United colors of usagers

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244574_des-billets-sncfAvec mes allers et retours quasi quotidiens, je ne sais jamais avec qui je vais  terminer ma nuit.  S’agira-t-il d’un homme ? d’une femme ? Sera-t-il âgé ?jeune ?  Gros  ou maigre ? Aimable ? Malodorant ? Parfumé ? Envahissant ? Discret ?

A chaque jour sa bonne ou mauvaise surprise :

Lundi

Besançon.  Un curieux  monsieur, corpulent, se glisse discrètement à côté de moi, en jetant des regards inquiets autour de lui. Lorsque le chef de bord (contrôleur) passe quelques minutes plus tard,  pour, selon la formule consacrée, contrôler les « titres de transport », ce dernier lui demande :

«Alors, vous avez trouvé ?

Non, répond l’homme plus inquiet que jamais avant de se lever et s’éloigner en répétant :  « Je dois absolument retrouver la compagnie A. Je dois absolument …

Mercredi

photo 2Je me réveille pour découvrir une femme d’une soixantaine d’années, dégageant une odeur de tapis de sol de tente de camping à mes côtés. Le genre institutrice à la retraite, raide, cassante,  qui recouvre les livres qu’elle emprunte au club  de lecture de l’amicale laïc de son quartier d’un film plastique transparent.

Le genre à vous fusiller du regard dès que votre coude ou votre genou l’effleure mais qui ne cesse de tricoter des jambes, de déballer et remballer des petites douceurs sucrées qu’elle mâche longuement et  bruyamment.

Jeudi

Un jeune cadre longiligne, la cinquantaine,  à l’élégance apprêtée, barbe grisonnante de trois jours,  écharpe cachemire à rayures bleu et gris, gilet en velours noir, nœud de cravate lâche, le genre mannequin de catalogue de prêt à porté…

Vendredi

Une grande dijonnaise aux longs cheveux châtains, âgée d’une vingtaine d’années,  s’installe à mes côtés. Elle se met à lire L’insoutenable légèreté de l’être en format poche…  tout en décortiquant un pain au chocolat du bout des doigts…

Sa garde-robe est impressionnante : jean de marque, pull norvégien, d’étonnant bottillons en caoutchouc griffés Aigle by Liberty art Fabric… Soit plus d’un mois de mon salaire sur le corps si l’on additionne le tout, du parfum vanillé à sa coiffure en passant par le maquillage, le sac à main, le téléphone, la tablette…

Hypersensibilité aux ondes

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1743172_3_22dd_dans-son-nouvel-avis-sur-les-radiofrequences_9c067bc1a1bbc890b5afbe0f9ad10aa2Mercredi 11 décembre 19 H 30 Voiture 4

Je suis installé tranquillement dans la voiture 4 du train 6707 à destination de Mulhouse ville, je bouquine, j’écris, je dors, la routine quoi!

Un grand type sentant la vanille, en survêtement vert, les bras chargés de livres truffés d’annotations et de post-it fait les cent pas, l’air préoccupé, entre la voiture 5 et le bar de la voiture 4 qui est quasiment vide à l’exception de deux habitués. Il y a de la place partout…

Pourtant sans prévenir, le monsieur se glisse lourdement en face de moi, sans  un regard. Il se met à lire un roman de Laurent Gounelle, « Le philosophe qui n’était pas sage ». Un écrivain spécialiste de la philosophie, de la psychologie et du développement personnel….  à propos duquel un journaliste de Libération a dit qu’il avait « l’itinéraire » professionnel « d’un poulet décapité… »

Je poursuis ma lecture que j’interromps  pour regarder l’heure sur mon portable. J’ai à peine sorti l’outil de ma poche que l’homme m’annonce sans lever les yeux que »  je perd mon temps  car il n’y a pas de réseau. Je le sais, poursuit-il aussitôt,  je suis hypersensible aux ondes, dès qu’il y en a, j’ai des problèmes de mémoire, les oreilles qui sifflent, le nez qui coule, les yeux qui pleurent… »

Il m’annonce qu’il a changé de voiture car il ne supportait plus tous ces gens qui téléphonent ou surfent avec leurs tablettes numériques.  Ne souhaitant pas être tenu pour responsable du déclenchement des effets secondaires mentionnées plus tôt, je range mon téléphone.

Il me parle des contrôleurs dont cette hypersensibilité est en passe de devenir une maladie professionnelle reconnue…

Dernière nous un grand blond empestant la cigarette froide, que je n’avais ni remarqué ni senti jusque-là, se sent obligé de participer à la conversation tout en rassemblant ses affaire pour descendre du train à Dijon… « Je suis de la partie, je passe mes journées avec des téléphones et je peux vous dire que je suis en bonne santé… »

L’homme au survêtement vert lui emboite le pas avec ses livres dans les bras… Soulagé, j’incline mon siège. A peine la tête en arrière, je sombre dans un délicieux sommeille au pays des ondes..

Lorsque je me réveille une vingtaine de minutes plus tard à l’approche de Belfort, je constate que l’homme est en face de moi, entièrement recouvert d’une sorte couverture en aluminium.

Comme la tunique d’un membre du Ku Klux Klan tendance disco.

Cette tunique lui couvre, tête comprise, l’ensemble de son corps jusqu’aux genoux. C’est le bas du survêtement vert qui me permet de savoir qu’il s’agit de lui.

M’a t-il entendu ouvrir les yeux, ou penser. Toujours est-il, qu’il m’annonce qu’entre Besançon et Belfort les ondes sont si agressives qu’il est obligé se se protéger…