Confessions d’un resquilleur en série

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244574_des-billets-sncfQui dit train, dit resquilleur… L’un ne semble pas aller sans l’autre.

Il en existe de toutes sortes : des passifs fatalistes qui voyagent sans payer et se font verbaliser sans broncher ; des actifs qui font tout pour échapper aux contrôleurs, qui multiplient les astuces.

Il y a les acteurs, compteurs, embrouilleurs, baratineurs de toutes sortes qui arriveraient presque à se faire passer pour des usagers intègres…

Il y a aussi les prédateurs, les agressifs, les psychopathes… ceux que les contrôleurs redoutent par dessus tout, pour leurs réactions imprévisibles.

5 h 55, Belfort. Le train à destination de Paris, entre en gare. Les portes s’ouvrent quelques passagers descendent, se frayant péniblement à travers ceux et celles, nombreux ce matin à attendre suivis de leurs valises à roulettes, de monter.

Un jeune black descend avec le contrôleur sur les talons. Il gesticule et vocifère distribuant généreusement des regards menaçants à la ronde.

Tu devrais avoir honte, espèce de bouffon. Mon grand-père c’est battu pour la France. C’est comme cela que tu le remercies… Une voix lance lui répond : « La France, tu l’aime ou tu la quitte ». Malaise. Le jeune homme, cherche du regard qui vient de lui parler.

Les usagers font mine d’ignorer la scène, certains sont visiblement agacés par le ralentissement occasionné.

Le contrôleur, les manches retroussées, les joues écarlates, serre les points pour garder son calme. Il acquiesce avec un sourire crispé aux invectives qui deviennent de plus an plus insultantes et provoquantes tout en souhaitant la bienvenue aux nouveaux clients.

Voilà une journée qui commence sur les chapeaux de roues.

Depuis bientôt un an, je ne crois pas avoir pris le train une seule fois sans voir des resquilleurs se faire verbaliser. Certains sont des multirécidivistes comme ce grand gaillard athlétique et beau gosse, que nous appellerons Gérard. Voilà des semaines qu’il prend le train de 19 H 23 pour Dijon. Il n’a pas de bagage. Il voyage les deux mains dans les poches un casque sur les oreilles. C’est sur le quai que je lui adresse la parole alors qu’il vient de me demander si j’avais une cigarette à lui donner.

« Je connais la plupart des contrôleurs. Ils ont chacun leurs habitudes. Avant de monter, je regarde qui est là, il y en a avec qui j’ai eu de méchantes embrouilles, je les évite. Comme le vieux moustachu, un type de Besançon. Il est fou lui, il contrôle plusieurs fois. C’est un teigneux. Il ne lâche pas l’affaire tant qu’il ne t’as pas viré du train. Le moustachu, il adore envoyer la cavalerie. Un comité d’accueil qui te fait la morale en te raccompagnant vers la sortie… Il y a aussi une meuf balaise avec les cheveux teints en rouge. Une fois elle m’a empêché de monter dans le train à Paris. On aurait dit qu’elle était prête à se battre. Mais les vrais méchants son rares. »

« Y en a, poursuit Gérard, je sais où ils contrôlent, je me place à l’autre bout du train. Si le train est bien plein, le temps qu’ils arrivent jusqu’à moi, on est à Dijon… Y en a qui contrôlent jamais les premières classes. Ou qui contrôlent pas tout court… Y a ceux qui font une ou deux voitures histoire de mettre leur machine en route et qui vont draguer l’hôtesse du bar. Dans les duplexes c’est plus facile, tu vas en haut quand ils sont en bas. Certain peuvent pas se blairer alors ils contrôlent séparément. Un en haut, l’autre en bas. C’est pas bon pour nous. »

Je lui demande si le fait de voyager sans payer ne lui pose de problème de conscience. Il éclate de rire. La conscience, tu es drôle. La SNCF elle nous plume avec des tarif de ouf. Je rétablis l’équilibre… »

 

La SNCF , une grande famille ?

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Lorsque l’on voyage quotidiennement  en train, on en vient assez vite à se faire des « amis ». Des usagers qui comme vous passent autant de temps dans les transports qu’au boulot. Une sorte de « fraternité du rail » se développe immanquablement.

Et plus si affinité

Elle commence par des petits regards échangés, des bonjours timides, des serrages de main, des bises et plus si affinité (des couples se seraient formés sur les rails !). CGV Mon forfait annuel

Cette fraternité concerne les usagers au forfait (annuel, mensuel ou hebdomadaire, dans une certaine mesure les carte fréquences…. ) mais aussi et surtout le personnel de la grande maison SNCF.

Leurs petites habitudes

La vie des agents de bord (contrôleurs pour les occasionnels) n’a plus de secret pour vous. A force de les croiser, ont connaît leurs petites habitudes, leurs âges, leurs destinations de vacances habituelles, leurs situations conjugales, les frasques de leurs enfants, les bonnes et le mauvaises notes, leurs petits et grands soucis, ce rhume,  cette douleur au dos et aux genoux qui traînent…   Comme si vous étiez un membre de leur famille…

Un traitement équitable

Partant de ce constat, il semblerait normal, équitable, juste… que nous bénéficions des réductions et autres avantages accordés aux agents de la SNCF et à leurs familles.

244574_des-billets-sncfLe tout récent rapport annuel de la Cour des comptes, rendu début février, soulevait la question de la gratuité et des réductions accordées par la SNCF à ses agents, mais aussi à leur famille, au sens très, très large.

Cette politique tarifaire, dont le coût demeure inconnu, mais qui peut être estimé entre 50 et 100 millions d’euros par an, bénéficierait à plus de 1 100 000 personnes, dont seulement environ 15 % de cheminots en activité. Comme on le dit à la SNCF, le bonheur ne vaut-il pas que s’il est partagé par tous ?