L’hymne à la taïga de Victor Remizov

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9782714468949Volia Volnaïa,
de Victor Remizov.
Éd. Belfond.
Traduit du Russe par Luba Jurgenson.
388 p., 21 €

Ce roman, ouvert, je dois l’avouer un peu au hasard, vous embarque dans un monde aussi paumé que rude aux confins de la Sibérie extrême-orientale, sur les rives de la mer d’Okhotsk. Dans cette région russe les hommes survivent grâce à la chasse, à la pêche et en vendant des fourrures.

Mais les temps changent avec toujours plus de règlementations et d’interdictions. Notamment depuis la dissolution de l’Union soviétique. « Avant, écrit l’auteur, la région était sept fois plus peuplée. La vie était alors… plus dure, ou au contraire meilleure, ceux qui savent ce qu’est la belle vie n’ont qu’à trancher, toujours est-il qu’elle était plus simple. Dans les petits bourgs de pêcheurs dont la plupart étaient désignés par des numéros, on attrapait et on salait du saumon et du hareng à profusion, de quoi constituer des réserves pour une vie entière. Il y avait un port avec des bateaux de pêche et d’autres embarcations rouillés, à la peinture écaillée. La coopérative achetait aux chasseurs écureuils, zibelines, loutres, ainsi que de la viande de caribou et d’élan. […] Les salaires étaient versés, les internats, jardins d’enfants et crèches marchaient tant bien que mal, les tuyaux de chauffage cassés finissaient par être réparés, même si c’était avec du retard. […] Les gens tiraient subsistance et chaleur essentiellement de leurs potages, des rivières et de la forêt, aussi croyaient-ils leur avenir assuré.  »

Petit à petit les conditions se sont dégradées : « On cessa de virer les salaires, les entreprises fermèrent les unes après les autres. Les bateaux disparurent du port, les équipes de pêcheurs désertèrent la rive. Ceux qui avaient où aller et qui se sentaient capables de vivre ailleurs partirent. D’autres supportaient tout. Ils avaient beau pester contre les autorités, le lointain pouvoir moscovite… que pouvaient-ils faire ? Les gens proches de la nature – et il n’y avait pas plus proche de la nature que le bourg de Rybatchi – savaient parfaitement que la vie suivait son cours naturel, à l’instar de la grande rivière rebelle au bord de laquelle ils vivaient. On ne pouvait ni l’arrêter ni lui faire rebrousser chemin. Il fallait attendre comme pendant les crues. »

En attendant d’hypothétiques jours meilleurs et pour s’affranchir des règlementations en place, les gens du village se résigneront pendant des années à payer des pots-de-vin aux autorités locales chargées de les faire appliquer. Jusqu’au jour où l’un de leurs chefs décide d’appliquer la loi destinée aussi à protéger des espèces en danger et que l’un des chasseurs refuse de céder et de fuir dans la Taïga déclenchant une chasse à l’homme…

Nous n’en dirons pas plus sur ce roman passionnant sinon qu’il s’inscrit dans la littérature de ce pays, avec des héros viscéralement attachés à la nature sauvage qu’ils habitent et partageant le même goût immodéré de la vodka… On voyage à pied ou à bord de véhicules d’un autre temps à travers l’immensité de la taïga, ces fleuves immenses, ses forêts de mélèzes…

L’auteur nous décrit avec intelligence, finesse et humour, une Russie post-soviétique, entre traditions et modernité, liberté et contrainte, gangrénée par des pratiques mafieuses. Et pour cause, il connait parfaitement cet univers. Pendant des années, il a travaillé en tant que géomètre expert dans la taïga, avant de se tourner vers le journalisme et l’enseignement de la littérature russe. Volia Volnaïa est son premier roman, en cours de traduction dans de nombreux pays. Victor Remizov vit à Moscou avec sa famille et travaille à son deuxième roman.

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