Casse-pieds à bord, jamais tu dors

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RALEURIl y a des jours où on devrait rester sous la couette. Se faire porter pâle. Ce jeudi matin, je suis parti au boulot comme les 7 nains dans Blanche Neige, en chantant, avec la promesse de terminer ma courte nuit dans le train.

À peine installé, je m’assoupis profondément.

Allo, Allo…

Je me réveille. Un filet de bave à la commissure des lèvres. Nous sommes en gare de Dijon, dans mon dos, un monsieur passe un appel depuis son siège. Le haut-parleur de son téléphone est enclenché.

Vous êtes bien sur le répondeur d’Antoine, laissez un message, répond une  voix juvénile.

Le papa insiste… Antoine répond.

C’est papa.

J’avais deviné,  Antoine la joue blasé.

Maman est partie ?

Oui.

Ya longtemps ?

J’sais pas… Antoine la joue agacé

Tu as bu ton chocolat ?

Oui, papa… Antoine la joue découragé

Tu t’habilles, tu te laves les dents et tu vas à l’école. Ok ?

OUI… Antoine la joue colère…

Papa, visé par de nombreux regards menaçants, coupe le haut-parleur. Oui mon cœur, je suis dans le train. Oui,  je rentre vers 20 heures… Bonne journée.

Je vais me rendormir, mes paupières tombent, ma tête bascule… Un grand type avec une tête de vendeur de voitures d’occasions, à une réservation pour le siège à côté de moi. Je me lève, il passe, plie ses affaires, appliqué. Il sort son ordinateur, un carnet, deux téléphones. J’attends debout dans l’allée centrale, bloquant le passage.

Je suis à peine installé, qu’il manifeste son souhait de se lever. Je l’exécute, il  se dirige vers les toilettes. Lorsqu’il revient quelques minutes plus tard, il sent la lotion désinfectante.

Sans le moindre regard, ou petit mot… il se met à écrire, martyrisant les touches de son clavier et mes côtes avec son coude droit….

Dans mon dos, un grand gaillard rougeaud, joufflu, au crâne lisse et lustré comme les chaussures d’un premier communiant, nez pointu et grandes oreilles éternue et renifle sans discontinuer.

En face, de moi côté droit, un petit couple de personnes âgées. Il lit un document sur les journées de la cancérologie digestive en aspirant avec une paille du jus de fuit « garanti sans sucre ajouté ».

Sa compagne lit un article abondamment illustré sur le chancre syphilitique en croquant des biscuits.

En face d’eux, un quinquagénaire en pantalon de cuir et chemise blanche, affalé sur son siège les jambes écartées, lit une biographie de Robert E. Lee par Vincent Renard. Régulièrement, il glisse  sa main droite dans son pantalon pour se gratter les parties génitales. Soulagé, il se passe l’index sous le nez.

A côté de lui, lové sous une couverture, dort une jeune fille. Soudain une sonnerie retentit qui évoque de manière très réaliste, les cloches que portent les vaches dans les alpages du Haut-Doubs. On s’y croirait presque. La jeune fille, se redresse, s’étire, enlève ses bouchons d’oreilles, son masque occultant, sa minerve gonflable, et coupe sa sonnerie en souriant benoitement.

Message de service

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Les allers et retours dans l’allée centrale s’intensifient… Certains passent plusieurs fois de suite avec ce regard qui semble dire : « je vous bouscule, et je vous emmerde , c’est mon droit… ». D’autres semblent perdus. Dans leurs yeux on peu lire « Où suis-je ? Voiture 6, 5 ou 7… Première ou deuxième classe ? » Ils vous fixent en se demandant si vous avez la réponse à leurs interrogations. Certains font penser aux morts-vivants dans la série Walking Dead. Leur corps bougent, leurs cerveaux sont éteints….

Une odeur de vernis à ongle entêtante envahit l’atmosphère. La jeune fille des pâturages du Haut-Doubs termine de se maquiller. Elle est à peine reconnaissable. En une dizaine de minutes, elle a gagné une dizaine d’années.

Nous arrivons à Paris. Le jour se lève, pluvieux. Mon téléphone vibre. Une alerte de la RATP. Le trafic sur la ligne A du RER est totalement interrompu suite à un mouvement social. Voilà qui annonce une joyeuse pagaille pour la suite de mon voyage…

 

 

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