Cinquante nuances de rose

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Ce soir c’est calme. Remarquablement paisible.

Je suis au fond de la voiture 8 comme à mon habitude. La nuit est tombée, le train démarre, j’étends mes jambes, la tête calée contre le dossier,  les bras croisés sur le ventre, je m’endors.

Le chuintement d’une canette qu’on ouvre me réveille. Deux grands yeux sombres me fixent. Une femme est assise en face de moi toute de rose vêtue. Du serre-tête en laine, aux bottines, en passant par le rouge à lèvres, le vernis à ongles, le sac à main ou encore la coque de protection de son portable cette femme est un nuancier de roses.

Elle a de longs cheveux noirs, une bouille ronde, le teint pâle; deux énormes seins qui pendouillent mollement sous un pull rose informe; des cuisses boursouflées de cellulite, comprimées par un pantalon en simili cuir… rose. Elle sent la fraise.

Elle ne me quitte pas des yeux en sirotant une boisson énergisante à la taurine.

Engourdi par le sommeil et une longue journée, je ne sais pas comment réagir. Je jette un oeil au paysage,  à mes chaussures toutes neuves, mon téléphone…  sentant son regard sur moi.

Au bout de quelques minutes, prenant mon courage à deux mains, je tente un sourire  auquel elle me répond d’une voix haut perchée un peu niaise :

On se connait ?

non.

Ah bon… J’aurais cru, ajoute-elle en se levant et avant de s’éloigner et de disparaître en dodelinant du fessier…

C’est beau la Bourgogne, les paysages sont reposants

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3809961_tgv_545x460_autocropVictime de l’obsolescence programmée, mon casque audio est mort cette semaine… Une mauvaise nouvelle pour moi, notamment lorsqu’il faut voyager la veille d’un long week-end…

Deux chevelures argentées et deux teintures montent à bord. Deux hommes, deux femmes. Il est 6 h 25. Tout le monde dort dans la voiture 6.

L’une des deux femmes, teinte en brune, interpelle ses partenaires : 31, 32, 33 et 34. Nous sommes ici les amis, dit-elle avec une forte voix rocailleuse de fumeuse impénitente. Elle tient quatre billets dans la main droite en éventail  comme un jeu de cartes.  Charles, poursuit-elle, tu es là, Évelyne en face. André en face de moi, à moins que tu ne veuilles être dans le sens de la marche.

Cela n’a aucune importance en ce qui me concerne, rit-il.

Ils essaient de glisser leurs valises dans le porte-bagages au-dessus de leurs têtes. Peine perdue…

Autrefois, les porte-bagages étaient beaucoup plus spacieux, raconte Charles sur le ton de « Je me souviens dans le temps jadis quand tout était beaucoup mieux… »

Tu parles de quelle époque, André ? Des locomotives à vapeur ?

Ah un comique, ça promet.

Tous éclatent de rire.

Je crois qu’on gêne, dit la voix rocailleuse, alors que des passagers attendent debout avec vestes et bagages, de rejoindre leurs places… Luttant pour garder leur équilibre alors que le train prend de la vitesse.

Les quatre personnes âgées installées, elles commencent par évoquer ce qu’elles ont pris au petit-déjeuner. Enchaînent ensuite sur le confort de ce TGV. Charles et André évoquent leurs voyages en première classe lorsqu’ils se rendent aux réunions du MEDEF, où « le port du costume cravate n’est même plus obligatoire » selon Charles.

Pendant ce temps, la voix rocailleuse et Évelyne prennent des nouvelles de connaissances mutuelles. Elles commencent par celles qui sont mortes ou mourantes, puis enchaînent sur celles qui sont en bonne santé mais qui ne prennent pas soin d’elles, puis finissent par celles qui perdent la tête comme une certaine Françoise qui dilapidait ses économies à tort et à travers jusqu’à ce que Julien, son fils, s’en rende compte et la place dans un Epad.

En entendant le nom de Julien, Charles et André, s’immiscent dans la conversation de leurs femmes… En demandant si Julien a réglé ses problèmes avec ses locataires indésirables… Non, lui répond la voix et la conversation dévie sur la difficulté d’être un propriétaire de nos jours… Les impôts, le gouvernement, les locataires, les travaux, le syndic, tout y passe, en vrac…

Parfois les quatre parlent ensemble, parfois deux à deux, mais de plus en plus fort et de plus en plus vite. Il sera question de leurs précédents voyages, du montage de meubles Ikea, de l’obsolescence programmée, de leurs vies active lorsqu’ils étaient enseignants et dirigeants, du niveau en baisse des élèves, leur absence de culture, des exigences de plus en plus folles des salariés. Salariés qui sont mieux lotis que les patrons, selon Charles…

Des usagers incommodés commencent soupirer, puis à râler et enfin à faire des remarques. Rien n’y fait. Les quatre personnes âgées ne baissent jamais le ton que quelques minutes avant de se relancer.

Évelyne : C’est beau la Bourgogne, les paysages sont reposants.

André : Dijon, est une ville chère, mais intéressante avec ses musées, ces concerts.

Charles, trouve que la réputation de la gastronomie locale est surfaite…

Pour Évelyne, le vin est cher, les serveurs grossiers, les fleuristes ne connaissent rien à leur métier…

La voix, estime quant à elle qu’il est temps de penser à la journée qui commence… Après avoir regardé sa montre, elle sort un plan détaillé des jours à venir, d’une pochette plastifiée…

On arrive à 8 h 37, le musée ouvre à 9 h 30. On prend un café, on dépose nos bagages à l’hôtel, et on file prendre la ligne 1…

J’espère que vous n’aviez pas l’intention de dormir ?

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Ce matin, à 6 heures, le quai de la gare de Belfort TGV fourmille d’hommes en costumes sombres et chemises blanches. La plupart ont entre 50 et 70 ans, du ventre, un double menton, la calvitie, des chaussures impeccablement cirées et une valise à double roulettes, le must.

Quelques femmes les accompagnent. Elles se tiennent en retrait à battre des pieds pour se réchauffer.  Ces hommes semblent se connaître. Lorsqu’ils se croisent, ils échangent de longues poignées de mains en souriant comme des vendeurs de voitures d’occasion. En captant des bribes de conversation, j’ai rapidement le sentiment d’avoir à faire à des élus de la région en route pour la capitale.

Après un premier message annonçant le départ du train à 6 h 07 du quai 4, un leader se détache. Ce dernier, grand, sec à la mâchoire carrée, parle fort, arpentant le quai comme un chef d’escadron de cavalerie avant d’envoyer ses hommes au feu au lever du jour…

Les troupes sont rassemblées.  Deux personnes manquent  à l’appel. Il espère qu’ils ne se sont pas trompés de gare entre Belfort Ville et Belfort TGV ou d’heure de départ « comme l’année dernière ».

Il tente de les joindre sur leur téléphone. Tombe sur leur messagerie. Fait part de son agacement à ce qui semble être son assistante. Une grande brune en tailleur sombre qui trottine dernière lui perchée sur des talons interminables.

Les voilà, soupire-t-elle en pointant un index accusateur sur deux hommes qui arrivent tranquillement sur le quai.

Vous étiez où ? Demande le leader avec une pointe d’agacement…

Au café, répondent, en coeur les deux larrons…

Ils ont les joues bien rondes et bien rouges, le ventre protubérant et la bonne blague au bout de la langue.

En admirant ces deux magnifiques spécimens de boute-en-train, je me prends à implorer le hasard de leur avoir attribué des places loin de moi.

Le train entre en gare. S’immobilise, les portes s’ouvrent avec fracas. Les deux compères se fondent dans la foule qui se presse aux portes, en amusant la galerie…

À l’arrière, le leader aiguillonne les retardataires, les invitant à monter « sans tarder » à bord des voitures 7 et 8. Ce qui n’est pas du goût de certains qui se mettent à râler…

Dans le train qui démarre, c’est la pagaille. La cour de récréation. Les passagers qui étaient déjà à bord et dormaient pour la plupart, observent le spectacle médusés et inquiets.

Après toi, dit l’un.

Non vas-y toi, répond l’autre.

C’est quoi ma place ? La 87?

Non, c’est la mienne… Toi c’est la 86.

Ma valise est trop grosse, elle rentre pas, (rire gras).

Met de l’huile et pousse un grand coup sec…. (Rires gras)

Le train part dans quel sens ? demande une dame…

Comme ça, mime une autre avant de faire le geste dans le sens inverse….

Il faut que je sois dans le sens de la marche sinon je vomis, prévient en riant un petit homme trapu et pansu.

J’arrive à ma place, déjà fatigué et résigné… Il y a des jours comme ça…

Je m’assois, deux voix familières me lancent un tonitruant :

« C’est vous qui êtes à côté de nous ? demande le premier boute-en-train. J’espère que vous que vous n’aviez pas l’intention de dormir ? Conclu le deuxième….

Jeux de voisins, jeux de vilains

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Small Sticker Ride SEXIl est grand, brun, sec, mal rasé, des cheveux courts frisés. Il lit France football. Elle est petite, brune, le teint mate, pulpeuse, en tailleur noir, un visage de caractère. Ses yeux ne quittent pas son téléphone dont l’écran est fissuré. Ils sont jeunes, très jeunes même, et sont mes voisins du soir, assis en face de moi.

Aujourd’hui, c’est carré famille, nous sommes en fin de semaine, le train est bondé, bruyant, empeste le liquide pour WC chimique, la transpiration, le jambon beurre, les chips, le pâté de campagne et une multitude de parfums…

Dès que nous démarrons, avec quelques minutes de retard, ma voisine, passe un premier appel d’une voix rauque  :

Allô, ça va ? Oui, nous, ça va. On est dans le train. On arrive à Dijon à 21 heures… On se voit ce week-end ? J’ai envie de faire la teuf… OK dommage, une autre fois…

Elle raccroche et rappel une autre personne en resservant le même discours à la virgule près.

À chaque fois, elle informe son copain de la situation qui se contente d’acquiescer d’un air de jeune mâle repus et suffisant, sans quitter son magazine du regard.

Au dixième appel, elle réussit enfin à trouver quelqu’un avec qui faire la fête. Toute joyeuse,  elle réclame un bisou à son ami en lui susurrant un langoureux :

Je t’aime.

Moi aussi, répond-il alors qu’elle bascule ses jambes par-dessus les siennes.

Alors qu’elle l’embrasse, goulûment, il pose son magazine, passe la main gauche par-dessus ses épaules pour l’attirer contre lui et glisse la droite sous sa jupe.

Les yeux dans les yeux, elle lui saisit alors  l’entrejambe et sans le lâcher, elle lui lance en gloussant malicieusement… Attention, mon gaillard, jeux de mains, jeux de vilains ….

François, Édouard, Popaul et l’autre

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IMG_1272Certains allers et retours sont plus fatiguant que d’autres… Notamment lorsque le voisinage a décidé de vous rendre la vie misérable… Florilège matinal

Bonjour, je suis assis là. Un monsieur au collier de barbe grisonnant est assis à ma place son sac d’ordinateur sur les genoux. Lorsque je lui fais signe, il se lève en soupirant d’agacement et m’invite à passer. De nombreuses personnes attendent derrière moi, impatients de rejoindre leurs sièges.
Je lui fais comprendre que c’est à lui de passer en premier, qu’il est assis côte fenêtre…

Non Monsieur. C’est vous, me reprend-il d’un ton ferme, le visage crispé.

À six heures du matin, je n’ai pas envie de m’engager dans une conversation sans fin,  je me glisse vers la fenêtre, suivi par mon voisin qui marque son territoire d’un coup de coude.

Le petit geste de trop. Prêt au combat, je lui montre le récapitulatif de réservation où il est précisé que la place 27 est côté couloir et que les pictogrammes le confirment… Il se raidit dans son siège à deux doigts d’imploser.

C’est bon ! S’il n’y a que ça pour faire plaisir on change.

C’est bon…

Ca alors, soupire-t-il en se calant dans son siège, plus crispé que jamais…

Devant nous, deux adolescentes faisant partie d’un groupe de lycéens en voyage scolaire entament une conversation sans quitter des yeux l’écran de leurs téléphones.

Tu sais quoi ? demande la brune à la blonde…

Non.

C’est terminé avec Édouard…

Édouard ?

Oui le mec avec lequel je suis sortie vendredi à la soirée de Cassandra…

Je croyais que tu y allais avec Vincent…

J’ai commencé la soirée avec lui mais il m’a vite gavé avec ses histoires et j’ai rencontré Édouard, un de ses potes. Il m’a fait craquer. Le genre super canon…

Et alors ?

On est sorti ensemble mais bof… Pas vraiment le feu d’artifice si tu vois ce que je veux dire… (Rires)  Et toi alors, avec Paul ?

On a cassé.

Oh mince alors..

À la soirée de Delphine, on a croisé une de ses  ex. On s’est pris la tête…

Je cherche mon casque audio et en démêle le câble pour m’isoler et dormir lorsqu’une voix caverneuse attire mon attention :

Je suis dans le train. J’arrive en début d’après-midi si tout va bien… (Silence) Comment s’est passée la journée d’hier ? (Silence).

Je me retourne. Un monsieur d’une soixantaine d’années téléphone. Il a une bouille ronde, hâlée, des lunettes aux montures dorées, des yeux globuleux, une voix caverneuse, un fort accent du midi, un ventre protubérant.

Le chantier avance comme on veut ? (Silence). Bien sûr que pour élargir le chemin, il fallait couper le poirier… (Il monte le ton) Ou le cerisier, c’est la même chose. (Silence) Le terrassement sera terminé aujourd’hui ? Comment ça le concasser n’a pas été livré ? (Silence tendu) Comment ça,  y veut pas mettre de géotextile ? (Silence) Moi je l’avais commandé et il a été livré alors explique-lui qu’on a pas le choix, que ça empêchera l’herbe de repousser. (Silence) OK.

M’as-tu vu et bien entendu ?

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3809961_tgv_545x460_autocropLa plupart du temps, lorsque je voyage,  j’écoute de la musique pour me couper du monde… Mais certaines personnes, allez savoir pourquoi, attirent mon attention par leur gestuelle, leur allure… 

Un grand brun, aux dents blanches, souriant, barbe de trois jours, foulard autour du cou, remonte l’allée centrale du TGV un café à la main. La démarche est décontractée, la chemise hors du pantalon, le ventre plat.

Bernard s’écrie-t-il en s’arrêtant devant une personne dont je ne vois que la calvitie.

Ça alors ! Que deviens-tu ? lui demande-t-il d’une voix pleine d’assurance.

Je rentre des Maldives.

La chance…. Vacances ? Boulot ?

Un tournage pour une série sur Arte…

Génial. J’en déduis que tout va bien pour toi.

Pas vraiment. C’est un peu dur, depuis quelques années. Le boulot se fait de plus en plus rare. Les budgets sont de plus en plus serrés… Et toi alors, que deviens-tu ?

Je n’arrête pas… J’ai des tournages prévus jusqu’à la fin 2017. Je refuse du boulot. En ce moment, je bosse sur une série dont la thématique est les animaux et les hommes… Des histoires incroyables, poursuit-il en parlant de plus en plus fort… J’ai filmé un chien et son maître qui sont spécialisés dans l’assistance en montagne. Imagine, le clebs on l’a fait sauter d’un hélicoptère. Les images sont grandioses… Dis-moi Bernard, ce grand garçon à côté de toi c’est ton fils ?

Oui il m’a accompagné. Il est en vacances… Sylvie et moi nous sommes séparés l’été dernier. Alors faut gérer…

Merde alors… Ça faisait pourtant longtemps que vous étiez ensemble. Bon, Bernard, mon pote, je te souhaite un bon retour chez toi, dit-il en lui tendant la main. On s’appelle ? Tu as mon 06?

Oui. OK. Entendu. À bientôt.

De ronfler tu t’abstiendras si tu veux garder ta femme

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Chaque voyage réserve son lot de surprises et de rencontres. Certaines sont agréables d’autres beaucoup moins…  

Ce lundi matin, la voiture 8 du TGV 6700 à destination de Paris est bondée. Plusieurs groupes s’y sont engouffrés dès la gare de Belfort à 6 h 07 : des techniciens d’un célèbre fabricant d’ascenseurs, des syndicalistes et des dizaines de coiffeuses se rendant à un salon ou une formation.

C’est au groupe qui parle et rit le plus fort. L’ambiance devient vite, intenable… Je décide d’aller chercher un espace plus propice à finir ma nuit.

Voiture 6, je trouve une place libre à côté d’une septuagénaire à la peau fripée et bronzée, équipée de la tête aux pieds pour la randonnée nordique. Un petit bonjour sans réponse et à peine installé, je m’endors.

Contrôle des titres de transport… Monsieur… Contrôle des titres de transport. Une pression sur mon épaule.

Le réveil est si brutal qu’au lieu de présenter ma carte d’abonnement, je tends ma carte de crédit.

Vous n’avez pas de billet ? Me demande-t-il, ajoutant avec un léger accent alsacien que j’aurais dû passer le voir dès le départ. Qu’il est trop tard pour appliquer un tarif majoré au lieu d’une contravention…

En bredouillant, je lui donne ma carte d’abonnement.

En bougonnant, le chef de bord poursuit sa ronde, ponctuant chacun de ses contrôles par un « merci et bon voyage ».

Une petite pression sur mon avant-bras, puis une autre, plus ferme… Une voix féminine inconnue m’interpelle. Je m’étais endormi.

J’ouvre les yeux.

Monsieur, vous ronflez…

Je me redresse, m’excuse en essuyant discrètement un filet de bave à la commissure de mes lèvres.

Pendant trente-cinq ans, poursuit-elle, j’ai supporté les ronflements de mon mari. Depuis sa disparition, paix à son âme, je peux enfin dormir
des nuits complètes. Je ne supporte plus les ronflements. Vous êtes marié ?

Oui.

Alors jeune homme, si vous voulez sauver votre mariage, consultez un spécialiste. Les hommes qui ronflent pourrissent la vie de leur femme.

Youpi, aujourd’hui c’est carré famille !

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IMG_1934Aujourd’hui, concert parisien dominical des Enfoirés oblige,  c’est carré famille, le matin et le soir. Et  pour cause, il n’y a plus de place ailleurs. Et  c’est pas faute d’avoir réservé longtemps à l’avance…

Une mauvaise nouvelle ne voyageant jamais seule, je suis installé côté fenêtre avec le courant d’air et la poubelle qui vous cisaille le genou…

Résigné, je salue mes voisines que visiblement je dérange lorsqu’elles doivent enlever leur barda de mon siège.

En face de moi, dans le sens de la marche, une trentenaire, cheveux bruns, mi-longs, sportive, deux smartphones et un petit Hugo débordant d’énergie. Au jugé, il doit avoir cinq ou six ans tout mouillé.

À ma droite, pas souriante, une Antillaise, potelée, parfumée et archi-maquillée. Elle est flanquée de deux adolescentes aux jambes interminables qui visionnent un film sur une même tablette. Leurs crânes sont soudés l’un à l’autre pour profiter du même casque audio.

Il y a aussi un garçon à lunettes, d’une quinzaine d’années, potelé comme maman, à ceci près qu’on lui a greffé une console de jeux au bout des doigts. Seuls ses pouces semblent encore fonctionnels<;

Hugo ? Bébé ? Demande maman d’une voix de crécelle, tout en balayant l’écran tactile de l’un de ses téléphones d’un index dédaigneux.

Hugo… Maman te parle… Tu as fait quoi avec papa ce week-end ? Tente-t-elle à nouveau sans quitter son appareil des yeux.

Hugo danse d’une fesse sur l’autre, se met debout, puis assis, puis à genoux face à la vitre sur laquelle il plaque son visage.

Putain, Hugo, s’écrie-t-elle… Arrête de lécher la vitre c’est dégueulasse…

Théo sourit malicieusement en écrasant son nez dans la buée qui se forme sur la vitre.

Maman ? Tu as dit Pu…

Hugo ! Rougit sa mère ne posant son portable…

Pourquoi tu me disputes, c’est toi qui as dit un vilain mot…

Désolé Amour, lui sourit-elle. Hugo, tu ne m’as pas répondu… Comment c’est passé ton week-end ? Vous avez fait quoi ?

On a mangé des pâtes, des chips, du coca et on a regardé Star Wars…

Bravo le repas et le programme de papa… Vous êtes restés tout le week-end dans l’appartement ?

Oui, papa a dit qu’il faisait trop froid pour sortir au parc. Maman, j’ai faim… Je peux avoir une compote ? J’ai soif aussi.

Maman fouille dans son sac à dos. Elle en sort une boîte hermétique remplie de carottes, concombres, découpés et des tomates cerises…

Hugo fait la moue…

Maman, s’écrie, mais ce n’est pas vrai. Dites-moi que je rêve, tu as le même t-shirt que vendredi. C’est papa qui t’a habillé ce matin ?

Oui, il a dit qu’il n’était pas sale…

Mais enfin Hugo, un t-shirt ça se change tous les jours… Ton père ne changera décidément jamais…

Papa, il a dit qu’il n’aime pas quand tu dis de vilains mots…

Courage, fuyons !

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Dans certaines situations, la fuite est la plus sage des décisions. Mais certaines personnes sont difficiles à semer. En particulier dans un train… Et quand le sort s’acharne…

Ce soir, mon voisin est un homme d’une soixantaine d’années. Grand, tout en bras et en jambes, au teint pâle, crâne dégarni, filet de moustache, pantalon en velours côtelé marron, sous-pull  violet, sans manches en laine, chemise rose pâle.

Après avoir feuilleté un magazine et un quotidien en se mouillant l’index d’un coup de langue à chaque fois qu’il tournait une page, il glisse un casque audio sur ses oreilles, incline son dossier et ferme les yeux…

J’ouvre mon livre et commence à lire lorsque sa tête se met à imprimer une série de « oui » et de « non », silencieux, en rythme… Ses mains jouant tantôt de la batterie et tantôt de la guitare. Par moment ses reins se cambrent, sa bouche se crispe, ses yeux se plissent  sous l’effet d’un plaisir incontrôlable.

Un spectacle silencieux qui attire quelques regards désabusés.

Une femme trapue, pansue, grisonnante, hirsute, recouverte d’un immonde pull-over gris, crasseux passe une première fois, puis une deuxième et troisième fois. Elle s’arrête à notre niveau, les bras ballants, fascinée par le spectacle… Elle marmonne quelques mots en secouant la tête pour marquer sa désaprobation devant une attitude aussi puérile.

L’odeur qu’elle dégage est si forte que deux de nos voisins se lèvent en grimaçant et fuient vers l’avant du train comme si leurs vêtements venaient de prendre feu. Elle s’installe en face de moi, me lançant un regard glaçant alors qu’un haut-le-coeur déforme mon visage. Les yeux fermés l’homme poursuit ses gesticulations rythmiques.

Mes affaires sous le bras, je quitte mon siège en quête d’air plus respirable. Deux compartiments plus loin, je trouve deux places libres. Je m’assois. Lorsque je m’apprête à aspirer une grande bouffée d’oxygène quelqu’un se laisse choir lourdement à ma droite, dégageant une odeur pestilentielle.

Nos regards se croisent. Je souris bêtement en l’enjambant comme je peux prenant soin de ne pas la toucher. Je prends la direction de la première classe à l’avant du train avec madame sur les talons. Son regard détermine semble dire tu ne me sèmera pas…

Comme moi, elle attendra devant la porte, comme moi elle descendra à Belfort, sans bagage à 22 heures, sous une pluie battante.

Le train s’arrête. La porte s’ouvre,  je me précipite vers les escaliers mécaniques, me faufile comme un voleur entre les passagers qui débarquent, les familles et les amis qui attendent, direction le parking et ma voiture sans toutefois oublier de jeter régulièrement un oeil par dessus mon épaule pour m’assurer que j’ai réussi à la semer.

Epilogue
Le jour suivant, au départ de Paris. Ma voisine est une jolie étudiante souriante. Le train est bondé. La fermeture des portes est imminente et le départ du TGV est annoncé. Une main se pose sur mon épaule, une voix féminine fort aimable me demande un stylo que je tends aussitôt par dessus mon épaule.

Elle me remercie avant d’ajouter :

Vous n’auriez pas une feuille de papier par hasard?

Pas de problème madame…

Elle me remercie à nouveau… Délicieuse.

Le train se met en route.

La femme dans mon dos se met a parler dans une langue étrange, de plus en plus vite et de plus en plus fort… Un discours qui se termine par un tonitruant : « Oh la putain ».

Je jette un oeil par dessus mon épaule. Le pull-over gris,  immonde, difforme, crasseux… je m’enfonce dans mon siège. Près à passer en mode respiration de survie…

Une main aux ongles vernis de crasse, à la peau tannée par  soleil, le froid, la pluie et le manque de soins,  glisse mon stylo sous mon nez…

Merci…

Elle se tient à ma droite, souriante. La pluie de la veille semble avoir atténué l’odeur…

La jeune étudiante nous observe interloquée.

La femme lui demande si elle est certaine d’être à la bonne place. Je lui répond que oui avant que la jeune fille n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche. La femme poursuit sa route.

Pendant deux heures, elle fera des allers et retours, tentant de trouver une place libre, fusillant les passagers qui croisent son regard, parlant et gesticulant dans différentes langues. A chaque passage, elle me  gratifie d’un grand sourire complice.

Cela fait plus de trente ans qu’elle prend le train sans payer, m’expliqueront le chef de bord et sa collègue. On la croise et on la verbalise depuis des années sans vraiment savoir qui elle est, ni d’où elle vient…  On sait seulement qu’il faut éviter de la chauffer, qu’elle a l’insulte et le coup de poing facile…et qu’elle est pupille de la nation donc quasi intouchable, terminent-ils.

Goujat, c’est un métier…

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On se trouve souvent à l’étroit dans les trains. En particulier en seconde classe lorsque votre voisin est, comment dire, plus volumineux que la moyenne des usagers. Je sais de quoi je parles. Il suffit de voir la tête que certaines personnes font lorsque je m’installe pour comprendre. 

Voici une méthode infaillible pour vous faire de la place.

Petite précision : être une personne âgée, d’apparence vulnérable, augmente vos chances d’arriver à vos fins rapidement et surtout impunément.

Suivre les étapes

Suivez les étapes scrupuleusement en particulier dans la phase de mise en condition de votre cible : Lorsque vous arrivez à votre place, en sueur et à bout de souffle, demandez à votre voisin de vous aider à placer votre valise dans le porte bagage au dessus des sièges. Lorsque ce dernier vous affirme que votre valise est trop volumineuse faites comme si vous n’entendez pas.

Humilier votre cible

Arrangez-vous pour que la valise soit lourde. L’humiliation qu’il va ressentir en la soulevant avec difficulté va saper les défenses de votre voisin en l’humiliant devant tout le monde.

Lorsqu’il vous demande de prendre ce dont vous avez besoin et vous propose de ranger votre valise dans l’espace dédié vers l’entrée du compartiment, faites comme si vous n’entendez pas avant de préciser que vous avez besoin de garder cette valise près de vous « à cause de vos médicaments pour le cœur ».

Prenez votre temps

Ceci fait, prenez votre temps pour vous installer en vous excusant régulièrement. Il se sentira coupable de ressentir de l’agacement et d’avoir manifesté son impatience par des soupirs et des regards complices échangés avec d’autres passagers.

Vous devez toujours garder à l’esprit que vous êtes une personne vulnérable… Vos gestes sont lents et imprécis. Une fois installé. Commencez par lire l’Équipe. C’est ce qui ce fait de mieux pour pourrir la vie de votre voisin… Lisez exclusivement les pages centrales.

Petit dodo sur l’épaule de son voisin

Un petit dodo s’impose ensuite, pendant lequel vous vous laissez tomber sur l’épaule de votre voisin. Il va vous réveiller en vous repoussant. Ce qui est impardonnable d’autant que cette fois vous avez faim… Excusez-vous, en souriant d’un air gêné et faite le se lever pour aller chercher dans votre valise votre repas du soir.

Il est préférable de choisir un menu odorant, emballé. L’effeuillage d’un sandwich au pâté de campagne vient à bout des nerfs les plus solides.

Un petit pet pour finir en beauté

Si votre voisin résiste, il faut monter en puissance. Vos pieds vous grattent ? Enlevez vos chaussures, puis vos chaussettes en laine… posez ces dernières sur la tablette. Et épluchez les peaux mortes entre vos doigts de pieds. Il résiste toujours ? N’hésitez pas à céder à votre envie de péter (discrètement!), lorsque vous êtes plié en deux.

En général cela vient tout seul dans cette position qui comprime les intestins et l’usager de la SNCF résistant que je suis abandonne, prend ses affaires et part trouver une place ailleurs…