Contrôleur zélé

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Je dis rarement du mal des contrôleurs  mais parfois leur comportement m’irrite.

Ce lundi 3 octobre, dans le train 6 707 de 19 H 23, voiture 8 place 114,  à destination de Belfort, j’assiste au contrôle d’une quinquagénaire sportive et dynamique.

Alors qu’elle vient de lui tendre  son billet en souriant, le contrôleur bougon, lui fait   remarquer qu’il s’agit un titre de transport Belfort/Paris et non l’inverse.

La dame, s’étonne. Bredouille des explications : elle se demande si la veille, elle n’a pas donné le mauvais billet. Elle fouille dans son sac  en tremblant nerveusement  et en sort un titre de transport qu’elle lui tend.  Ce dernier le regarde sous toutes les coutures la mine dubitative  et lui confirme qu’il s’agit de son billet aller..

Alors j’ai deux  acheté deux billets Belfort Paris? lui demande-t-elle. Comment est-ce possible?

Je n’en sais rien madame avec lassitude.  Pour faire bonne figure, il téléphone à la régie pour savoir si un billet retour existe au nom de cette dame. La réponse est négative.

Il lui annonce qu’elle doit s’acquitter d’un billet retour, majoré de 15 euros.  Elle lui demande si  son deuxième billet  lui sera remboursé.

Je n’en ai pas la moindre idée, répond-t-il en entamant la procédure sur son terminal portable, l’air de dire ce n’est pas mon problème…

Courage, fuyons !

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aerosols

Dans certaines situations, la fuite est la plus sage des décisions. Mais certaines personnes sont difficiles à semer. En particulier dans un train… Et quand le sort s’acharne…

Ce soir, mon voisin est un homme d’une soixantaine d’années. Grand, tout en bras et en jambes, au teint pâle, crâne dégarni, filet de moustache, pantalon en velours côtelé marron, sous-pull  violet, sans manches en laine, chemise rose pâle.

Après avoir feuilleté un magazine et un quotidien en se mouillant l’index d’un coup de langue à chaque fois qu’il tournait une page, il glisse un casque audio sur ses oreilles, incline son dossier et ferme les yeux…

J’ouvre mon livre et commence à lire lorsque sa tête se met à imprimer une série de « oui » et de « non », silencieux, en rythme… Ses mains jouant tantôt de la batterie et tantôt de la guitare. Par moment ses reins se cambrent, sa bouche se crispe, ses yeux se plissent  sous l’effet d’un plaisir incontrôlable.

Un spectacle silencieux qui attire quelques regards désabusés.

Une femme trapue, pansue, grisonnante, hirsute, recouverte d’un immonde pull-over gris, crasseux passe une première fois, puis une deuxième et troisième fois. Elle s’arrête à notre niveau, les bras ballants, fascinée par le spectacle… Elle marmonne quelques mots en secouant la tête pour marquer sa désaprobation devant une attitude aussi puérile.

L’odeur qu’elle dégage est si forte que deux de nos voisins se lèvent en grimaçant et fuient vers l’avant du train comme si leurs vêtements venaient de prendre feu. Elle s’installe en face de moi, me lançant un regard glaçant alors qu’un haut-le-coeur déforme mon visage. Les yeux fermés l’homme poursuit ses gesticulations rythmiques.

Mes affaires sous le bras, je quitte mon siège en quête d’air plus respirable. Deux compartiments plus loin, je trouve deux places libres. Je m’assois. Lorsque je m’apprête à aspirer une grande bouffée d’oxygène quelqu’un se laisse choir lourdement à ma droite, dégageant une odeur pestilentielle.

Nos regards se croisent. Je souris bêtement en l’enjambant comme je peux prenant soin de ne pas la toucher. Je prends la direction de la première classe à l’avant du train avec madame sur les talons. Son regard détermine semble dire tu ne me sèmera pas…

Comme moi, elle attendra devant la porte, comme moi elle descendra à Belfort, sans bagage à 22 heures, sous une pluie battante.

Le train s’arrête. La porte s’ouvre,  je me précipite vers les escaliers mécaniques, me faufile comme un voleur entre les passagers qui débarquent, les familles et les amis qui attendent, direction le parking et ma voiture sans toutefois oublier de jeter régulièrement un oeil par dessus mon épaule pour m’assurer que j’ai réussi à la semer.

Epilogue
Le jour suivant, au départ de Paris. Ma voisine est une jolie étudiante souriante. Le train est bondé. La fermeture des portes est imminente et le départ du TGV est annoncé. Une main se pose sur mon épaule, une voix féminine fort aimable me demande un stylo que je tends aussitôt par dessus mon épaule.

Elle me remercie avant d’ajouter :

Vous n’auriez pas une feuille de papier par hasard?

Pas de problème madame…

Elle me remercie à nouveau… Délicieuse.

Le train se met en route.

La femme dans mon dos se met a parler dans une langue étrange, de plus en plus vite et de plus en plus fort… Un discours qui se termine par un tonitruant : « Oh la putain ».

Je jette un oeil par dessus mon épaule. Le pull-over gris,  immonde, difforme, crasseux… je m’enfonce dans mon siège. Près à passer en mode respiration de survie…

Une main aux ongles vernis de crasse, à la peau tannée par  soleil, le froid, la pluie et le manque de soins,  glisse mon stylo sous mon nez…

Merci…

Elle se tient à ma droite, souriante. La pluie de la veille semble avoir atténué l’odeur…

La jeune étudiante nous observe interloquée.

La femme lui demande si elle est certaine d’être à la bonne place. Je lui répond que oui avant que la jeune fille n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche. La femme poursuit sa route.

Pendant deux heures, elle fera des allers et retours, tentant de trouver une place libre, fusillant les passagers qui croisent son regard, parlant et gesticulant dans différentes langues. A chaque passage, elle me  gratifie d’un grand sourire complice.

Cela fait plus de trente ans qu’elle prend le train sans payer, m’expliqueront le chef de bord et sa collègue. On la croise et on la verbalise depuis des années sans vraiment savoir qui elle est, ni d’où elle vient…  On sait seulement qu’il faut éviter de la chauffer, qu’elle a l’insulte et le coup de poing facile…et qu’elle est pupille de la nation donc quasi intouchable, terminent-ils.

SNCF, des mesures pour renforcer la sécurité dans les transports

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Des agents en civil

Les agents Suge et GPSR seraient autorisés à exercer en civil, munis de leur arme à feu dans certaines circonstances appréciées par l’autorité préfectorale. Ils pourraient également être autorisés à procéder à des palpations et des fouilles sur les voyageurs.

Des règles simplifiées contre la fraude

Le gouvernement simplifierait les règles de compétence des procureurs de la République pour faciliter les contrôles : auparavant, l’accord de tous les procureurs compétents sur la ligne d’un train passant par plusieurs régions était nécessaire. Désormais, seul un procureur pourrait décider. Un agent de police judiciaire pourrait également constater par procès-verbal les infractions commises, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant.

Retrouver les fraudeurs

Les états-civils et adresses des contrevenants pourraient  être communiqués aux transporteurs par les administrations des finances et des organismes sociaux.

D’autre part, le délit de « fraude d’habitude », constitué à partir de dix contraventions sur un an pour défaut de titre de transport, serait constitué dès cinq contraventions.

Le coût annuel de la lutte contre la fraude dans les transports en commun est estimé à 500 millions d’euros.

Par ailleurs, les personnels de sécurité des transports pourraient constater par PV les ventes à la sauvette, dans les gares par exemple.

« Les resquilleurs n’ont pas de tête particulière madame « 

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controleur-SNCFDeux contrôleurs, un homme et une femme, font irruption dans le compartiment dont la  porte s’ouvre avec fracas, tirant certains passagers de leur torpeur matinale.

 » Mesdames et messieurs bonjour, contrôle des titres de transport » crie l’homme à moustache avec une grosse voix. S’en suit une suite silences ponctués de merci, bonne journée, et merci bon voyage….

L’homme arrive à la hauteur de la femme dernière moi. La cinquantaine, sportive, bronzée, cheveux gris coupés au carré.

Puis-voir votre carte de réduction?

Je ne l’ai pas avec moi comme je l’ai expliqué à votre collègue sur le quai. Il m’a dit que cela n,’était pas grave.

Comment ça pas grave ? dit le contrôleur en haussant le ton. Et je fais comment pour vérifier que vous avez bien droit à 50 % de réduction ?

Votre collègue…

Arrêtez de dire mon collègue. Je suis contrôleur. Le gugus  sur le quai  est au mieux agent de quai, au pire saisonnier, vacataire ou stagiaire… Il vous a raconté n’importe quoi. Et c’est vous qui allez trinquer…

Mais bon sang de bon soir, balbutie la dame, ais-je la tête d’une resquilleuse?

Les resquilleurs n’ont pas de tête particulière madame. Je suis obligé de vous verbaliser madame, dit-il en ajustant sa casquette.

Lutter contre la fraude, une priorité pour la SNCF

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controleur-SNCFLa SNCF estime que la fraude lui coûte au moins 300 millions d’euros par an pour la SNCF : 100 millions pour les Transilien en Ile-de-France, 100 millions pour les grandes lignes, et 100 millions pour les TER. La RATP quant à elle estime ce coût à 100 millions d’euros.

« On peut pas rester dans la situation où on est aujourd’hui, où, en réalité, de plus en plus de gens qui paient se posent la question de savoir pourquoi payer ? » prévenait début septembre Guillaume Pepy, le président de SNCF lors d’une conférence de presse.

La lutte contre la fraude sera l’une des priorités de la SNCF pour l’année « Il y a certaines lignes TER où le système est un système de fuite généralisée (…), on se rend compte qu’il y a seulement une personne sur deux qui a le bon billet et qui a payé », a ajouté Guillaume Pepy qui ajoute que la fraude « devient un problème de société en France, qui est extrêmement lourd, non seulement pour la boîte, mais pour ceux qui paient. On n’en a pas fini avec ce sujet-là, ça commence. Et ce qui est terrifiant, c’est que c’est un problème français ».

Il a précisé que le plan de lutte qui doit être annoncé prochainement « va comporter quelques petits éléments de gêne, mais c’est à ce prix là qu’il faut protéger le service public ». Avant goût de ces mesures, depuis le 2 septembre, les billets TER et Intercités ne sont plus  valables que sept jours, et non plus soixante et un jours. Il s’agit de lutter contre la « multi-utilisation » du même titre de transport.

Confessions d’un resquilleur en série

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244574_des-billets-sncfQui dit train, dit resquilleur… L’un ne semble pas aller sans l’autre.

Il en existe de toutes sortes : des passifs fatalistes qui voyagent sans payer et se font verbaliser sans broncher ; des actifs qui font tout pour échapper aux contrôleurs, qui multiplient les astuces.

Il y a les acteurs, compteurs, embrouilleurs, baratineurs de toutes sortes qui arriveraient presque à se faire passer pour des usagers intègres…

Il y a aussi les prédateurs, les agressifs, les psychopathes… ceux que les contrôleurs redoutent par dessus tout, pour leurs réactions imprévisibles.

5 h 55, Belfort. Le train à destination de Paris, entre en gare. Les portes s’ouvrent quelques passagers descendent, se frayant péniblement à travers ceux et celles, nombreux ce matin à attendre suivis de leurs valises à roulettes, de monter.

Un jeune black descend avec le contrôleur sur les talons. Il gesticule et vocifère distribuant généreusement des regards menaçants à la ronde.

Tu devrais avoir honte, espèce de bouffon. Mon grand-père c’est battu pour la France. C’est comme cela que tu le remercies… Une voix lance lui répond : « La France, tu l’aime ou tu la quitte ». Malaise. Le jeune homme, cherche du regard qui vient de lui parler.

Les usagers font mine d’ignorer la scène, certains sont visiblement agacés par le ralentissement occasionné.

Le contrôleur, les manches retroussées, les joues écarlates, serre les points pour garder son calme. Il acquiesce avec un sourire crispé aux invectives qui deviennent de plus an plus insultantes et provoquantes tout en souhaitant la bienvenue aux nouveaux clients.

Voilà une journée qui commence sur les chapeaux de roues.

Depuis bientôt un an, je ne crois pas avoir pris le train une seule fois sans voir des resquilleurs se faire verbaliser. Certains sont des multirécidivistes comme ce grand gaillard athlétique et beau gosse, que nous appellerons Gérard. Voilà des semaines qu’il prend le train de 19 H 23 pour Dijon. Il n’a pas de bagage. Il voyage les deux mains dans les poches un casque sur les oreilles. C’est sur le quai que je lui adresse la parole alors qu’il vient de me demander si j’avais une cigarette à lui donner.

« Je connais la plupart des contrôleurs. Ils ont chacun leurs habitudes. Avant de monter, je regarde qui est là, il y en a avec qui j’ai eu de méchantes embrouilles, je les évite. Comme le vieux moustachu, un type de Besançon. Il est fou lui, il contrôle plusieurs fois. C’est un teigneux. Il ne lâche pas l’affaire tant qu’il ne t’as pas viré du train. Le moustachu, il adore envoyer la cavalerie. Un comité d’accueil qui te fait la morale en te raccompagnant vers la sortie… Il y a aussi une meuf balaise avec les cheveux teints en rouge. Une fois elle m’a empêché de monter dans le train à Paris. On aurait dit qu’elle était prête à se battre. Mais les vrais méchants son rares. »

« Y en a, poursuit Gérard, je sais où ils contrôlent, je me place à l’autre bout du train. Si le train est bien plein, le temps qu’ils arrivent jusqu’à moi, on est à Dijon… Y en a qui contrôlent jamais les premières classes. Ou qui contrôlent pas tout court… Y a ceux qui font une ou deux voitures histoire de mettre leur machine en route et qui vont draguer l’hôtesse du bar. Dans les duplexes c’est plus facile, tu vas en haut quand ils sont en bas. Certain peuvent pas se blairer alors ils contrôlent séparément. Un en haut, l’autre en bas. C’est pas bon pour nous. »

Je lui demande si le fait de voyager sans payer ne lui pose de problème de conscience. Il éclate de rire. La conscience, tu es drôle. La SNCF elle nous plume avec des tarif de ouf. Je rétablis l’équilibre… »

 

Une prune ? C’est pas grave, je ne les paie jamais

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amende-sncfExiste-t-il des trains sans resquilleur ? Depuis que je fais les allers et retours, je n’ai pas fait un seul trajet sans que des usagers se fassent verbaliser pour absence de titre de transport.

Il y a quelques jours, une jeune fille vient s’asseoir à côté de moi.  Elle est accompagnée de sa petite sœur et de sa mère à qui elle demande d’aller se placer un peu plus loin… Pendant plus de vingt minutes, elle va parler, au téléphone, de l’organisation de  son mariage à venir. Des invités à prévenir, des traiteurs, de la salle à louer…

Lorsque le contrôleur passe, elle joue de la prunelle, minaude, lui explique qu’elle était  « à la bourre » ce matin et qu’elle a oublié son billet sur la table de la cuisine.

Ce n’est pas grave, lui répond-t-il imperturbable. Donnez-moi votre nom. S’il y a un billet, je le retrouverai.

Il ne retrouve rien. Elle fait comme si elle ne comprenait pas.  Prend un air affligé.

Je suis obligé de vous refaire un billet.  Vous avez une carte de  réduction ?

Non

Cela fera 80€. Une carte de crédit ?

244574_des-billets-sncfElle fouille dans son portefeuille.  Lui tend une carte.

Dix minutes plus tard.

Le paiement est refusé. Cela fera 128 €.  Désolé. Vous avez une pièce d’identité…

Elle lui tend une carte de fidélité à une salle de sport.

C’est tout ce que vous avez ?

Oui.

Dix minutes plus tard, il lui tend un ticket et lui explique comment et quand régler, les sanctions en cas de non règlement, les recours…. Il poursuit ensuite sa route après l’avoir souhaité une bonne journée.

Outre la sœur et la mère de ma voisine, il verbalisera encore deux autres personnes dans la même voiture.

Eh chéri tu sais quoi ? demande ma voisine au téléphone.  Elle rit. j’ai pris une prune.  Elle rit  à nouveau. Silence. 128 €. T’inquiète, chéri, j’en ai jamais payé une seule.

Qui sont les fraudeurs à la SNCF?

Pour la compagnie ferroviaire, il n’y a pas de profil type, mais de nombreux cas de figure: des gens frappés durement par la crise, des jeunes gagnés par « la culture de gratuité » ambiante, des cadres. Mais, au final, une addition salée: quelque 300 millions d’euros de manque à gagner par an, avec, en outre, une partie des amendes non recouvrées.

Les types de fraude les plus courants sont la non-présentation de titre de transport, le billet ne correspondant pas au trajet, le non-compostage et, pour la SNCF seulement, les fraudes au moyen de paiement lors de l’achat du billet (chèques volés, notamment).

fraude 2013_tcm21-92420La SNCF aimerait que les pouvoirs publics lui donnent la possibilité d’obtenir l’adresse du domicile réel des contrevenants, le défaut d’adresse expliquant nombre de non-paiements…

Cette année, la compagnie entend communiquer sur ce que risquent les fraudeurs à répétition avec la loi sur le « délit de fraude d’habitude » qui prévoit un emprisonnement possible au bout de dix amendes dans les douze derniers mois.

Les contrôleurs pourraient également avoir la possibilité de proposer une sorte de transaction vertueuse à certains fraudeurs qui semblent de bonne foi: acheter un abonnement dont le prix serait diminué du montant de l’amende… Une pratique habituelle dans les réseaux de sa filiale de transports urbains Keolis. « Nous obtenons un taux d’acceptation de près de 30 % », indiquait il y quelques mois Jean-Pierre Farandou, président du groupe Keolis.