Bighorn trail

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  • Brazeau river, 19 heures 30

Deux cavaliers, quatre chevaux.  Dont deux de bâts. L’homme n’en espérait pas tant. Des gardiens du parc de Jasper en patrouille. Il déteste les types dans leur genre, avec leur air condescendant et leur uniforme. Ces deux là sont très jeunes. Du lait coule encore de leurs nez. On les dirait clonés : Blonds, élancés, rasés de près, à l’exception d’une fine moustache.  

L’homme les laisse approcher. Il sourit, les deux mains jointes sur le pommeau de sa selle tenant fermement les rênes en cuir tressé.  Il se redresse comme pour vérifier que son Ruger Red Hawk 44 magnum en bandoulière est toujours sous sa veste. Sensible au mouvement de son bassin, son cheval se met aussi tôt à danser sur place d’un antérieur sur l’autre, secouant sa tête d’avant en arrière faisant claquer en rythme, les rênes et la chaine de son mors de bride.  

Les deux cavaliers avancent au pas. S’arrêtent à quelques mètres de lui, maintenant toutefois leurs montures à une distance respectable. L’homme remarque qu’ils ont été ferrés récemment. Les clous qui ressortent de chaque côté de leurs sabots sont parfaitement rivés et alignés.

Le clone de droite remonte la visière de son chapeau de service de l’index et salue l’homme.  Celui de gauche le scan de ses yeux bleus gris, de la tête aux pieds. L’air suspicieux. Que fait ce type ici, à cette saison, sans cheval de bât et fusils, semble-t-il se demander… Est-il seul ? Il scrute les environs sans piper mot comme s’il cherchait une réponse à sa question parmi les pins de lodgepole.

Vous venez d’où comme ça ? demande le clone de droite.

Je campe le long du Brazeau, répond l’homme en indiquant le nord de la pointe du menton.

Vous êtes seul ? lance alors le clone de gauche d’une voix légèrement éraillée.

Vous voyez quelqu’un d’autre ?  sourit froidement l’homme. Puisque nous en sommes aux questions, que font deux gardiens du parc en dehors de leur sphère d’intervention ?

Nous sommes habilités à contrôler les zones limitrophes, répond le clone de droite sur la défensive. Au même titre que les agents de la Fish and wildlife.  Vous êtes chasseur ?

Vous voyez une arme ? Sourit l’homme.

Elle pourrait être à votre camp de base… suggère le clone de gauche. Rares sont les personnes qui se baladent à cette saison sans fusils… C’est l’automne, poursuit-il, les ours sont affamés. Ils cherchent la moindre source de nourriture avant d’hiberner… Les camps de chasseurs les attirent tout particulièrement.   

L’homme se contente de sourire se demandant si cet abruti sentencieux se moque de lui ou entend lui faire un exposé complet sur la vie des ours. Son agacement monte mais il ne laisse rien paraître. Un gardien du parc favorable aux armes à feu. On croit rêver. S’ils savaient ce qu’il porte sous sa veste, il ferait moins le malin… Il va pouvoir le vérifier bientôt.

(A suivre)

L’homme

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Comme le disait souvent ma grand-mère, paix à son âme, les bonnes habitudes se perdent…. Pendant des années, le bush du grand nord canadien était une terre où un être pouvait disparaître. A cette époque, la règle non écrite était : Quand tu croise un type dans le bush, offre lui l’hospitalité, mais ne lui demande jamais qui il est, d’où il vient et où il va. Tu lui laisse te dire ce qu’il a envie de te dire ou ne pas te dire… De moins en moins de personnes respectent cette règle pourtant simple… Parfois à leur dépends...

L’homme s’arrête. Il tend l’oreille en se redressant sur sa selle, Bascule la tête en arrière, inspire profondément en retenant son souffle, puis expire doucement, de gros nuages moutonneux filent vers le nord… A en croire le Chinook, qui se faufile par bourrasques imprévisibles entre les bouquets de peupliers trembles et les pins de lodgepole, des cavaliers remontent la piste Bighorn. Ils avancent dans sa direction.

La monture de l’homme a elle aussi a entendu. Il lui caresse l’encolure, se penche en avant et lui susurre quelques mots apaisants.  Tout doux ma belle… Tout doux…

Laissons-les approcher, sourit-il.

Plus l’effet de surprise sera grand plus cela sera facile pour lui. Il sourit à nouveau. Un mélange de soulagement, de satisfaction et de plaisir. Ces types ne peuvent pas mieux tomber il commençait à manquer de provisions et de munitions. Et un cheval de plus ne sera pas du luxe. Ils ne le savent pas encore ce qu’il leur réserve. Mais lui en sourit déjà. Les affaires reprennent… Approchez les gars, approchez…

Moose

Moose, Hey Moose, wanska (1), réveille toi. C’est l’heure…

J’ouvre un œil, puis le deuxième et sorts la tête de mon sac de mon couchage. Paul, le fils cadet d’oncle Joe se tient au dessus de ma tête. Ses cheveux sont déjà impeccablement tressés encadrant sa bouille ronde et hilare…

L’heure de quoi ?  Je ronchonne. 

De te lever frangin. Le viel homme veut qu’on aille lui chercher du bois de chauffage et qu’on aille ensuite rassembler les chevaux qui se baladent encore dans la forêt. Alors lâche ta queue, ramasse tes chaussettes et secoue ton gros cul mou de blanc, rit-il… Je t’ai apporté du café chaud, du bannock (2) au beurre de cacahouète et à la confiture de framboise…  

Oh merci ma princesse….

La ferme et lève-toi gros fainéant.  Si tu veux te taper une princesse, y a la grosse Eva, elle sera heureuse de s’occuper de toi….  Il éclate de rire.

Une demi-heure plus tard, nos tronçonneuses, un bidon l’huile de chaîne et deux autres de mélange, bien calés sur la plateforme du pick-up, nous fonçons sur la piste en direction des montagnes soulevant dans notre sillage un épais panache de poussière et de gravillons.  Le soleil est radieux. Notre objectif la forêt brûlée à une vingtaine de kilomètres du camp.  Le bois sec y est abondant et à portée de véhicule. 

T’as quoi comme musique ? je demande à Paul, qui slalome entre les nids de poules et autres obstacles sur notre trajet, histoire d’épargner les amortisseurs.

Regarde dans le vide-poche. 

Le premier CD qui me tombe dans la main est une compilation des Mountain Soul singers, les chanteurs traditionnels du camp. 

Bon choix, frangin, sourit Paul sans quitter la piste des yeux. Rien de tel que des chants de pow wow avant d’aller bosser.  Monte le son frangin… 

Alors que je me penche en avant, je vois au loin, des gyrophares.

Photo de kat wilcox sur Pexels.com

Des flics, dit Paul en levant le pied. Mais qu’est-ce qu’ils foutent ici ? 

Nous arrivons à leur hauteur. Deux gros SUV de la RCMP (3) sont garés en travers de la  piste. 

Un moustachu blond, en tenue d’intervention, avec une arme automatique en bandoulière, nous fait signe de nous arrêter. Lorsque nous arrivons à sa hauteur, Paul descend sa vitre en souriant mais inquiet. 

Bonjour dit le flic, en nous ordonnant de couper la musique.  

Vous venez d’où? Vous allez où ?  Son regard suspicieux scanne l’intérieur de notre habitacle. Un de ses trois collègues fait le tour de notre camion, soulevant la bâche couvrant notre matériel…

A la forêt brulée, après Muskiki lake, répond Paul. Couper du bois de chauffage. 

La route est fermée, dit l’agent qui semble peu disposé à être conciliant.  

C’est quoi le problème ? je lui demande en me penchant légèrement dans sa direction.  

Un individu a agressé armes au poing, deux gardes chasse en patrouille équestre hier en fin d’après-midi le long du Brazeau. Il leur a subtilisé leurs chevaux, armes, provisions et même leurs chaussures.  Vous devez faire demi-tour.  Va falloir aller chercher du bois ailleurs… Une chasse à l’homme est en court sur tout le secteur. 

Nous n’insistons pas. 

Une vingtaine de minutes plus tard nous sommes de retour au camp. Oncle Joe, ma tante et mes cousines sont dans l’enclos aux chevaux devant sa maison…  Nous leur répétons ce que les flics nous ont raconté. Joe nous écoute d’un air pensif.

En chassant hier soir vers Flapjack Lake, Floyd Beaver Bone est tombé un cadavre de cheval recouvert de branches et de mousse, nous raconte-t-il soudain.  On se demandait justement, poursuit-il, qui se donnerait la peine de masquer un cadavre de cheval en forêt à part quelqu’un qui ne souhaite pas qu’on le trouve …. 

C’est peut- être le type qu’ils cherchent, dit Lorn le frère aîné de Paul.  Ca veut dire qu’il est dans le coin, ajoute ce dernier.

Joe hausse les épaules avant d’ajouter « en tout cas faut qu’on verifie… S’il vient ici, il sera accueilli comme il se doit…  

Paul, Lorn, rassemblez les chevaux avant la nuit, ordonne Joe en s’adressant à ses deux fils en Cree. Moose, tu viens avec nous on va aller faire un tour le long du Brazeau avec Bob et Elmer.  Le sol est meuble, il a plu toute la nuit. S’il est passé dans le coin,  il y aura des traces… Prends ton fusil avec toi.  Tu peux monter Hector, conclue-t-il en pointant un doigt en direction le bai foncé attaché devant sa maison, déjà sellé et harnaché.

Une demi-heure plus tard, je retrouve l’oncle Joe, devant le petit cimetière à l’entrée ouest du camp, flanqué de  Paul et Lorn armés jusqu’aux dents. Sans dire un mot, nous prenons la direction du  Brazeau en coupant à travers la forêt.  L’oncle Joe trotte en tête ne quittant pas des yeux le sol. Sa carcasse vieillissante dodeline de droite à gauche alors qu’il se penche à la recherche de traces…  Parfois il s’arrête pour écouter nous demandant de ne pas faire de bruit. Quand il s’adresse à nous, il chuchote. 

La forêt est parfaitement silencieuse. Nous sommes à l’affut du moindre signe. 

(À SUIVRE)

(1) Debout e cree.

(2) Pain traditionnel

(3) Police royale montée canadienne

Le bush

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Photo de James Wheeler sur Pexels.com

Le bush est comme un amour de jeunesse. Vous ne l’oubliez jamais. Ils s’arrange toujours pour réveiller vos souvenirs. Le bush ne s’offre pas à vous facilement. Il faut gagner sa confiance. Mais il sait vous faire oublier les moments difficiles. Le froid, l’effort, les tempêtes… Le bush, il faut le mériter, apprendre à l’écouter, le sentir… C’est sa fierté, sa manière a lui de préserver son intimité… Le bush je l’ai connu très jeune. Je l’ai aimé passionnément. Des décennies plus tard, il est toujours là.

J’y ressentais une légèreté, une disponibilité d’esprit qui disparaissait dès que je lui tournait le dos. Plus les kilomètres défilaient me séparant des montagnes plus ce sentiment s’atténuait. Inversement il revenait dès que je prenait le chemin inverse. Tranquillité et inspiration.

Souvenirs d’il y a longtemps

11 heures du matin. 4 mars. -20C.

La température remonte rapidement. Les chiens sont roulés en boules couverts de neige, le museau sous la queue. Au bruissement de mes pas, ils redressent les oreilles, ouvrent les yeux. Puis ils se lèvent, s’ébrouent énergiquement faisant voler la neige. Je passe parmi eux distribuant les caresses, accompagné par un concert d’expressions de toutes sortes, du battement de queue au grognement. Certains en profitent pour s’étirer, d’autres pour tourner comme des toupies sur eux-même. C’est le cas de Smokey. Le plus fou de tous. Sook se cabre en tirant sur sa chaîne. Winnie, ma Winnie et Bear, mes chiens de tête me regardent sans rien dire ou faire. Attendant leur tour l’air de penser : bande d’imbéciles… Rider, est calme lui aussi. Il s’adapte tout doucement. Il a perdu du poids et du poil aussi. Un réaction que je ne m’explique pas. Il n’était pas en forme en arrivant.

La moindre difficulté semble le déconcerter et le contrarier. Quand son propriétaire me l’a proposé pour un « stage » dans le bush, il m’a confié qu’il avait des doutes sur sa capacité à s’adapter…. Petite explication. La plupart des chiens formant mon attelage à l’exception de Bear et Winnie, sont des chiens à l’entraînement. La plus part ont des soucis de comportement. Smokey est hyperactif et imprévisible. Sook est grognon, asocial et bagareur… Tous mes chiens ont un soucis ou un autre. Le contrat avec les proprios c’est que je tente de les remettre dans le droit chemin, grâce lors de séjours dans le bush….

Je suis une sorte d’éducateur très spécialisé pour délinquants canins…

La louve

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La petite histoire que je vais te raconter, à toi qui me fait l’honneur de me lire, m’est arrivée il y a quelques longues années.
J’y pense souvent, comme à d’autres passages de cette partie de ma vie. Il suffit parfois d’une odeur portée parle vent, d’un bruit familier…

C’était en hiver. Mon père et moi remontions péniblement l’ancienne piste Bighorn pour rejoindre le Brazeau, cette vallée reculée des Rocheuses d’Alberta. Notre objectif était de passer les fêtes de fin d’année avec le vieux fou de Bill MCdiarmid. En espérant justement qu’il ne soit pas trop fou, après des semaines et des mois d’isolement dans sa cabane. L’année précédente, il nous avait accueilli à coups de fusils et en hurlant… Ancien tireur d’élite au sein de l’armée canadienne, blessé au combat, il nous avait confondu avec des flics venus l’embarquer pour l’interner…. « J’avais pas mes lunettes les amis. Vous avez eu chaud aux fesses » , nous avait-il expliqué plus tard, devant une bonne soupe et un café, une fois qu’il s’était rendu compte de sa méprise….

Je m’égare. La journée avait été dure. La neige tombée abondamment quelques jours plus tôt était désormais recouverte d’une croute cassante comme du verre. Un cadeau du Chinook, ce vent chaud remontant périodiquement du sud. Progresser dans ces conditions se résumait à quatre pas en avant à soulever des kilos de neige avec les raquettes et  deux en arrière, histoire de bien damer la piste pour les chiens et le traineau. Avec un sac à dos pesant son poids et un fusils en bandoulière, le corps et les nerfs sont soumis à rude épreuve. 

C’est dire si l’arrivée à notre étape en fin d’après-midi fut un réconfort tant pour nous que pour les 10 malamutes ayant tracté notre tente, fourneau et provisions.  Chimney Creek, un vieux village fantôme, datant du temps ou la piste Bighorn était encore empruntée par les Indiens et les prospecteurs pour remonter les foothills

Pendant que le père préparait le feu pour notre repas du soir et celui des chiens, je suis parti à la recherche d’arbres morts bien secs à abattre. La nuit s’annonçait très froide. Nous utilisons cette étape si régulièrement et depuis tant d’années, qu’il faut aller de plus en plus loin pour en trouver… 

Six chiens m’accompagnent. D’habitude, libérés leurs harnais, il en profitent pour courir dans tous les sens après les écureuils et les chevreuils, mais ce soir ils me collent aux talons et semblent inquiets.

C’est les croassements d’un corbeau tournoyant dessus de nos têtes qui va me mettre la puce à l’oreille. Ces derniers voyagent souvent avec les loups dans l’espoir de nettoyer leurs restes…  

Je me rends compte que je suis parti sans mon fusils… S’ils leur prenaient l’envie de se payer un de mes chiens je ne pourrais pas faire grand-chose… Je décide de rebrousser chemin… Pour le bois on verra plus tard. Au moment ou je pivote sur mes talons un je ne sais quoi attire mon attention. Visiblement celle de  Bear, Spike et Winnie aussi. Mes chiens se figent et regardent dans la même direction que moi.

Bear retrousse les babines en découvrant ses crocs.  Je fais quelques pas dans la direction en question m’enfoncant dans la neige jusqu’à la taille. Les chiens restent en arrière. Certains gémissent, d’autres grognent. J’avance en tenant fermement des deux mains le manche de ma hache…   

Soudain, à quelques mètres de moi, un loup gris de taille moyenne jaillit d’un trou dans la neige avant de s’écraser au sol la patte arrière visiblement prise dans un collet . Alors que je m’approche,  il se roule en boule, prêt à bondir. Il ne me quitte pas du regard. Les chiens restent en retrait. Sont-ils conscients du danger que représente pour eux cet animal. Visiblement c’est le cas mais je n’ai pas la tête à me poser ce genre de question. 

 Savoir cet animal pris dans ce piège et promis à une mort longue et douloureuse de faim et de soif, me révolte. Le vieux Bill, qui a piégé son lot de loups nous a souvent raconté comment certains se libéraient en se rognant la patte.

Je suis conscient qu’au Canada, relâcher un animal d’un piège est un crime, mais à quelques jours des fêtes personne ne passer avant longtemps… Et je ne suis pas certain que Dave Schmidt le trappeur local se rappel de l’existence de ce piège. D’habitude, cet abrutis balise le terrain de rubans rouges  pour se souvenir où ils sont.

Je décide d’aller en parler avec mon père. Ce dernier ne me laissera même pas finir ma phrase avant de dire « rien à foutre de l’autre con de Dave Smidt. On va libérer cette bête… Les loups sont nos frères, ajoute-t-il. Et on abandonne pas un frère en difficulté. En remontant la piste, nous élaborons un plan d’action. Étant le plus solide,  je me chargerai de maintenir l’animal plaqué au sol pendant que mon paternel, détachera le câble.  

Pour ce faire je compte sur une grosse sangle en cuir. Vu la distance qui nous sépare de tout lieu habité, il faut éviter de se faire mordre. La mâchoire d’un loup est faite pour  couper, arracher et broyer les os les plus coriaces…

Lorsque nous retrouvons le loup, il est toujours dans la même position. Respirant à peine. Nous l’approchons prudemment en lui parlant calmement. Ses yeux font des allers et retours de l’un à l’autre. Il respire à peine. Se recroqueville sur lui-même. J’arrive à passer la sangle en cuir par-dessus sont encolure sans geste brusque. Il ne bouge pas. Mes mouvements sont tellement lents qu’il aurait l’occasion de me mordre plusieurs fois. Mais étonnamment, il ne réagit pas. Se laisse faire. Mon père est agenouillé dans la neige et tente de défaire le nœud coulant. Le câble a entamé la peau de la patte. 

J’y arrive pas, dit mon père dont les doigts s’engourdissent avec la température que dégringole.

Attends je vais essayer, dis-je en lâchant la sangle maintenant l’animal au sol. Bizarrement, ce dernier ne bouge toujours pas. Son regard semble même apaisé.  J’arrive non sans mal a défaire le lien… Je lui masse sa patte qui semble raide.

C’est quoi ? demande mon père. Un mâle ou une femelle ? Je lui soulève délicattement la patte toujours raide. Une louve, regarde… je passe ma main sous son ventre couvert de  mamelles à peine gonflées. Elle semble avoir déjà eu une portée… ajoutais-je sans trop être sur de cette information.

Nous redressons tous les deux. Satifaits. La louve nous suit du regard. Mais elle ne bouge toujours pas.  Tu crois qu’elle est paralysée, qu’elle a quelque chose de cassé ? demandais-je à haute voix… Je sais pas réponds mon père. En face de nous,  Nos chiens ne perdent pas une miette du spectacle. Ils ne grognent plus. Certains se sont même roulés en boule, comme si nous allions passer la nuit là. 

Allez ma belle, dis-je à la louve, fais nous plaisir, sauve toi….  J’ai à peine terminé ma phrase qu’elle bondit et file droit devant perçant au passage en mur de six gros malamutes aussi surpris que terrorises pas cette initiative, avant de disparaître à jamais parmis les arbres….  

Cette même nuit, sa meute toute proche nous gratifiera de l’un des plus beaux concerts de hurlements jamais entendu… 

Colson Whitehead prix Pulitzer pour la seconde fois

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L’auteur américain Colson Whitehead vient d’entrer dans l’Histoire en remportant pour la seconde fois  le Prix Pulitzer pour “Nickel Boys”, qui paraît à la rentrée. Il devient ainsi le troisième écrivain américain doublement couronné, après William Faulkner et John Updike. Un auteur que j’ai découvert en 2017 en lisant « Underground Railroad » (avec lequel il avait remporté le prix Pulitzer et le National Book Award). Dans ce roman, il explorait les rouages du racisme aux États-Unis, mêlant allégorie, réalisme, politique et philosophie.

UNDERGROUND RAILROAD, de Colson Whitehead, traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, Albin Michel, 402 p., 22,90 €

Portée par Cora, une émouvante et courageuse jeune esclave, l’histoire débute en Géorgie, dans une plantation de coton quelques années avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère, qui s’est enfuie quelques années plus tôt, la jeune fille survit confrontée quotidiennement à la cruauté et à la brutalité de ses « maîtres ».

On ne sait pas vraiment son âge : « Seize ou dix-sept ans. C’était l’âge que se donnait Cora. Un an depuis que Connelly lui avait ordonné de prendre époux. Deux ans que Pot et ses amis l’avaient fait mûrir de force. » Caesar, esclave dans la même plantation, lui propose de fuir avec lui : elle refuse puis se laisse convaincre.

Les premières pages, superbement écrites, reviennent judicieusement sur l’effroyable histoire de la grand-mère de Cora arrachée à sa terre africaine natale. On assiste à son arrivée en Amérique du Nord où elle passe entre les mains d’une multitude de propriétaires qui, les uns après les autres, impriment sur sa chair leur marque au fer rouge…

Une entrée en matière nécessaire sur les origines de ce mal qui empoisonne l’Amérique et dont les Indiens ont été les premières victimes comme le rappelle régulièrement l’auteur.

Le roman plonge ensuite dans une autre dimension, mêlant romanesque, fantastique, politique et philosophie, lorsque Cora et Caesar décident de fuir à bord de l’underground railroad (chemin de fer clandestin). Un vaste réseau mythique, à qui l’auteur donne corps en le présentant métaphoriquement comme un réseau ferré souterrain, avec des chefs de gare, des trains.

Dans la réalité, ce réseau formait un ensemble de routes secrètes à travers l’Est du pays avec des moyens de transport, des lieux d’accueil et d’assistance gérés et organisés par des abolitionnistes.

Pour Cora et Caesar débute alors une longue fuite par étapes quasi initiatiques vers les États du Nord et une hypothétique liberté avec un redoutable chasseur de primes et son équipe aux trousses… Une errance éprouvante, pavée de nombreux morts et de souffrance à travers différents États. Les moments de répit seront rares, les illusions particulièrement cruelles et l’Amérique abolitionniste pas toujours aussi exemplaire que l’on aimerait le croire.

Les personnages sont profonds, magnifiques, émouvants. Ils sont également terrifiants, comme ce chasseur de prime blanc sûr de sa mission, ou encore son acolyte au collier d’oreilles et l’énigmatique Homer…

Avec une narration remarquablement maîtrisée et originale, l’ensemble est une fascinante métaphore de cette histoire constitutive de l’identité américaine qui éclaire son actualité récente marquée notamment par l’élection de Donald Trump, les manifestations de l’extrême droite identitaire à Charlottesville en ­Virginie ou les innombrables bavures policières visant des ­Africains-Américains.

Deux balles, de Gérard Lecas

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Lu par hasard hier soir, alors que je n’arrivais pas à dormir, ce petit polar bien ficelé nous embarque en Afghanistan puis à Marseille sur les pas de Vincent et Willy deux frères d’armes confrontés au difficile retour à la vie civile

Deux balles, de Gérard Lecas. Jigal Polar. 216 p. 18,50 €

L’histoire débute dans la vallée de la Kapisa en Afghanistan en janvier 2013 alors que l’armée française amorce son retrait de ce pays. Des militaires français patrouillent la région à bord de trois VAB (Véhicule de l’avant blindé) sous un soleil de plomb. Dans l’un de ces engins se trouvent deux amis Vincent et Willy. Leur convois est attaqué. Lorsqu’ils sortent pour riposter Willy est touché.

Nous retrouvons les deux frères d’armes à Marseille quelques mois plus tard. Vincent, démobilisé rend visite à son ami dans un centre de rééducation fonctionnelle et orthopédique des armées. Il est cloué dans un fauteuil roulant. Le projet qu’ils avaient d’acheter un food-truck et de sillonner la région pendant l’été semble semblecompromis pour l’instant. Mais pas abandonné.

En attendant que Willy aille mieux, Vincent, hanté par ses souvenirs du front, retourne vivre chez son père qui a transformé son hôtel en foyer d’acceuils pout migrants. Il découvre également que ces deux frères qu’il avait perdu de vue, semblent tremper dans de drôles d’affaires… Nous n’en dirons pas plus sur ce roman noir déchirant sinon qu’il nous plonge au coeur de l’actulalité en abordant la question des militaires contfrontés au syndrôme post traumatique aussi celle du triste sort des migrants.

Un polar rondement mené qui me fait regretter de parler aussi rarement de cette maison édition qui pourtant assure la promotion d’une belle brochette d’auteurs talentueux.

Petit coup de gueule contre la RATP

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Pour d’évidentes raisons liées au confinement, j’ai décidé de suspendre un certain nombre d’abonneements liés à mes déplacements entre Belfort et Paris. Il y a le parking Effia de la gare. J’attends la réponse. Puis l’abonnement annuel navigo…

En me rendant sur le site pour entamer les démarches, je lis que les abonnements seront remboursés pour le mois d’avril et les 11 premiers jours de mai. Ce qui est une bonne nouvelle.

La suite est moins réjouissante. Pour ceux qui voudront pour une raison ou une autre suspendre leur abonnement au-delà du 11 mai, il faudra se rendre en boutique, à Paris bien entendu, pour y faire la queue dans un espace confiné et prendre des risques incensés alors que le danger reste bien présent.

Confinés : et pourquoi pas le sud des Etats-Unis avec Pat Conroy

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Petite chronique d’un roman que j’ai lu lors de sa publication en Amérique du Nord en 1986. C’était lors de l’un de ces longs séjours en forêt avec mon paternel (séjours dont j’évoque le souvenir régulièrement)… Un roman qui fait sans aucun doute partie des dix livres que j’ai le plus aimé en quarante ans de lectures…

Le prince des marées, de Pat Conroy. Albin Michel. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Cartano. 748 p., 24,90 €

Ce roman nous entraîne au coeur du « Deep south » autrement dit le sud « profond » des États-Unis. En Caroline du Sud. C’est là que Tom, Luke et Savannah Wingo sont nés et qu’ils ont grandi. C’est leur histoire que Tom raconte. Sa soeur jumelle, poétesse exilée depuis des années à New York vient une fois de plus de tenter de mettre fin à ses jours. Tom, ancien quaterback et entraîneur de football américain aux chômage, s’adresse à Susan Lowenstein, la thérapeute de Savannah qui essaie de comprendre ce qui pousse la jeune femme à de telles extrémités.

Il évoque sans concession mais avec humour chacun des membres de sa famille, lui compris. Une famille dysfonctionnelle, hantée par de nombreuses blessures, des secrets, et autres trahisons. Il est beaucoup question de son père, pêcheur de crevette, violent obtu, et de sa mère, femme au foyer, belle et mythomane, un couple dont la vie commune fut « une guerre de trente ans ». Il y eut « maints traités et trêve, maintes négociations et maints armistices signés avant que nous fussions en mesure d’évaluer le carnage. »

Ce roman se savoure comme un bon vin : la prose est subtilement lyrique, les dialogues d’une invroyable justesse, le rythme sans temps mort, les portraits des personnages irrésistibles, l’histoire, passionnante. Comme dans ces autres romans, elle est largement inspirée de l’enfance meutrie de cet ‘auteur mort en 2016.

A propos de l’auteur

Né à Atlanta en 1945, Pat Conroy publie son premier roman en 1972, mais c’est Le Grand Santini (Presses de la Renaissance, 1989) qui le fait vraiment connaître au public. Il rencontre un succès international avec Le Prince des Marées, qui sera adapté au cinéma en 1991 par Barbra Streisand, et publie ensuite Beach Music (2007), Saison noire (2009) et Charleston Sud (2011). Il est décédé en 2016. Deux récits autobiographiques, La Mort de Santini (2017) et À quelques milles du reste du monde (2018), ont paru aux éditions Le Nouveau Pont à titre posthume.

« L’un des plus grands cadeaux que vous puissiez recevoir, en tant qu’écrivain, expliquait l’auteur avec l’humoiur qui le caractérisait, c’est de naître dans une famille malheureuse. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je n’ai pas bien à aller chercher pour trouver du mélodrame : tout est là. »

En dépit de ses succès littéraires, ce colosse, a passé sa vie a lutter contre l’alcoolisme et la dépression qui le rongeaient, et l’échec de deux mariages. Comme quatre de ses frères et sœurs, il fit une tentative de suicide.