Allo ? Oui c’est moi. Je suis dans le train

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téléphone trainLundi 3 mars. Train du retour. 19 H 23. Toutes les places dans la voiture bar sont réservées. Je me  résigne à aller m’asseoir à ma place 52, voiture 8. J’attends sur le quai la dernière seconde pour monter.  Autour de moi, des  fumeurs, des  amoureux, des resquilleurs…

L’agent de quai, une jolie jeune fille d’origine africaine outrageusement tartinée de fonds de teint, me fait comprendre en souriant qu’il me faut monter dans le train. Comme un patient chez le dentiste, je monte. La porte coulissante s’ouvre. La voiture est pleine à craquer.

C’est bruyant, odorant.  Je trouve ma place à côté d’une jeune fille qui ne semble pas très ravie de m’avoir à ses côtés. Elle pianote des SMS sur son smart phone. J’imagine qu’elle écrit un truc du genre : « Ya un vieux, barbu bedonnant, qui squatte la place à côté de moi. Fait chier… LOL »

phone

Je m’installe. J’incline mon siège. Je sors mon livre. Le train démarre. Je pique du nez. La routine.

Oreille gauche

Allo ? Allo ? Oui, c’est moi. Tranquille la vie ? Je suis dans le train. (silence) Oui mon pote je suis en vacances. J’arrive. Tu fais quoi demain ?  Tu bosse ? Ah Ok.  Allo ? Allo ?  P. de sa race, ya plus de réseau… (Le jeune homme à l’accent franc-comtois prononcé râle). On est dans un tunnel (commente-il en s’adressant à lui-même).

Allo ? Oui c’est moi. (Silence) Je suis en vacances. Tu fais quoi demain ? Ton toit ? Génial, je passerai t’aider si tu vœux. Après on peu aller boire une mousse ? (silence) Tu déconnes ? (crie-il). Ok . J’y crois pas…. C’est super méga-génial. Ok on se voit  demain.

Oreille droite, sur le siège devant moi.

Allo ? Samantha ? C moi. Qui moi ? (Rire vulgaire). C’est Blandine. Tu m’avais pas reconnue ? Oui ça va. Je suis dans le train.  (Silence) J’arrive  à 21 h 30. Oui ? Allo ?  Un kebab. (Silence). Avec un Orangina.  (silence) Arrête fallait pas.  (Silence) Ok , à plus…

Oreille Gauche

Allo ? Allo ? (Silence). Oui c’est Xavier. J’arrive demain.  Je suis en vacances. Je téléphonais pour prendre de vos nouvelles et pour qu’on se fasse une petite bouffe.

Oreille droite

(Blandine est remontée comme une horloge comtoise)

Je vais lui démonter sa race à cette bouffonne si elle continue a parler sur moi. (Silence) Je suis vénère tu peux pas savoir…

Dans mon dos

Une grosse voix masculine

Vos gueules….

Oreille droite

…. Ya de la neige aux Fours ? (Silence)  j’y ferais bien un tour. Je suis en vacances. Après je serai aux Etats-Unis (silence). Oui, je sais, c’est la classe…

Oreille gauche

… Elle a dit quoi ?

Oreille droite

… Je suis en vacances. Pour deux semaines…

Oreille gauche

… Quand je vais l’attraper cette chaudasse, elle va pleurer sa mère.

J’aurais envie de hurler. Mais je préfère lâchement  quitter les lieux en quête d’une autre place. Je suis à peine levé que la jeune fille pose son sac-à-main sur le siège encore chaud, d’un air de dire : maintenant c’est plus la peine de revenir.

Comme aurait pu le dire la SNCF : « Une communication ne vaut que si elle est partagée par tous.  »

Valise à roulettes, je te hais

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en ordre de batailleOn la croise partout, sous différentes formes, tailles, couleurs. Dans les aéroports, les grandes surfaces, en ville, à la campagne, sur le chemin de l’école, du travail et dans les gares. Il s’en vendrait plus de deux millions par an dans l’Hexagone.

Quelle que soit l’heure, de la journée ou de la nuit, à l’arrivée ou au départ d’un train, chaque jour, c’est le même festival de valise à roulettes qui s’enclenche. Le bruit entêtant de centaines de petites roues sur le ciment, les passerelles en bois ou en acier vous vrille les tympans. Si vous ne faites pas attention, la probabilité de vous faire écraser les pieds, d’avoir les tendons sciés, ou de trébucher monte en flèche.

Si vous êtes pressé, éviter l’escalier mécanique. Le  flux de voyageurs peut être bloqué à tout moment par un voyageur qui s’arrête, sans crier gare,  pour chercher comment rentrer la poignée télescopique de sa valise  et en haut,  comment la sortir…

J’en suis conscient, cette haine n’a rien de rationnelle. Elle frise le ridicule. Il serait préférable d’apprécier cet objet pour le confort qu’il procure aux usagers. Mais c’est plus fort que moi. Je déteste cet objet. En particulier celle avec quatre roulettes, si facile à tirer, qui change de direction sans le moindre effort pour mieux faucher l’usager rêveur ou mal réveillé…

Ce lundi 3 mars matin, à l’aube,  j’ai failli craquer lorsqu’une quadra brune, aux lèvres pincées, tractant une grosse valise grise a commencé à faire d’innombrables allers et retours fiévreux autour de moi comme un papillon de nuit dans la lueur d’un réverbère.

A chaque passage, pour l’éviter,  je devais reculer d’un ou deux pas. Jusqu’au moment où bloqué par un mur, mes pieds n’ont pas échappé aux roulettes, déséquilibrant sa valise qui terminera sa course  sur une roue et dans les jambes d’un autre usager.

Madame…  criais-je alors excédé. Madame… Elle se retourne, interloquée.

Votre valise. Faut faire attention.  Vous n’arrêtez pas de me couper la route depuis dix minutes, de passer et repasser. Ça suffit.

Elle me regarde la mine défaite. Ne sachant que répondre. Profitant de l’annonce du départ imminent  du train, elle s’éclipse sans se retourner,  suivi de près par sa grosse valise.