Callan Wink : le pêcheur et les mots

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Auteur d’un premier recueil de nouvelles unanimement salué par la critique, l’écrivain et guide de pêche à la mouche Callan Wink est en résidence en France pour travailler sur son premier roman.

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Callan Wink (Photo : Emmanuel Romer)

Mi-novembre. L’hiver vient de lancer sa première grande offensive sur la capitale. Dans les rues de Paris, les bonnets, les gants et les doudounes sont de rigueur. Pas de quoi impressionner Callan Wink, un solide gaillard athlétique à la mâchoire carrée, flirtant avec les deux mètres. D’ordinaire, c’est aux rigueurs du Montana ou du Wyoming qu’il se frotte après avoir enduré ceux du Michigan, où il est né il y a trente-trois ans… Des univers rudes et sauvages, battus par les vents, bien différents de celui confortable et douillet où il a posé ses valises en septembre pour trois mois dans le cadre d’une résidence d’écrivain. Une invitation de la ville de Vincennes où, tous les deux ans, la littérature nord-américaine est mise à l’honneur lors du Festival America.

 

« C’est rare de bénéficier d’un tel programme », reconnaît d’une voix profonde et assurée le romancier, qui n’a jamais passé autant de temps à l’étranger, et dans une grande ville de surcroît. En contrepartie, il anime une fois par semaine un atelier d’écriture avec une dizaine d’étudiants d’âges et d’horizons différents… « C’est plutôt sympa comme boulot, non ? », sourit-il.

C’est aussi la première fois qu’il enseigne, même s’il a donné quelques cours lorsqu’il était étudiant. « Je n’ai jamais animé d’ateliers d’écriture créative, poursuit-il. À la différence de beaucoup de mes collègues écrivains, qui sont nombreux à gagner leur vie ainsi, en particulier dans le Montana où se trouvent des programmes mythiques comme celui de Missoula. »

Pour écrire, j’ai besoin de me dépenser

Lui préfère emmener des clients à la pêche à la mouche sur la rivière Yellowstone. « Ce que j’apprécie,c’est que cette activité que je pratique depuis l’enfance n’a absolument rien à voir avec l’écriture. C’est physique. Pour écrire librement j’ai besoin de me dépenser à l’extérieur. Quand j’ai passé une journée à pagayer sur la Yellowstone avec des clients, je suis content de m’isoler pour écrire. Je ne suis pas sûr que cela serait le cas si je relisais des papiers toute la journée derrière un bureau… »

Inversement, à la fin de l’hiver, qu’il consacre exclusivement à l’écriture, l’appel de la rivière se fait de plus en plus fort. « Voilà des années que je mène cette double vie et je m’y suis attaché. »

Callan Wink est arrivé dans le Montana à 19 ans après s’être construit un bateau dans la grange de ses parents. Ayant rapidement déniché un poste de guide de pêche à la mouche, il s’est installé à Livingstone, à deux pas de la Paradise Valley, où il s’est lié d’amitié avec Jim Harrison, Thomas McGuane et bien d’autres écrivains. S’il connaissait l’histoire littéraire de cette région, il n’avait pas d’autre ambition que d’aller pêcher et faire du ski.

Les livres étaient notre fenêtre sur le monde

« Avec mes deux sœurs, nous avons grandi au fond des bois, dans une maison sans télévision. J’avais 15 ans lorsque nous avons eu accès à Internet et c’était du très bas débit, se souvient Callan Wink. Ma mère était institutrice, mon père entrepreneur dans le bâtiment. Les livres, la littérature étaient omniprésents. Ils étaient notre fenêtre sur le monde. C’est tout naturellement que je me suis mis à écrire de la poésie dans un premier temps. Mais je n’étais pas très doué. »

Tout change lors d’un troisième cycle d’écriture créative à l’Université du Wyoming. « J’avais 25 ans. Ce programme me donnait la possibilité pendant deux ans de vivre la vie d’un écrivain à plein-temps. Et surtout de confronter ce que j’écrivais à des regards critiques mais toujours constructifs. Cela m’a été bénéfique. J’y ai appris à construire une histoire et à tenir le cap. » Plus de la moitié des neuf nouvelles qui forment son recueil publié en France en septembre (1) ont été écrites à cette époque. Et le roman dont il vient d’envoyer une première version à son agent a pour base l’une d’elles.

La date de son départ de France approche. De longs mois de solitude et d’écriture l’attendent. « Dans le Wyoming, comme dans le Montana, les hivers sont interminables. Les distractions rares. Une aubaine pour un écrivain. Vous n’avez rien d’autre à faire que de vous concentrer sur vos objectifs. À Paris, c’est beaucoup plus compliqué, souligne-t-il. Les sollicitations sont nombreuses, les choses à voir également. »


(1) Courir au clair de lune avec un chien volé, de Callan Wink, éd. Albin Michel, Coll. « Terres d’Amérique ». Nouvelles traduites de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer, 300 p., 22 €.

Ce qui l’inspire : courir à l’aube dans les montagnes

Callan Wink est un grand sportif. Il a pratiqué de nombreuses disciplines, du football américain au baseball en passant par le ski. Pourtant ce qu’il apprécie par-dessus tout, c’est courir : « J’aime arpenter en courant les sentiers sauvages autour de chez moi dans le Montana, sourit-il. Avec une bombe lacrymogène en cas de rencontre avec un grizzli, qui sont très nombreux. Courir pendant une bonne heure avant de me mettre à écrire me permet de faire le vide et de me recentrer sur mes priorités. »

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