Du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser, de la gnôle pour digérer

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salon-agriculture-2010J’aurais dû me méfier. Lorsque de nombreuses places restent vides entre Belfort et Dijon, c’est qu’elles ont été réservées.

Effectivement, à Dijon, elles sont prises d’assaut par une joyeuse et bruyante équipe en route pour le Salon de  l’Agriculture. Des agriculteurs.

De solides gaillards et quelques femmes de différentes générations, investissent l’espace dans la joie et la bonne humeur ponctuant chacun de leurs commentaires d’éclats de rires tonitruants.

Je monte le son de mon baladeur sur lequel j’écoute la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák.

– Alors Jean-Pierre, ou qu’tu crèche ?

Je monte encore le son.

– Place 16 , répond une grosse voix.

Je suis au maximum.

– Tu es avec nous, crient en cœur une dizaine de personnes.

A peine installés, dans un brouhaha indescriptible, les uns, les unes et les autres, commencent à déballer du blanc, du rouge, du rosé, du fromage, du pain, du pâté et encore du blanc… qu’ils disposent sur petite caisse  aux couleurs du drapeau national.  Les opinels sortent des poches, le tire-bouchon entre en action.

– Eh Jean-Pierre,  c’est tout ce que t’as comme rouge ?  (Rires)

– T’inquiète, j’ai du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser et de la gnôle pour digérer.  (Rires)

L’air dans la voiture 5 se charge d’odeurs de charcuteries et fromages. Mon taux de mauvais cholestérol explose.

Je m’enfonce dans mon siège. Le mouvement trahit ma présence.

– Un p’tit canon, chef ?

Je n’ai pas le temps de répondre. Je me retrouve avec un gobelet de Blanc de Bourgogne dans les mains. On pousse un couteau, du pain et du pâté devant moi.

– Fait comme chez toi. Pas de chichi avec Jean-Pierre… Tu viens d’où ? Du Doubs, doudou ? (Rires)

– De Haute-Saône

– Comme nous… On est d’Auxonne (Rires).

Il  me passe le fromage, et refait le niveau dans mon verre avec du vin jaune.

Les bouteilles tournent. Passent de mains en mains. Reviennent vides. Les conversations partent dans tous les sens. Du poids des chevreuils tués lors de leur dernière battue  aux municipales,  en passant par la terre qui est imbibée d’eau, le labour qui prend du retard, les soucis avec les banques, la Mutualité sociale agricole ou encore les souvenirs lointains.

Les deux plus jeunes participants à cette sortie  annuelle évoquent leur mariage qui approche.

Jean-Pierre demande s’il sera invité…. à la nuit de noce. (Rires gras)

– Pourquoi pas, répond, sans se démonter, la future mariée prévenant qu’il lui faudra toutefois « assurer ».

Jean-Pierre promet d’être à la hauteur. Il évoque sa femme qui ne s’est jamais plainte. Précisant qu’ils se « connaissent » depuis qu’ils ont 14 ans, qu’il en a 60.

Ici et là des usagers commencent à quitter le wagon, en râlant, notamment lorsque Jean-Pierre se met à chanter à tue-tête, en imitant un chant religieux : «  Je mets mon espoir dans le pinard, je suis sûr de la Cirrhose… »

– Un peu moins fort c’est possible ?  tente un client que personne n’entend.

Deux jeunes femmes en tailleurs, maquillées comme des bonbons, remontent le couloir. Elles s’arrêtent au niveau du groupe, souriant à pleines dents.

– Je ne vous demande pas où vous allez. Au Salon, je suppose, demande l’une d’elle.

– Gagné hurle, Jean-Pierre. Et vous aussi ?

– Nous y tenons un stand…

– Lequel ?

– Le 105. Nous  animons le stand de la MSA…

– La MSA dou Doubs ? demande Jean-Pierre. (Rires)

– Effectivement.

– Et vous allez faire quoi comme animation

– Des massages…

La température monte. Jean-Pierre et Gérard, le teint écarlate, demandent s’ils peuvent venir sur le stand de la MSA du Doubs alors qu’ils dépendent de celle de Bourgogne…  (Rires)

– Pas de soucis répondent, en cœur, les deux jeunes filles qui demandent « si elles peuvent goûter la poire…  dont elles ont sentent le parfum en passant ».

– Mademoiselle est connaisseuse, sourit Jean-Pierre, précisant qu’il passera  se faire masser dans l’après-midi. Prudent, il demande à nouveau le numéro du stand.

Le contrôleur débarque. Entreprend vérifier quelques billets et fait part des plaintes des autres usagers…

– Des gens qui ne savent pas s’amuser, résume Jean-Pierre, qui invite ce dernier à boire un « canon ».

L’agent de bord décline l’offre poliment.

– Vous êtes Bourguignon ? lui demande alors Jean-Pierre

– Non

– Je me disais bien… Un bourguignon ne refuse jamais un canon.

– Alors chef, me demande Jean-Pierre, en brandissant une  grosse thermos. Une petite dernière pour la gloire ?

Une fois de plus je n’ai pas le temps de répondre qu’il me sert une rasade généreuse d’eau-de-vie.

– Goûte-moi cela… Tu m’en donneras des nouvelles. C’est du fait maison.

Le liquide me décape le gosier. J’en pleure. Par la fenêtre j’aperçois Paris.  Je crois que je n’ai jamais été aussi soulagé d’arriver dans cette ville.

La tête qui tourne, je me dirige vers l’avant du train après avoir salué mes hôtes et leur avoir souhaité une bonne journée.  Vers la sortie, je  croise le contrôleur qui me demande d’où viennent « mes amis ».

– D’Auxonne, comme moi…   je souris bêtement.Je lui précise qu’ils repartent par le train de 20 h 23.

– Je plains celui ou celle de mes collègues qui sera de service ce soir, dit-il avant de me souhaiter une bonne journée.

3 réflexions sur “Du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser, de la gnôle pour digérer

  1. J’ai vécu l’express rempli de champenois qui allaient au Salon.
    Gosse différence, eux ils étaient tous sages le matin, comme des élèves qui se méfient du nouvel instituteur « pas commode à ce qu’on dit », le jour de la rentrée.

    Le soir, alors là, changement de décor !
    Ils avaient passé la journée à goûter des tas de bonnes choses, du genre pas du tout recommandé par la sécurité routière et pétaient le feu !
    Sacrée ambiance, ils avaient fait des stocks de solide et de liquide qui allaient être engloutis dans le train du retour.
    C’était la fête !

    Les autres fêtes à bord, j’en ai vu beaucoup : anniversaires, galette des rois, sans oublier l’incontournable Beaujolais nouveau …. et j’y ai participé !

    Qu’est ce qu’ils s’ennuient dans les trains de banlieue.
    Ils ne connaissent pas nos fiestas 😉

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    • Effectivement. Comme le dit un des personnages au contrôleur :  » des gens qui ne savent pas ‘amuser ».
      Le soir de cet épisode, j’ai croisé des gens qui rentraient du salon dans des états pas franchement amusants… Cerains voyageaient à quatre pattes et je passe des défais.

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  2. Pingback: J’aime beaucoup ce que vous écrivez, mais… | chroniquesdurail

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