Vie de famille et train train quotidien

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Je me demande si je ne devrais pas l’acheter…

Train du soir. A ma droite, une  adolescente blonde et boudeuse compte ses cheveux en écoutant de la musique. A ma gauche, un jeune prof corrige des copies en marmonnant à chaque fois qu’il repère une faute.

Mon téléphone vibre. Le portable de ma fille aînée, 20 ans. Prudent, je ne décroche pas. J’envoie un SMS : c quoi le problème ?

C moi. Qui vient me chercher à la gare.Je suis arrivée. Ya personne.

Réponse : ta mère. Je suis dans le train.

Sarah : Ah… Ok. Bises

Mon téléphone vibre à nouveau. SMS de ma fille aînée

Tu me manques papou. Je tm. A toute

Réponse : moi aussi. Bisous

Dix minutes plus tard.

Mon téléphone vibre. Le portable de ma deuxième fille de 14 ans. Rebelle boudeuse. SMS

Il (mon fils aîné !) veut pas faire la vaisselle. J’en ai marre. Je m tape tout dans cette baraque de m.

Je réponds pas.

Mon téléphone vibre : l’aîné des garçons, 18 ans dans quelques mois.

J’ai vidé les poubelles, passé le balais. Elle (rebelle et boudeuse) est devant la TV à regarder des séries de m.

SMS de rebelle et boudeuse, après 7  tentatives d’appel.

J’ai donné à mangé et à boire aux chiens. J’ai passé la serpillère. Comme d’hab, l’autre, il affabule. 

SMS de ma fille aînée  : Maman n’est toujours pas venue me chercher. JE FAIS QUOI ????

Réponse : bouge pas. Elle finira par arriver.

SMS ma fille aînée quelques minutes plus tard : C bon la voilà !

SMS de mon fils : elle est dans sa chambre, vautrée sur son lit, au tel avec ses copines.. La table est pas débarrassée. 

SMS de  rebelle et boudeuse : C’est pas vrais. Y gaz ce bouffon.

Trente minutes pus tard… Mon portable vibre. Tentative d’appel de la maison aussitôt suivi d’un SMS de mon épouse :  T où ? Les petits veulent te dire bonne nuit…

Je me déplace vers la plateforme en usager modèle de la SNCF. Ou un père de famille est lui aussi au téléphone avec ses enfants… Le plus grand me demande si  je vais bientôt  les emmener au cinéma voir le dernier Spiderman. Lâchement, je leur dit oui, bientôt, sachant que ce film est interdit aux moins de 12 ans. C’est pas bien, mais les grands sont venus  à bout de mes dernières forces.

Mon regard croise celui du père de famille qui vient de raccrocher… Il s’éponge le front avec un mouchoir en papier.

Mes enfants me harcèlent, soupirent-il. J’aurais jamais dû leur payer des portables.

Vous en avez combien ?

Deux ados.. et vous ?

Cinq. Trois ados  et deux petits. Et les plus pénibles sont… 

Les ados. Cinq enfants? Mon dieu... L’expression sur son visage dit « vous êtes dingue » sa bouche,  « vous en avez du courage !  »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser, de la gnôle pour digérer

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salon-agriculture-2010J’aurais dû me méfier. Lorsque de nombreuses places restent vides entre Belfort et Dijon, c’est qu’elles ont été réservées.

Effectivement, à Dijon, elles sont prises d’assaut par une joyeuse et bruyante équipe en route pour le Salon de  l’Agriculture. Des agriculteurs.

De solides gaillards et quelques femmes de différentes générations, investissent l’espace dans la joie et la bonne humeur ponctuant chacun de leurs commentaires d’éclats de rires tonitruants.

Je monte le son de mon baladeur sur lequel j’écoute la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák.

– Alors Jean-Pierre, ou qu’tu crèche ?

Je monte encore le son.

– Place 16 , répond une grosse voix.

Je suis au maximum.

– Tu es avec nous, crient en cœur une dizaine de personnes.

A peine installés, dans un brouhaha indescriptible, les uns, les unes et les autres, commencent à déballer du blanc, du rouge, du rosé, du fromage, du pain, du pâté et encore du blanc… qu’ils disposent sur petite caisse  aux couleurs du drapeau national.  Les opinels sortent des poches, le tire-bouchon entre en action.

– Eh Jean-Pierre,  c’est tout ce que t’as comme rouge ?  (Rires)

– T’inquiète, j’ai du blanc pour compenser, du rosé pour déstresser et de la gnôle pour digérer.  (Rires)

L’air dans la voiture 5 se charge d’odeurs de charcuteries et fromages. Mon taux de mauvais cholestérol explose.

Je m’enfonce dans mon siège. Le mouvement trahit ma présence.

– Un p’tit canon, chef ?

Je n’ai pas le temps de répondre. Je me retrouve avec un gobelet de Blanc de Bourgogne dans les mains. On pousse un couteau, du pain et du pâté devant moi.

– Fait comme chez toi. Pas de chichi avec Jean-Pierre… Tu viens d’où ? Du Doubs, doudou ? (Rires)

– De Haute-Saône

– Comme nous… On est d’Auxonne (Rires).

Il  me passe le fromage, et refait le niveau dans mon verre avec du vin jaune.

Les bouteilles tournent. Passent de mains en mains. Reviennent vides. Les conversations partent dans tous les sens. Du poids des chevreuils tués lors de leur dernière battue  aux municipales,  en passant par la terre qui est imbibée d’eau, le labour qui prend du retard, les soucis avec les banques, la Mutualité sociale agricole ou encore les souvenirs lointains.

Les deux plus jeunes participants à cette sortie  annuelle évoquent leur mariage qui approche.

Jean-Pierre demande s’il sera invité…. à la nuit de noce. (Rires gras)

– Pourquoi pas, répond, sans se démonter, la future mariée prévenant qu’il lui faudra toutefois « assurer ».

Jean-Pierre promet d’être à la hauteur. Il évoque sa femme qui ne s’est jamais plainte. Précisant qu’ils se « connaissent » depuis qu’ils ont 14 ans, qu’il en a 60.

Ici et là des usagers commencent à quitter le wagon, en râlant, notamment lorsque Jean-Pierre se met à chanter à tue-tête, en imitant un chant religieux : «  Je mets mon espoir dans le pinard, je suis sûr de la Cirrhose… »

– Un peu moins fort c’est possible ?  tente un client que personne n’entend.

Deux jeunes femmes en tailleurs, maquillées comme des bonbons, remontent le couloir. Elles s’arrêtent au niveau du groupe, souriant à pleines dents.

– Je ne vous demande pas où vous allez. Au Salon, je suppose, demande l’une d’elle.

– Gagné hurle, Jean-Pierre. Et vous aussi ?

– Nous y tenons un stand…

– Lequel ?

– Le 105. Nous  animons le stand de la MSA…

– La MSA dou Doubs ? demande Jean-Pierre. (Rires)

– Effectivement.

– Et vous allez faire quoi comme animation

– Des massages…

La température monte. Jean-Pierre et Gérard, le teint écarlate, demandent s’ils peuvent venir sur le stand de la MSA du Doubs alors qu’ils dépendent de celle de Bourgogne…  (Rires)

– Pas de soucis répondent, en cœur, les deux jeunes filles qui demandent « si elles peuvent goûter la poire…  dont elles ont sentent le parfum en passant ».

– Mademoiselle est connaisseuse, sourit Jean-Pierre, précisant qu’il passera  se faire masser dans l’après-midi. Prudent, il demande à nouveau le numéro du stand.

Le contrôleur débarque. Entreprend vérifier quelques billets et fait part des plaintes des autres usagers…

– Des gens qui ne savent pas s’amuser, résume Jean-Pierre, qui invite ce dernier à boire un « canon ».

L’agent de bord décline l’offre poliment.

– Vous êtes Bourguignon ? lui demande alors Jean-Pierre

– Non

– Je me disais bien… Un bourguignon ne refuse jamais un canon.

– Alors chef, me demande Jean-Pierre, en brandissant une  grosse thermos. Une petite dernière pour la gloire ?

Une fois de plus je n’ai pas le temps de répondre qu’il me sert une rasade généreuse d’eau-de-vie.

– Goûte-moi cela… Tu m’en donneras des nouvelles. C’est du fait maison.

Le liquide me décape le gosier. J’en pleure. Par la fenêtre j’aperçois Paris.  Je crois que je n’ai jamais été aussi soulagé d’arriver dans cette ville.

La tête qui tourne, je me dirige vers l’avant du train après avoir salué mes hôtes et leur avoir souhaité une bonne journée.  Vers la sortie, je  croise le contrôleur qui me demande d’où viennent « mes amis ».

– D’Auxonne, comme moi…   je souris bêtement.Je lui précise qu’ils repartent par le train de 20 h 23.

– Je plains celui ou celle de mes collègues qui sera de service ce soir, dit-il avant de me souhaiter une bonne journée.

Un baiser peut en cacher un autre

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premier-baiser-T-1Gare de Dijon. Le train est à quai. Un couples s’étreint avec application parmi des usagers hagards qui tirent  sur leurs cigarettes comme s’il s’agissait de la dernière. Les baisers du petit couple sont  fougueux. La main de monsieur caresse tendrement le dos de madame. Un message annonce le départ imminent du train.

Attention  à la fermeture des portes.

Monsieur monte. Madame reste sur le quai, les bras ballants comme une petite fille boudeuse. Elle le regarde disparaître les yeux luisants.

Il s’assoit, pianote sur  la vitre pour lui indiquer sa position. Plaque son visage contre le verre froid et embué,  dessine un cœur qu’il embrasse.

–       Tu es fou, semble-t-elle lui dire

–       On s’appelle ? demande-t-il en mimant le geste du pouce et de l’auriculaire.

–       Oui.

–       Je t’aime.

–       Moi aussi.

Le train  démarre doucement. Madame fait mine de le suivre. Monsieur rit. En lui faisant des signes de la main.  Son téléphone sonne. Monsieur me jette un regard qui semble dire : excusez-moi et décroche.

– Allo. Oui…Je suis dans le train… Je ne peux pas te parler.  J’arrive dans 1 h 30. Oui, tout c’est bien passé…  c’était intéressant.  Les enfants sont à l’école ? OK. Moi aussi chérie, je t’aime.

Comme on le dit à la SNCF, voyagez, vibrez…