Procrastination quand tu nous tiens

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Oui je sais. Ce n’est pas bien. Il ne faut jamais remettre à demain… Vous connaissez la suite. Moi aussi. Et pourtant, j’ai ce gros défaut. Prenons ce petit billet. Je l’ai commencé il y a trois semaines puis abandonné après avoir regardé sur internet ce que ce défaut traduisait de ma personnalité, avant de le reprendre hier et de le terminer aujourd’hui (au lieu de m’occuper d’un article que je dois rendre !)

IMG_0051Autre exemple : les livres. J’en reçois beaucoup, j’en lis autant que possible. Souvent, ils finissent dans une pile avec la promesse d’y revenir et d’en parler. À force la pile s’agrandit, devient une montagne qui finit par s’écrouler. Je suis pourtant si fier de moi lorsque j’arrive à boucler une critique ou un billet en un seul jet. Mais pour je ne sais quelle raison je finis souvent par mettre de côté ce que je fais en me disant : « laissons reposer j’y reviendrai demain…

Demain… Combien de choses ai-je remises au lendemain depuis que je suis sur cette terre ? Combien de kilos ai-je pris en me disant demain je me mets au sport. Combien de rencontres ou d’occasions ai-je manquées en me disant j’appellerai demain… Et je ne vous parle pas des démarches administratives…

Mais rien n’est jamais vraiment perdu… La preuve : depuis près de trois ans je fais du sport tous les jours (même si, je l’avoue, je m’y mets souvent en fin de journée). Mais surtout car là est l’essentiel, depuis trois ans, je me refuse de rater une occasion de passer du temps avec mes enfants. Non seulement ces derniers grandissent vite et quittent le nid sans crier gare, mais il arrive également qu’ils prennent des décisions aussi mystérieuses que radicales qui vous privent définitivement de leur présence vous laissant seul avec vos regrets…

Pour le reste,  les broutilles quotidiennes,  c’est promis à partir de demain je ferai un effort…

« Je crois que nous avons un problème »

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IMG_1272Depuis le 11 décembre, date anniversaire du lancement de la ligne TGV Mulhouse Dijon, le TGV de 6 H 07 à destination de Paris et celui  de 6 h 17 à destination de Lille, ne forment qu’un seul et même train à départ de Mulhouse et  jusqu’à Dijon où ils se séparent pour prendre des directions différentes…

Pour la SNCF, il s’agit de faire  l’économie d’un machiniste (même si celui-ci est dans le train!)  sur le tronçon commun aux deux TGV…  Une situation qui risque de poser des problèmes puisqu’il  faudra faire attention de monter dans la bonne partie du train.  Ce qui n’est pas toujours évident pour certains usagers…

Ce matin-là, le TGV à destination de Paris  a 15 minutes de retard. « Un soucis de préparation du train en gare de Mulhouse » annonce laconiquement les agents SNCF de la gare de Belfort Montbéliard. Le quai est bondé, des massages ne cessent de répéter que le premier train va à Paris le second à Lille…

17 minutes plus tard je suis dans le TGV, à ma place habituelle. Le TGV va démarrer.  Une petite dame toute sèche, aux yeux tristes s’arrête à mon niveau : « Je crois nous avons un problème, vous êtes à ma place. » La valise qu’elle traîne est à peine plus petite qu’elle.

Je vérifie sur mon téléphone en souriant. A 6 heures du matin, personne n’est à l’abris d’une erreur. Il y a quelques jours, j’avais oublié de réserver ma place. Avec le sourire le moins triomphant possible, je lui confirme que je suis à la bonne place. Je tente un : « êtes-vous sûr d’être dans la bonne rame ? » Une erreur très habituelle.

Elle me colle son billet sous les yeux en tremblant  » Oui monsieur. Voiture 8 place 114. »

« Effectivement madame, c’est la bonne place mais pas le bon train… Votre billet dit Belfort Lille, celui-ci va à Paris. »

Elle ravale sa salive, pâlit et tremble de plus belle en regardant par la fenêtre les usagers encore sur le quai alors que le train démarre. Comment je vais faire ?

Ce n’est pas grave madame ce train, comme le suivant s’arrête à Besançon et Dijon, vous pourrai descendre dans l’une de ces deux gares et reprendre votre train…

 

 

Rencontre avec un petit club de boxe de province

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p1000998La boxe, un sport que j’ai redécouvert tardivement à plus de 50 ans, m’apporte énormément au quotidien. Ce petit film que j’ai réalisé n’a pas d’autre prétention que de rendre hommage au noble art et à ce club franc-comtois créé en 1995 par un entraîneur au grand coeur, Gille Stenegri.


Chaque semaine, le mardi et le jeudi, de 18 heures a 21 heures, la salle de combat et d’arts martiaux de Lure, en Haute-Saône, retentit des cris d’enfants et instructions de Gilles Stenegri,  le coach.

Ce dernier,,  52 cette année a créé ce club en 1995, à Roye, une petite commune proche du site d’aujourd’hui, « à la demande de jeunes de son quartier qui connaissaient son palmarès de boxeur et karatéka. »

Le full Contact, principale discipline enseignée dans ce club associe la boxe anglaise et le Karaté. Un sport qu’il a commencé à pratiquer à l’armée dans les commandos.

Gilles enseigne 7 disciplines du Muay Thai au Kick boxing en passant par le chauss fight et la Self défense. Sa petite sœur, et ancienne élève du club, Sandrine est également monitrice diplômée,  elle enseigne principalement  l’aérokick, une pratique de la boxe « sans contact, mais très physique, précise Gilles.

Le club compte près d’une centaine de licenciés de 6 ans (l’âge légal pour débuter ce sport) à plus de 50 ans.  Chaque année une dizaine d’entre-eux participent à des compétitions régionales et nationales.  De nombreux boxeurs issus de ce club, ont remporté des titres  au plus haut niveau, comme Sabrina Hassene, David Marchandot, Maxime Clerc, Mehdi Nettour et bien d’autres…

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« Je crois que nous avons un problème »

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Dijon. 15 minutes de retard. « Un soucis d’aiguillage » nous annonce laconiquement l’agent de bord. Le quai est bondé. Des passagers qui attendent le train suivant.
Une petite dame toute sèche, aux yeux tristes s’arrête à mon niveau : « je crois nous avons un problème, vous êtes à ma place. »

Je vérifie si je suis bien à la bonne place sur mon téléphone portable. A 6 heures du matin, personne n’est à l’abris d’une erreur. Avec le sourire le plus aimable possible, je lui confirme que je suis à la bonne place. Je tente un : « êtes-vous sûr d’être dans la bonne rame ? »

Elle me tend son billet. Dijon-Lille. « Vous n’êtes pas dans le bon train madame. Celui-ci va à Paris. »

Elle ravale sa salive, tourne la tête, regarde les usagers encore sur le quai.

Elle semble catastrophée. Un monsieur tente de la rassurer « Au moins vous êtes dans la bonne direction. Votre cas aurait été plus embêtant su vous étiez montée dans le train pour Marseille. »

Une dame deux rangées de sièges plus loin : « Moi aussi, je suis dans votre cas. Il suffit d’aller reprendre un train pour Lille à la gare du nord. Si nous faisons route ensemble, nous finirons bien par arriver à destination. »

Mutations morpho-psychologiques

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smile paris manuel de survieL’arrivée sur Paris me fascine.  La plupart des voyageurs croisés dans le train opèrent une sorte  mutation physique et mentale. Difficile de situer l’instant précis où la « bascule » se fait, même si l’œil aguerri décèle un soupçon de stress au moment de descendre du train.

La mutation se confirme dès que l’usager pose les pieds sur le sol de la capitale. Pour une raison qui m’échappe, il presse le pas avec une obsession mécanique : être le premier devant l’escalator, le portique d’entrée du Metro ou du RER, à s’emparer du dernier fauteuil libre…

Deux types d’usagers  : l’endogène et l’exogène, le parisien et le provincial

L’usager endogène, qu’il soit grand, petit, gros, maigre, beau ou moche, homme ou femme, Français ou pas, tente de s’imposer dans toutes les situations. Il joue du coude, pousse, bouscule, soupir, râle, grogne, l’insulte à fleur de lèvre.

L’exogène aspire à la même chose, par mimétisme, certains s’adaptent admirablement à leur nouvel environnement,  mais souvent, trop souvent,  il se trahit par ses hésitations, ses sourires gênés, ses excuses ou ses commentaires tonitruants lorsqu’il évolue en groupe.

Les portiques de la RATP opèrent une sélection  naturelle entre ces deux types d’usagers. L’endogène repère de  très loin le portique en panne, la brèche dans laquelle il peut s’engouffrer et surtout l’usager exogène, son concurrent sur la chaîne alimentaire.  Au dernier moment, ce dernier cherche son ticket, l’endroit où l’insérer et dans quel sens.  Lorsqu’il trouve enfin, il oublie de le retirer pour déclencher l’ouverture. Quand il comprend, sa valise, sa compagne, la grand-mère ou son enfant est coincé dans le tourniquet.

Certains usagers endogènes éprouvent un certain plaisir à lui faire perdre ses moyens en « lui mettant la pression ». Lui faire regretter l’idée d’être venu à Paris. empiéter sur « ses » plates-bandes.

Du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser, de la gnôle pour digérer

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salon-agriculture-2010J’aurais dû me méfier. Lorsque de nombreuses places restent vides entre Belfort et Dijon, c’est qu’elles ont été réservées.

Effectivement, à Dijon, elles sont prises d’assaut par une joyeuse et bruyante équipe en route pour le Salon de  l’Agriculture. Des agriculteurs.

De solides gaillards et quelques femmes de différentes générations, investissent l’espace dans la joie et la bonne humeur ponctuant chacun de leurs commentaires d’éclats de rires tonitruants.

Je monte le son de mon baladeur sur lequel j’écoute la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák.

– Alors Jean-Pierre, ou qu’tu crèche ?

Je monte encore le son.

– Place 16 , répond une grosse voix.

Je suis au maximum.

– Tu es avec nous, crient en cœur une dizaine de personnes.

A peine installés, dans un brouhaha indescriptible, les uns, les unes et les autres, commencent à déballer du blanc, du rouge, du rosé, du fromage, du pain, du pâté et encore du blanc… qu’ils disposent sur petite caisse  aux couleurs du drapeau national.  Les opinels sortent des poches, le tire-bouchon entre en action.

– Eh Jean-Pierre,  c’est tout ce que t’as comme rouge ?  (Rires)

– T’inquiète, j’ai du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser et de la gnôle pour digérer.  (Rires)

L’air dans la voiture 5 se charge d’odeurs de charcuteries et fromages. Mon taux de mauvais cholestérol explose.

Je m’enfonce dans mon siège. Le mouvement trahit ma présence.

– Un p’tit canon, chef ?

Je n’ai pas le temps de répondre. Je me retrouve avec un gobelet de Blanc de Bourgogne dans les mains. On pousse un couteau, du pain et du pâté devant moi.

– Fait comme chez toi. Pas de chichi avec Jean-Pierre… Tu viens d’où ? Du Doubs, doudou ? (Rires)

– De Haute-Saône

– Comme nous… On est d’Auxonne (Rires).

Il  me passe le fromage, et refait le niveau dans mon verre avec du vin jaune.

Les bouteilles tournent. Passent de mains en mains. Reviennent vides. Les conversations partent dans tous les sens. Du poids des chevreuils tués lors de leur dernière battue  aux municipales,  en passant par la terre qui est imbibée d’eau, le labour qui prend du retard, les soucis avec les banques, la Mutualité sociale agricole ou encore les souvenirs lointains.

Les deux plus jeunes participants à cette sortie  annuelle évoquent leur mariage qui approche.

Jean-Pierre demande s’il sera invité…. à la nuit de noce. (Rires gras)

– Pourquoi pas, répond, sans se démonter, la future mariée prévenant qu’il lui faudra toutefois « assurer ».

Jean-Pierre promet d’être à la hauteur. Il évoque sa femme qui ne s’est jamais plainte. Précisant qu’ils se « connaissent » depuis qu’ils ont 14 ans, qu’il en a 60.

Ici et là des usagers commencent à quitter le wagon, en râlant, notamment lorsque Jean-Pierre se met à chanter à tue-tête, en imitant un chant religieux : «  Je mets mon espoir dans le pinard, je suis sûr de la Cirrhose… »

– Un peu moins fort c’est possible ?  tente un client que personne n’entend.

Deux jeunes femmes en tailleurs, maquillées comme des bonbons, remontent le couloir. Elles s’arrêtent au niveau du groupe, souriant à pleines dents.

– Je ne vous demande pas où vous allez. Au Salon, je suppose, demande l’une d’elle.

– Gagné hurle, Jean-Pierre. Et vous aussi ?

– Nous y tenons un stand…

– Lequel ?

– Le 105. Nous  animons le stand de la MSA…

– La MSA dou Doubs ? demande Jean-Pierre. (Rires)

– Effectivement.

– Et vous allez faire quoi comme animation

– Des massages…

La température monte. Jean-Pierre et Gérard, le teint écarlate, demandent s’ils peuvent venir sur le stand de la MSA du Doubs alors qu’ils dépendent de celle de Bourgogne…  (Rires)

– Pas de soucis répondent, en cœur, les deux jeunes filles qui demandent « si elles peuvent goûter la poire…  dont elles ont sentent le parfum en passant ».

– Mademoiselle est connaisseuse, sourit Jean-Pierre, précisant qu’il passera  se faire masser dans l’après-midi. Prudent, il demande à nouveau le numéro du stand.

Le contrôleur débarque. Entreprend vérifier quelques billets et fait part des plaintes des autres usagers…

– Des gens qui ne savent pas s’amuser, résume Jean-Pierre, qui invite ce dernier à boire un « canon ».

L’agent de bord décline l’offre poliment.

– Vous êtes Bourguignon ? lui demande alors Jean-Pierre

– Non

– Je me disais bien… Un bourguignon ne refuse jamais un canon.

– Alors chef, me demande Jean-Pierre, en brandissant une  grosse thermos. Une petite dernière pour la gloire ?

Une fois de plus je n’ai pas le temps de répondre qu’il me sert une rasade généreuse d’eau-de-vie.

– Goûte-moi cela… Tu m’en donneras des nouvelles. C’est du fait maison.

Le liquide me décape le gosier. J’en pleure. Par la fenêtre j’aperçois Paris.  Je crois que je n’ai jamais été aussi soulagé d’arriver dans cette ville.

La tête qui tourne, je me dirige vers l’avant du train après avoir salué mes hôtes et leur avoir souhaité une bonne journée.  Vers la sortie, je  croise le contrôleur qui me demande d’où viennent « mes amis ».

– D’Auxonne, comme moi…   je souris bêtement.Je lui précise qu’ils repartent par le train de 20 h 23.

– Je plains celui ou celle de mes collègues qui sera de service ce soir, dit-il avant de me souhaiter une bonne journée.

Stupeur et ronflements

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225px-SMirC-zzz.svgCe matin, je suis motivé. Au lieu de dormir, je vais terminer la chronique de l’excellent Mapuche, de Caryl Férey. Une toute petite chronique pour un très grand livre que je recommande d’autant plus  chaudement que je suis passé à côté au moment de sa sortie en grand format en 2012  alors que les critiques étaient unanimement positives.

Les conditions pour travailler sont optimales. La plupart des usagers dorment.

Je déplie mon portable, tape mon code (plusieurs fois), le titre du roman, les références… et je réfléchis à la manière d’attaquer mon papier.

La tête de mon voisin, qui dort profondément, bascule en avant. Une position qui déclenche aussitôt des ronflements impressionnants. Petite pression de mon coude sur son avant-bras. Le ronflement persiste. Je tire sur le scratch de sac. Une fois, deux fois, trois. Le bruit réveille ma voisine sur ma gauche. Elle me fusille du regard. La jeune fille sur le siège devant moi se retourne brièvement.

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Les ronflements continuent. Mon voisin a des bouchons d’oreille. Jugeant qu’il y a préméditation de sa part, je martyrise les touches de mon portable avant de lui planter mon coude dans le bras en toussant comme un bronchitique chronique.

Il relève la tête. Ouvre un œil.

Je m’excuse… tout en tentant de réfléchir à la suite de mon papier. Les ronflements reprennent alors que sa tête a basculé en arrière.

Il y a des jours où, avec la meilleure des volontés, on arrive à pas grand-chose.