme des millions de parents confinés… Lorsque le confinement a été mis en place le 16 mars dernier, les enfants se sont retrouvés à la maison et nous nous sommes tous improvisés dès le 17 mars, instituteurs et professeurs auxiliaires.

Dans un premier temps, nous avons vu des enseignants, complètement pris au dépourvu nous envoyer des instructions dans tous les sens, avec des indications et des contre-indications, des documents impossibles à ouvrir dans des versions de logiciels souvent obsolètes… Puis les choses se sont organisées. Ils ont pris de l’assurance les bougres et ont commencé à nous bombarder de jour comme de nuit de mails avec à chaque fois un petit : vous faites comme vous pouvez, limite condescendant. 

Résultat, des tonnes de papiers à imprimer, de pages internet à ouvrir, des problèmes à régler, des consignes à déchiffrer, des additions, des soustractions à vérifier, de la grammaire, des dictées, de la géographie… Et même de l’Allemand avec le plus grand qui est en 6e… 

Quand on a aimé l’école comme je l’ai aimé, qu’on a été l’élève que j’ai été (il suffit de lire mes billets de blog pour le comprendre!), se retrouver dans cette situation a de quoi vous donner des boutons…

Confinés : Et si on se laissait tenter par l’Islande

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Petite sélection de romans et polars islandais.

Il n’en revint que trois, de Gudbergur Bergsson, Traduit de l’islandais par Éric Boury, Éd. Métailié, 208 p., 18 €

​​​​​Dans une ferme isolée entre l’océan, des montagnes et un mystérieux champ de laves, vivent le Vieux, incontinent, râleur et alité, la Vieille, pieuse et soucieuse de l’avenir de ses petites-filles, le Fils, chasseur et observateur cynique, et le Gamin… La vie que mènent ces personnages pittoresques est rude, dénuée de sentiments, monotone, rythmée par les saisons, les corvées, les prières quotidiennes.

Quelques nouvelles du reste du monde, pas très rassurantes, leur parviennent, colportées par de très rares visiteurs. Lorsque les échos de la Seconde Guerre mondiale atteignent la ferme, que les troupes britanniques puis américaines commencent à débarquer avec leur musique, leur argent, leur technologie…, cet univers rassurant pour les plus anciens vacille et puis chavire… Les filles partent, leur désir d’ailleurs prenant le dessus.

Avec cette savoureuse métaphore, l’auteur raconte comment son île (dont il décrit remarquablement bien les somptueux paysages !), est passée d’une vie inchangée depuis des siècles à la modernité et les conséquences que ces bouleversements ont eues sur les mentalités et les mœurs des Islandais. Avec un ton souvent tranquille, une plume fine et sans concession, il dresse ici un portrait fascinant mais pas très flatteur de cette société.

Les Rois d’Islande, d’Einar Mar Gudmundsson, Traduit de l’islandais par Eric Boury. Zulma, 336 p., 21 €

Tangavik, un modeste village de pêcheurs devenu une florissante cité maritime, est le berceau des Knudsen, une famille hors norme. Prenons Ast­val­dur. Tout jeune dans une tempête, près d’un récif de basalte, il crie à l’équipage : « On saute ! » Mais lui seul s’élance. Quand l’embarcation revient au même point, ses compagnons bondissent juste avant qu’elle ne se fracasse sur un rocher.

Ce n’est là qu’un des exploits d’Astvaldur, doté d’une capacité inouïe à s’orienter dans la brume et à reconnaître à mille lieues un imbécile. Tous les Islandais s’estiment apparentés à de nobles lignées. Chez les Knudsen règne l’assurance tranquille d’être les rois d’Islande, malgré pléthore d’ivrognes, de bandits et d’idiots notoires.

Dans cette anti-saga, Gudmundsson passe joyeusement de l’un à l’autre sans souci de chronologie dans un vivifiant maelström. Au passage, il pose un regard sagace sur l’histoire islandaise, décrypte avec humour les mœurs de ses concitoyens et égratigne avec allégresse leurs dirigeants.

L’homme qui vola sa liberté, de Gisli Palsson Traduit de l’anglais (Islande) par Carine Chichereau, Gaïa, 322 p,, 22 €

Naître esclave sur une plantation des Antilles et arracher son émancipation dix-huit ans plus tard en Islande, telle est la fascinante trajectoire de Hans Jonathan. Il naît en 1784 à Sainte-Croix, une colonie danoise, d’un père blanc et d’une mère noire esclave. Lorsque leur « propriétaire » rentre à Copenhague, elle ramène avec elle la mère et l’enfant.

Esclave éduqué, Hans Jonathan s’enfuit à 17 ans pour s’enrôler dans l’armée danoise où ses supérieurs l’apprécient. À son retour, il veut être affranchi. Sa propriétaire refuse, et s’ouvre un procès retentissant que Hans Jonathan perd. À nouveau il s’enfuit et c’est en Islande qu’il trouve enfin la liberté et l’égalité avec les autres hommes.

L’anthropologue Gisli Palsson retrace avec précision ce parcours hors norme tout en brossant le tableau d’une société en transition. Son livre est particulièrement éclairant sur les ambiguïtés d’une période où l’on commence à remettre en cause la traite, mais sans renoncer à la possession des esclaves.

Le Filet (Reykjavik noir, tome 2), de Lilja Sigurdardottir, Traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün, Éd. Métailié, 314 p., 21 €

L’histoire débute aux États-Unis. L’élégante et sophistiquée Sonja, rencontrée pour les plus chanceux dans Piégée, le tome 1 de cette trilogie (chez le même éditeur), vit désormais dans un camping californien avec son petit garçon pour échapper à son ex-mari, un avocat véreux et violent dont elle s’est séparée.

Ce dernier la retrouve et la rapatrie de force en Islande où il passe un marché avec elle. Si elle veut continuer à voir leur fils, elle doit continuer à transporter des valises de drogue d’un aéroport à l’autre comme elle le faisait jusque-là avec une efficacité légendaire. Elle accepte, bien décidée toutefois à retourner la situation à son avantage. Confiante, elle échafaude un plan.

Le temps de s’organiser elle renoue à contrecœur avec l’encombrante Agla. Cette ex-banquière spécialiste de l’évasion fiscale et des détournements de fonds en pince pour Sonja depuis leur aventure dans le premier tome. L’intrigue de ce thriller urbain noir, rock et décoiffant est remarquablement menée, avec du suspense et des rebondissements à revendre et deux héroïnes atypiques à défaut d’être vraiment sympathiques.

Passage des ombres (Trilogie des ombres, tome 3), d’Arnaldur Indridason. Traduit de l’islandais par Éric Boury, Éd. Métailié, 302 p., 21 €

Dans un quartier de Reykjavík, un vieil homme est retrouvé étouffé. Pour l’ex-inspecteur de la police islandaise Konrad qui supporte difficilement la retraite, cette histoire sera l’occasion de reprendre du service. Chez la victime, il découvre des coupures de presse sur le meurtre d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine. C’est le point de départ d’une trépidante et passionnante enquête (la troisième dans ce quartier populaire des Ombres) avec des allers et retours dans le temps.

Confinés : Nous aussi on a droit au télétravail

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Tous les parents le savent. En ces temps de confinement, il n’est pas toujours aisé de mener de front vie professionnelle et personnelle. Surtout lorsqu’il faut s’occuper des enfants et du suivi de leur scolarité.

Mes gaillards, 9 et 12 ans, sont assez autonomes dans l’ensemble mais comme tous les enfants, ils savent profiter des situations qui se présentent. Ainsi. Ils ont parfaitement conscience que je suis très occupé et que je ne peux pas les surveiller en permanence, alors ils en profitent.

Ce matin je leur avait demandé de se mettre à leur devoirs avant de jouer avec leurs jeux vidéos. Ils ont fait comme s’ils m’avaient pas entendu se contentant d’un petit oui oui collectif.

Je suis remonté dans mon bureau et me suis remis à mon travail bien pas vraiment convaincu d’avoir été entendu. Et effectivement, en redescendant discrètement une heure plus tard, j’ai trouvé mes lascars entrain de jouer avec la console, les yeux rivés sur l’écran de la télévision.

Hé, je ne vous avais pas demandé de vous mettre à vos devoirs? Vous n’êtes pas en vacances.

On sait papa. Attend on fini la partie et on s’y me répond le plus grand sans jamais quitter l’écran des yeux…

Tout de suite… je ne le répéterai pas.

ok, soupirent-ils en cœur tout en éteignant l’écran. C’est vraiment injuste, pourquoi nous on a pas le droit aux RTT et au télétravail comme toi? C’est pas normal, râle le plus petit en sortant ses cahiers…

Confinés : Mais qu’est-il devenu ?

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Je connais rien de lui. Nous nous sommes croisés un lundi soir dans le TGV qui me ramenait chez moi. Il allait voir son frère jumeau à Mulhouse. J’ai pensé à lui et me suis demandé ce qu’il était devenu…

La scène se déroule avant le grand chambardement, un lundi soir à bord du TGV entre Paris et Mulhouse. Il est vingt et une heure, le train est à l’arrêt en gare TGV de Besançon. La plupart des usagers sont descendus. Rares sont ceux qui montent à bord à cette heure tardive. Et pourtant.

Un vieux monsieur long et sec, coiffé d’un béret, s’arrête à ma hauteur. Il sent l’eau de Cologne et le tabac froid. Ses grands yeux bleus demandent de l »aide.

Bonjour, Je suis bien dans la voiture 8?

Oui, c’est bien la voiture 8.

Je cherche la place 44. Je la trouves pas…. Il me tend son billet. Ses mains tremblent. J’espère que je ne me suis pas trompé de train ?

Vous allez où?

Mulhouse

C’est le bon train. Installez-vous où vous voulez. Tout le monde est descendu.

Vous croyez? Je ne voudrais pas avoir des ennuis.

Croyez-moi, le contrôleur passe rarement. Le train nous appartient…

Il se glisse péniblement en face de moi, alors que le train démarre, et se retrouve l’espace d’un instant à cheval sur l’accoudoir séparant les deux sièges. Son complet, trop juste au niveaux des bras et des jambes, amplifie le grotesque de la scène.  Une fois installé, il s’éponge le front avec un grand mouchoir en tissus qu’il a sorti de sa poche en se contorsionnant. Une fois terminé, il le replie soigneusement avant de la remettre dans sa poche en se contorsionnant une fois de plus.

Il soupire, les deux mains calées sur ses cuisses et me demande si je suis bien sûr que ce train va à Mulhouse. Je lui confirme en lui expliquant que je le prends tous les jours ou presque. Il n’a pas l’air de vraiment m’écouter. Ces mains ne tremblent plus.. Il semble absorbé pas le nuit qui défile. Son visage anguleux se reflète dans la vitre strié de néons. Soudain, des larmes argentées perlent sur ses joues.

Tout va bien ?

Oui… me dit-il en essuyant son visage d’un revers de manche tout en reniflant bruyamment. J’avais jamais voyagé en TGV. C’est confortable… Je vais voir mon jumeau. Il habite à côté de Mulhouse. A Rixheim. Vous connaissez ?

De nom.

C’est là que je suis né, il y a 82 ans aujourd’hui…

J’allais lui souhaiter joyeux anniversaire lorsqu’il ajoute : La dernière fois qu’on s’est vu, c’est à l’enterrement de papa en septembre 1962. Depuis nous ne nous parlons plus.

J’ai perdu ma femme l’année passée. Nos fillesvivent dans le sud. Elles remontent rarement. Je vis seul. Après silence que quelques longues minutes, il poursuit le regard toujours tourné vers la fenêtre : Ya pas, faut qu’on s’explique. Ce n’est pas possible de continuer comme cela. Tout ça pour une histoire de terrain. C’est trop bête…

Je l’écoute, pas vraiment certain qu’il s’adresse à moi ou a son reflet dans la vitre.

L’arrivée en gare de Belfort étant imminente, je me lève. Il me regarde. Me demande si nous arrivons à Mulhouse.

C’est Belfort. Mulhouse c’est l’arrêt suivant. Le terminus.

Ah bon. Il me tend la main.

Je la lui serre en lui souhaitant bonne chance. Il me remercie et me souhaite une bonne soirée avant de replonger ses yeux humides et mélancoliques l’obscurité.

Confiné, quand faut aller faire ses courses

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Les jours se suivent et se ressemblent : télétravail, cours aux enfants, cuisine, provisions de bois de chauffage, ménage, sport.. Avec le moins souvent possible, une sortie en zone de guerre, pour aller à la chasse aux victuailles…

Les jours se suivent et se ressemblent : le virus et encore le virus… Ce salopard sans foi ni loi, poursuit sa course meutrière gagnant vitesse et ‘intensité. Il y a quelques jours je ne connaissais personne l’ayant contracté. Ce n’est plus le cas. Il se rapproche. Il mute. Alors pour tenter de s’en préserver et de venir grossir les statististiques on reste à la maison…

Toutefois il faut de temps à autre faire de sorties en « zone de guerre » (selon l’expression de notre président!) pour y « effectuer des achats de première nécessité dans un établissement autorisé » muni de sa nouvelle déclaration.

J’ai fait ma première sortie depuis le début du confinement hier en fin de journée. En parcourant la vingtaine de kilomètres me séparant de la petite ville la plus proche de mon village, je n’avais jamais, de ma vie, croisé ou vu aussi peu de monde.

Sur le parking du supermaché, il n’y a que cinq voitures, toutes garées loin les unes des autres. A l’intérieur, le personnel est masqué et ganté, l’inquiétude est palpable dans leurs yeux et leurs attitudes…

Je n’ai vraiment pas envie de rester ici trop longtemps. Je prends ce dont j’ai besoin et me dirige vers une caisse qui vient de se libérer.

Bonjour, lance la femme derrière son masque.

Bonjour. Pas trop dfficile ?

Si. Je prends sur moi pour venir, dit-elle en scannant mes articles d’un air résigné.

Le plus dur à avaler, c’est l’attitude de certaines personnes, poursuit-elle.

C’est-à dire?

Comme cette dame, précise-t-elle, en désignant une femme accompagnée de deux très jeunes enfants qui déambule tranquillement dans le rayon des cosmétiques.

Une telle inconscience me met hors de moi, dit-elle.

Je vous comprends. Elle fait courrir des risqes incensés à ces petits… Elle a peut-être personne pour les garder.

Il y a toujours des solutions, je vis seule avec mes enfants, j’en trouve tous les jours pour venir travailler. En attendant, c’est surtout à nous, qu’elle fait courir des risques, s’emporte-t-elle. Si vous ne le savez pas encore, les enfants sont parfois porteurs du virus sans être malades. Qu’ils restent chez eux…

Confinés, des sites pour s’évader virtuellement, intelligemment et gratuitement…

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Archive.org propose des millions de contenus des livres, des films, des logiciels, des  jeux vidéo et des concerts de musique.

Open Culture offre plus de 1 000 films du monde entier. Des classiques en noir et blanc, des documentaires, des polars, des films indépendants… On  y trouve aussi des MOOC (cours en ligne!), des ebooks, des cours d’économie et autres livres audio.

Avec Feedbooks, découvrez de grands classiques entrés dans le domaine public comme le Comte de Monte-Cristo, Le Grand Meaulnes, L’Apple de la Forêt, Sherlock Holmes… On y trouve aussi des livres, des polars, des romans, des pièces de théâtre…

InLibroVeritas  propose des essentiellement des ouvrages pratiques (informatique, sciences humaines, vie pratique…). Des dizaines de milliers de titres du domaine public ou offerts par leurs auteurs contemporains qui peuvent les déposer sur le site. Vous pouvez les télécharger en PDF et ePub ou les lire en ligne.

Wikisource.org affiche fièrement plus de 160 000 textes entrés dans le domaine public ou publiés sous licence libre. 

Open Library  offre des centaines de milliers de titres à disposition, dont des ouvrages très anciens et la possibilité de chercher par thèmes, auteur, pays, époque… A lire en ligne, à télécharger (PDF/ePub) ou a écouter. 

La Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou donne accès librement à des centaines de bandes dessinées grâce à un partenariat avec la plateforme de diffusion Iznéo. On peut y trouver Tintin, Gaston Lagaffe, Largo Winch, Fluide Glacial… le catalogue est vaste et varié. Il suffit  de s’inscrire sur le site de la BPI pour y accéder gratuitement.

Whisperies, propose 800 titres numériques de BD gratuits via son appli pour les 8 à 10 ans.

Grâce à Google Arts & Culture, visitez la Tour Eiffel, les pyramides d’Egypte, la statue de la Liberté, la grotte Chauvet et même la station spatiale internationale (ISS)

Arte Concert  offre un accès libre plus de 600 concerts mythiques, à voir ou revoir en streaming.

Sur la chaîne YouTube Music Vault, vous trouverez plus de 13 000 vidéos de concerts de rock.

That is all for today folks confinés…..