Stupeur et ronflements

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225px-SMirC-zzz.svgCe matin, je suis motivé. Au lieu de dormir, je vais terminer la chronique de l’excellent Mapuche, de Caryl Férey. Une toute petite chronique pour un très grand livre que je recommande d’autant plus  chaudement que je suis passé à côté au moment de sa sortie en grand format en 2012  alors que les critiques étaient unanimement positives.

Les conditions pour travailler sont optimales. La plupart des usagers dorment.

Je déplie mon portable, tape mon code (plusieurs fois), le titre du roman, les références… et je réfléchis à la manière d’attaquer mon papier.

La tête de mon voisin, qui dort profondément, bascule en avant. Une position qui déclenche aussitôt des ronflements impressionnants. Petite pression de mon coude sur son avant-bras. Le ronflement persiste. Je tire sur le scratch de sac. Une fois, deux fois, trois. Le bruit réveille ma voisine sur ma gauche. Elle me fusille du regard. La jeune fille sur le siège devant moi se retourne brièvement.

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Les ronflements continuent. Mon voisin a des bouchons d’oreille. Jugeant qu’il y a préméditation de sa part, je martyrise les touches de mon portable avant de lui planter mon coude dans le bras en toussant comme un bronchitique chronique.

Il relève la tête. Ouvre un œil.

Je m’excuse… tout en tentant de réfléchir à la suite de mon papier. Les ronflements reprennent alors que sa tête a basculé en arrière.

Il y a des jours où, avec la meilleure des volontés, on arrive à pas grand-chose.

Papy pocket

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20101115_pickpocketsDimanche matin.  La Gare de Lyon est bondée, départs et retours  en vacances de février obligent. Un monsieur très âgé, aux vêtements élimés,  attire mon attention. Il est grand, filiforme et  digne avec sa canne et son chapeau.

Il se déplace avec difficultés, se frayant  un passage à travers la foule particulièrement impressionnante vers les écrans annonçant les arrivées et les départs. A chaque fois qu’il frôle une personne, il s’excuse avec élégance recevant en retour des regards attendris et compréhensifs.

Lorsque mon regard croise le sien, sa main gauche veineuse et parcheminée glisse délicatement  dans la poche d’un monsieur absorbé par la lecture d’un plan de Paris. Surpris, le vieil homme m’adresse un sourire désarmant, hausse les épaules et se fond dans la cohue.

Seul maître à bord après Dieu, le contrôleur

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controleur-SNCFJe devrais le savoir, on ne dit plus « contrôleur », mais « Agent de bord ».  Hypocrisie… Dans la réalité, il est le maître. Le seul à bord. Il décide de votre  sort, de votre confort, de votre avenir.

Je m’emporte ? A peine !  Petit exemple, parmi d’autres  : ce soir-là, le train à destination de Belfort est bondé (et en retard de 25 minutes !).   Pas question d’aller me refugier dans la voiture 4 (où se trouve le bar). Même ces places sont réservées, ce qui est un indicateur infaillible de remplissage.

À peine assis à ma place, je m’aperçois que mon siège est cassé.  Il passe de la position assise à inclinée en permanence. Ce qui est très perturbant d’autant que cela agace beaucoup ma voisine, un vieux coton tige au regard de vipère.

J’interpelle le contrôleur. Je lui explique la situation précisant que je suis un client avec un abonnement forfait. Que je fais des allers et retours quotidiens.

Il me répond que je suis « courageux »  et qu’à son grand regret le train est plein…

Je le remercie.

Il m’explique que ce TGV date des années 80 (les fameux TGV oranges). Que le matériel est vétuste. Que la rénovation d’une voiture coûte un « bras ». Il me donne même un montant précis que je n’entends pas…

Je lui demande s’il serait possible d’aller en première. Que je suis prêt à payer le supplément (j’ai vu qu’il restait des places disponibles).

Il me répond qu’à « son grand regret », étant titulaire, d’un  abonnement forfait, il ne peut me surclasser. Qu’il faudrait racheter un billet.

Comme on dit à la SNCF : À nous de vous faire préférer le train.IP3VISO11040759

PS : Il serait injuste envers les agents de bord(avec lesquels j’entretiens de très bons rapports) de ne pas préciser que la plupart du temps,  ils  font leur possible pour trouver une solution.

Comme me l’a résumé un contrôleur à qui je racontais cette histoire : « je crois que ce soir-là tu es tombé sur un con ».

Cela serait-il la solution en cas de problème  ?  

 

 

Un baiser peut en cacher un autre

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premier-baiser-T-1Gare de Dijon. Le train est à quai. Un couples s’étreint avec application parmi des usagers hagards qui tirent  sur leurs cigarettes comme s’il s’agissait de la dernière. Les baisers du petit couple sont  fougueux. La main de monsieur caresse tendrement le dos de madame. Un message annonce le départ imminent du train.

Attention  à la fermeture des portes.

Monsieur monte. Madame reste sur le quai, les bras ballants comme une petite fille boudeuse. Elle le regarde disparaître les yeux luisants.

Il s’assoit, pianote sur  la vitre pour lui indiquer sa position. Plaque son visage contre le verre froid et embué,  dessine un cœur qu’il embrasse.

–       Tu es fou, semble-t-elle lui dire

–       On s’appelle ? demande-t-il en mimant le geste du pouce et de l’auriculaire.

–       Oui.

–       Je t’aime.

–       Moi aussi.

Le train  démarre doucement. Madame fait mine de le suivre. Monsieur rit. En lui faisant des signes de la main.  Son téléphone sonne. Monsieur me jette un regard qui semble dire : excusez-moi et décroche.

– Allo. Oui…Je suis dans le train… Je ne peux pas te parler.  J’arrive dans 1 h 30. Oui, tout c’est bien passé…  c’était intéressant.  Les enfants sont à l’école ? OK. Moi aussi chérie, je t’aime.

Comme on le dit à la SNCF, voyagez, vibrez…

Ravalement de façade expert

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maquillage

Train du petit matin. Une brune longiligne, d’une trentaine d’années, au minois de porcelaine est à mes côtés.  Elle dort, assise en biais, serrant très fort un smartphone dernier cri. Elle a les genoux remontés  jusqu’au menton, un foulard sur les yeux.

Son téléphone vibre. Elle se déplie, s’étire, lit un message qui provoque un sourire langoureux. Elle répond en se mordant la lèvre inférieure.

Elle rassemble ses petites affaires, me  regarde avec un sourire d’attachée commerciale.

– Pardon, je dois…

– Pas de soucis… Je me lève pour la laisser passer.

– Merci.

Elle prend en direction de la voiture bar et revient une dizaine de minutes plus tard avec un café et  un croissant qu’elle va éplucher du bout des doigts en récoltant les miettes sans le creux de sa main, le regard mouillant dans le paysage bourguignon qui défile.

Lorsqu’elle a terminé, elle enclenche, une sorte de nettoyage interne horripilant en faisant des moulinets avec sa langue, la bouche fermée.

Puis  elle s’excuse a nouveau  d’un air faussement désolé.

Je me lève, elle prend la direction des toilettes en ajustant les pans de son chemisier.

De retour,  elle sort une petite  trousse de son sac à main. D’où elle extrait toutes sortes d’outils : flacons, tubes, lotions, pinceaux, miroirs, brosses.

Avec la concentration et la précision d’un chirurgien, elle s’occupe d’abord de ses ongles… L’odeur du produit est à la limite du supportable. Pendant qu’il sèche, elle admire son travail avant de passer aux différentes parties de son visage.

Lorsque le train entre en gare une demi-heure plus tard,  il faut reconnaître que la transformation est si frappante que je me surprends à lui dire bonjour.

Comme ont le dit à la SNCF, le changement ne vaut que s’il est partagé par tous…

Concours de nouvelles policières

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La SNCF Région Limousin et l’association « Les Picrates » organisent un concours de nouvelles policières, ouvert aux jeunes francophones âgés de moins de 25 ans à la date limite de participation, fixée au 30 avril 2014.

Vous trouverez toutes les modalités de participation sur le site :

http://nouvelles-noires-du-rail.e-monsite.com.

Pourquoi les stars sont malheureuses ?

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Barbie prend le trainLe train s’approche de la Gare de Lyon. De nombreux passagers  attendent déjà dans l’allée centrale. Les visages sont fermés, tendus, impatients. Jour de semaine oblige, la plupart sont des salariés qui se rendent à Paris pour travailler, se former, vendre, acheter…

Une petite fille métisse et sa maman sont assises sur les strapontins près de la sortie avec une grosse valise encombrante.

La petite, porte sac à dos Dora l’exploratrice très usé  et un « doudou » à l’effigie du même personnage de série pour enfants. Elle se tord dans tous les sens, danse d’un pied sur l’autre, maltraite une mèche de ses longs cheveux bouclés, porte des regards appuyés aux personnes autour d’eux.

Sentant l’excitation de sa petite monter, sa mère tente de la canaliser en exerçant de petites pressions sur l’avant-bras et en lui chuchotant des mises en gardes.

– Maman?  Demande la petite. Maman?

– Oui ?

– Pourquoi les stars sont malheureuses?

– Parce qu’elles ont trop d’argent !

Les passagers échangent des regards amusés. La petite réfléchit.

– C’est bizarre ce que tu me dis, poursuit la petite en prenant un air songeur. Barbie, elle est riche, mais elle n’est jamais malheureuse…

– Arrête de parler tout le temps. Tu nous casse les pieds…

La petite réfléchit à nouveau.

-Maman ?

-Oui pupuce ?

– Ratatouille a dit que la vie était faite de changements. C’est possible de changer de parents?

– Non, pupuce, les parents c’est pour la vie… Ratatouille c’est un film. Maintenant faut que tu te concentre on arrive à Paris. Je voudrais pas te perdre dans le  RER.

Comme on dit à la SNCF  : le train, du bon temps à petit prix.