Le culot, ça paye !

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IMG_0315Paris, Gare de Lyon. 19 h 19. Message du chef de bord : « Les personnes accompagnant les voyageurs sont invitées à quitter le train. Le départ est imminent ».

Une dernière accolade, un sourire résigné, une petite larme  séchée d’un revers de manche, une poignée de main, un dernier baisé… le temps est venu de se séparer. Ils et elles se frayent un passage vers la sortie, croisant quelques retardataires en quête d’une place libre.

Ma voisine de droite est une dame toute ronde, aux cheveux rouges, aux doigts potelés qui  à peine assise, s’est mise à gober goulument des nouilles chinoises luisantes de graisse. Celle de gauche, une grande gigue aux jambes interminables n’en finit pas de s’installer produisant un maximum de bruits et de mouvements.

« Mesdames et messieurs, s’il vous plait »…. Un blondinet d’une trentaine d’années, mal rasé, rondouillard, à la voix de crécelle, déboule voiture 8. « Excusez-moi, il me manque 10 euros pour que je puisse prendre mon billet de train. S’il vous plaît… C’est urgent, je suis en galère…. Le train va partir, il faut que je rentre chez moi. Il ne me manque que  dix euros. Dix euros… » Il remonte le couloir, l’oeil aux aguets, affectant un air désespéré. Il semble essoufflé et au bord des larmes.

Une jeune fille fouille fiévreusement dans son sac et lui tend en s’excusant  presque une poignée de pièces… L’acte de générosité en provoque un autre puis un autre… Il encaisse lâchant avec parcimonie quelques « mercis » furtifs avant de disparaître.

Je n’ai aucune idée combien cette grossière comédie quasi quotidienne lui rapporte, mais ce jeudi soir la récolte semblait particulièrement bonne.

J’aimerais en sourire, me réjouir pour lui, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver un certain malaise à l’égard de ceux et celles qui se  se font avoir…

« Merci mon frère ! »

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IMG_0315Je ne connais ni son nom. Ni son prénom. Il est grand, efflanqué, le teint pâle, les yeux bleus, les cheveux ébouriffés. Il ne tient pas en place. Lorsqu’il vous aborde, pour vous demander une pièce ou deux, il danse d’un pied sur l’autre, se tortille comme s’il essayait de se glisser à travers le chat d’une aiguille.

Je le connais de vue depuis longtemps. Ses yeux me disent qu’il me reconnait lui aussi lorsqu’il me gratifie d’un « Merci mon frère. »

Mercredi soir, en le voyant sur le quai de la gare de Lyon, je lui ai trouvé une bien mauvaise mine. Le dos est vouté, la tête dans les épaules comme pour se protéger d’un mauvais coup de la vie.

De blanc, le teint de sa peau a viré au gris. Il est agité, les yeux égarés. Les bons mots et les citations d’auteurs sont remplacés par tirades qui n’ont de sens que pour lui. Lorsqu’il s’approche des usagers ses derniers tentent de l’éviter.
Je lui fais cadeau de la monnaie au fond de mes poches. Il me remercie puis tourne sur lui-même, les pieds nus dans des mocassins crasseux. Battant des bras comme un oiseau sans plume.

Il aborde une femme qui vient d’allumer une cigarette. Il lui en demande une, un brin de sourire aux lèvres. Elle sort le paquet, le lui tend avec un briquet. « Prenez ce que vous voulez. »

Il en prend une délicatement et tourne à nouveau sur lui-même. D’un geste précis, elle le rattrape délicatement par le bras. Lui prend la main. Il lève la tête vers le ciel pour sermoner un pigeon…

Elle pose une grosse poignée de cigarettes dans le creux de sa main en lui souriant. Il la remercie avant de se fondre dans la foule.