Le train les doigts dans le nez

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doigts dans le nezCe matin rien ne va.

Je suis épuisé, lessivé.

Nuit trop courte, agitée, réveil en sursaut, dos raide, genoux qui craquent, café trop fort, clés de voiture égarées, petit orteil fracassé en heurtant un pied de table pour éviter sur un jouet qui traîne, la chienne vautrée…

Voiture 7, quarante-cinq interminables minutes plus tard. Je constate en baillant que les gens autour de moi sont étranges.

A ma droite un type bedonnant, empestant le tabac froid, à la peau du cou flasque et fripée, arrache les poils de ses avants- bras, un à un, d’un geste sec.

A ma gauche, une femme à lunettes, d’une cinquantaine d’années, aux cheveux frisés, ras, se cure le nez en lisant Soumission de Michel Houellebecq. Avant de tourner les pages, elle roule le produit de sa récolte, entre le pouce et l’index et le catapulte dans l’espace.

En face de moi, une adolescente compte ses cheveux en rêvassant benoîtement.

Bienvenue à bord du TGV 6700 à destination de Paris Gare de Lyon…

Alors il est pas beau mon minou ?

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Depuis quelques semaines, on dirait que les casse-pieds les plus compétitifs de la région se donnent rendez-vous sur le Belfort/Paris de 6H01 et le Paris/Belfort de 19h23. 

Comme ces deux coiffeuses alsaciennes quinquagénaires de retour d’un salon professionnel « à la capitale ». Celle qui occupe la place côté fenêtre est une blonde aux cheveux courts.  Grande et sèche, son  visage est  marqué par des rides trahissant des décennies d’amertume et de rêves inassouvis. Ses vêtements sont élégamment assortis, neufs et griffés.

La  brune est petite et boulotte avec des mèches rouges et bleues, un mini-short noir moulant simili cuir, des cuissardes dans la même matière, des bas et un dessus en résille noire. Un décolleté attire les regards sur son opulente poitrine contenue par un soutien-gorge assorti à son rouge à lèvre et au vernis sur ses ongles.

Le moindre de leurs mouvements dégage une soupe de parfums capiteux. Le flux de leurs paroles est impressionnant, décousu. Un sujet en entrainant un autre, ponctué par des moues de circonstance. Leurs maris et leurs collègues sont des thèmes récurrents.  Leurs rires tonitruants, leurs gesticulations attirent les regards des autres usagers en particulier ceux de huit très jeunes militaires de retour de permission.

La brune montre une photo sur son téléphone à sa voisine en lui demandant avec un accent alsacien prononcé  : Alors il est pas beau mon minou ?

Les militaires se regardent, n’en croyant pas leurs oreilles. L’un d’entre-eux les joues écarlates laisse échappé un « oh oui oh oui ! » insistant sur l’exclamation.

Adorable, poursuit la blonde avec le même accent tout en jetant un regard étonné en direction des militaires…  Son poil a l’air si soyeux qu’on a envie de lui faire un gros câlin,poursuit-elle.

Le même militaire les joues de plus en plus écarlates : « Les mecs, j’en peux plus, retenez-moi….  »

Oh s’il te plaît, peux-tu le partager sur Facebook, demande la blonde à la brune. J’aimerais  l’avoir dans mes photos. Tu veux voir  le mien ?

Oh oui oh oui ! encore encore ! reprennent en coeur cinq des huit militaires hilares.

C’est quoi leur problème à ces mecs ? demande le blonde à la brune affectant de ne pas comprendre. Ils sont pas bien ou quoi ?

 

 

 

Goujat, c’est un métier…

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On se trouve souvent à l’étroit dans les trains. En particulier en seconde classe lorsque votre voisin est, comment dire, plus volumineux que la moyenne des usagers. Je sais de quoi je parles. Il suffit de voir la tête que certaines personnes font lorsque je m’installe pour comprendre. 

Voici une méthode infaillible pour vous faire de la place.

Petite précision : être une personne âgée, d’apparence vulnérable, augmente vos chances d’arriver à vos fins rapidement et surtout impunément.

Suivre les étapes

Suivez les étapes scrupuleusement en particulier dans la phase de mise en condition de votre cible : Lorsque vous arrivez à votre place, en sueur et à bout de souffle, demandez à votre voisin de vous aider à placer votre valise dans le porte bagage au dessus des sièges. Lorsque ce dernier vous affirme que votre valise est trop volumineuse faites comme si vous n’entendez pas.

Humilier votre cible

Arrangez-vous pour que la valise soit lourde. L’humiliation qu’il va ressentir en la soulevant avec difficulté va saper les défenses de votre voisin en l’humiliant devant tout le monde.

Lorsqu’il vous demande de prendre ce dont vous avez besoin et vous propose de ranger votre valise dans l’espace dédié vers l’entrée du compartiment, faites comme si vous n’entendez pas avant de préciser que vous avez besoin de garder cette valise près de vous « à cause de vos médicaments pour le cœur ».

Prenez votre temps

Ceci fait, prenez votre temps pour vous installer en vous excusant régulièrement. Il se sentira coupable de ressentir de l’agacement et d’avoir manifesté son impatience par des soupirs et des regards complices échangés avec d’autres passagers.

Vous devez toujours garder à l’esprit que vous êtes une personne vulnérable… Vos gestes sont lents et imprécis. Une fois installé. Commencez par lire l’Équipe. C’est ce qui ce fait de mieux pour pourrir la vie de votre voisin… Lisez exclusivement les pages centrales.

Petit dodo sur l’épaule de son voisin

Un petit dodo s’impose ensuite, pendant lequel vous vous laissez tomber sur l’épaule de votre voisin. Il va vous réveiller en vous repoussant. Ce qui est impardonnable d’autant que cette fois vous avez faim… Excusez-vous, en souriant d’un air gêné et faite le se lever pour aller chercher dans votre valise votre repas du soir.

Il est préférable de choisir un menu odorant, emballé. L’effeuillage d’un sandwich au pâté de campagne vient à bout des nerfs les plus solides.

Un petit pet pour finir en beauté

Si votre voisin résiste, il faut monter en puissance. Vos pieds vous grattent ? Enlevez vos chaussures, puis vos chaussettes en laine… posez ces dernières sur la tablette. Et épluchez les peaux mortes entre vos doigts de pieds. Il résiste toujours ? N’hésitez pas à céder à votre envie de péter (discrètement!), lorsque vous êtes plié en deux.

En général cela vient tout seul dans cette position qui comprime les intestins et l’usager de la SNCF résistant que je suis abandonne, prend ses affaires et part trouver une place ailleurs…

« J’ai un ami qui… »

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blablablaLa nuit a été courte. Ce matin, j’aurais tant aimé dormir.

Bonjour, je suis là, dit en souriant une vieille dame encombrée de sacs de toutes sortes, à ma voisine de gauche qui s’était assoupie. Les cheveux blancs, longs rassemblés en un chignon plongeant recouvert d’un filet. Elle a une grande robe bleue qui descend jusqu’aux chevilles. Son apparence a un petit air du sud-est des États-Unis. On la dirait sortie du tournage d’ « Autant en emporte le vent. » Je jette un oeil aux paysage qui défile, je ne vois aucun champs de coton…

Elle s’installe comme elle peut.

Souriante, elle demande à sa voisine :

Un petit séjour à Paris ?

Non je vais à Londres.

Vous travaillez sur place ?

Non, j’y perfectionne mon anglais…

Une excellent idée, j’ai un ami qui a passé six mois à côté de Londres, cela lui a fait beaucoup de bien. Vous n’envisagez pas de vous y installer ?

Non pas vraiment.

J’ai un ami qui travaille à la City, une très belle situation, il ne revient presque jamais en France tant il est contant.

Mon ami est anglais, mais nous ne souhaitons pas vivre en Grande-Bretagne. Il adore la France.

J’ai un couple d’ami anglais qui possède une résidence secondaire dans le sud de la Bourgogne. Eux aussi adorent la France. Vous vivez en Bourgogne ?

Non à Besançon.

J’ai des amis à Besançon. Il paraît que le centre-ville a beaucoup changé avec le tramway…

Ce matin-là, j’aurais donné cher pour avoir un ami qui puisse faire taire cette incorrigible bavarde. Je n’ai pas osé lui demander si, par hasard, elle n’avait pas des amis qui lui disait qu’elle parle trop et trop fort.

Chouette ! le 23 mai, fête des voisins dans les trains

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Les voyageurs qui prennent le train regretteraient l’indifférence de leurs voisins, selon une étude de la SNCF. (J’avais le sentiment qu’ils regrettaient majoritairement d’en avoir…. Ce petit sac posé sur le siège vide à côté d’eux serait donc un signe de convivialité?

Depuis le 10 avril la grande maison du rail se mobilise pour favoriser le dialogue et l’entraide des usagers.  Le 23 mai, une fête des voisins est même prévue à bord des trains (une excellente idée!)

Une chose est certaine, la mobilisation est efficace, la campagne visible. Aussi visible que les annonces faites lorsqu’un train est supprimé au dernier moment.  C’est seulement le 4 mai, par hasard, que j’ai vu la première affiche de cette campagne. Dans un couloir, juste avant de prendre l’escalier. Intrigué,  j’ai fait quelques clichés de cette affiche et procédé à des recherches..

Ce qui suit est le fruit des cogitations de la SNCF…

 

 

 

 

La campagne de sensibilisation, qui débutait le 10 avril, prévoit un affichage à bord des rames, l’impression de 1.8 million de pochettes à billets et la distribution de livrets aux voyageurs.

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