Le paradis pour un chewing-gum à la fraise

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Vendredi matin 15 septembre, dans le TGV de 6 h 07, il semblerait que je sois passé à côté du pire, vous savez, la petite lumière dont on parle.

Tout avait pourtant bien commencé. Comme d’habitude, je me suis assis place 114 voiture 8. Le siège était encore dans la position où je l’avais quitté la veille, en position inclinée, le trognon de pomme et les épluchures d’orange dans la poubelle.

J’ai glissé mon casque audio (à réduction de bruit!) sur mes oreilles, déplié mon ordinateur, tapé quatre ou cinq fois mon mot de passe avant de trouver le bon et je me suis mis à écrire en mâchant un gros chewing-gum à la fraise (sans sucre !) censé, en principe, m’empêcher de piquer du nez…

J’ai dû effectivement écrire quelques lignes, pas très inspirées, avant que Morphée ne prenne le dessus. À vrai dire, je ne me souviens plus de rien, sinon du sentiment d’étouffer avec lequel je me suis brutalement réveillé… Quelque chose de gluant et odorant m’empêchait d’avaler et de respirer. Pris de panique, je me suis redressé en toussant jusqu’à l’expulsion du chewing-gum…

Alors que cherche en tremblotant un mouchoir dans mon sac pour m’essuyer la bouche et les yeux qui empestent la fraise, je sens une timide pression sur mon bras gauche. Je tourne la tête en direction de la voix féminine qui m’interpelle :

Monsieur ? Monsieur ?

J’enlève mon casque faisant tomber ma casquette et mes lunettes que je m’empresse de remettre. Ma première vision est celle d’un chemisier blanc bâillant sur opulente poitrine caramel ballotée par le roulis du train lancé à pleine vitesse, la seconde, celle d’un visage souriant mais inquiet, illuminé par des yeux émeraude et des lèvres pulpeuses.

Vous allez bien ?

Oui.

Monsieur, vous m’avez fait peur, dit-elle avec délicieux accent nord-africain tout en retournant s’assoir. Vous dormiez et d’un coup vous avez commencé à tousser et à gesticuler comme si vous étiez en train de vous noyer. Vous m’avez vraiment fait peur, la vérité, rit-elle soulagée et superbe…

Et moi donc, lui réponds-je, en riant benoitement, tenté d’ajouter que pendant un instant je pensais même être arrivé au paradis…

Une belle brune peut cacher une déprimée

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psycho_bipolaireC’est une superbe brune aux cheveux longs, élancée, élégante que de nombreux regards convoitent avec gourmandise ou avec jalousie. Je la croise régulièrement.

Comme à chaque fois, elle me salue en jouant de la prunelle, me tutoie comme si nous étions les meilleurs amis du monde.

Ce matin elle est assise à côté de moi dans le carré famille  avec une de ses connaissances et le dernier numéro de Psychologie magazine.  Son compagnon du jour, est un intime du Paris/Dijon de 7 h. Il me fait penser à Bernard Werber, l’écrivain aux fourmis, mais le modèle avec des cheveux, un sac à dos et un parapluie.

Elle lit un article intitulé « Je veux des fesses fermes ! »  Sans crier gare, elle referme  le magazine, et lâche à la cantonade : tu sais quoi?  Je suis fatiguée, épuisée, usée…

Tu travailles trop. Je suis sûr que tu es encore rentrée avec le train de 20 heures 15 ?

Effectivement. Et cela fait une semaine que je prends ce dernier train.  Mais je n’en peux plus. En plus mon fils me reproche de rentrer trop tard… Il m’attend pour manger, se laver, se coucher…  J’ai l’impression que la vie que je mène depuis quatre ans n’a aucun sens… Ces allers et retours… Ces heures dans les trains….  J’habite toujours chez mes parents. J’élève seule mon fils. J’aimerais acheter mais je n’arrive pas à mettre suffisamment d’argent de côté. Je dépense plus que je ne gagne. Je ne sais pas comment les gens font. Toi par exemple ?

Il  l’écoute religieusement. C’est simple. Comme toi j’ai des envies, des pulsions. Lorsqu’il m’arrive de rentrer dans un magasin et que je vois quelque chose qui me plaît, je me pose la question suivante : En ai-je vraiment besoin ? La plupart du temps la réponse est négative. Tu devrais faire la même chose…

Hier, entre midi et deux, j’ai dépensé 350 euros pour une paire de chaussure que je n’utiliserai pas. C’est plus fort que moi. Dépenser de l’argent me fait oublier mes soucis. Mais après, je culpabilise.

L’intensité dramatique est telle à cette instant que je suis à deux doigts de fondre en larme. Son coach semble tenté de la prendre dans ses bras.

350 € ? Pour des chaussures? Tu te rends compte? (Il semble interloqué). Tu rajoutes 400 €  et  commence a acheter un 85 m2 au centre de Dijon…  Il faut se fixer des objectifs pour les atteindre. (On croirait entendre le moine Kwai Chang Caine s’adresser à Petit Scarabée dans la Série Kung FU) Un chaque jour. que tu note. Il te faut quelqu’un pour t’aider, t’épauler…. (vas-t-il enfin lui déclarer sa flamme? ) Je suis sûr que quelque part, à l’heure qu’il est, quelqu’un pense à toi…

Merci tu es trop chou. Elle pose brièvement  sa main sur la sienne.

Tu sais quoi?

Non

Ta femme a beaucoup de chance. Il me faut un homme comme toi, plaisante-elle. En attendant de trouver la perle rare, la semaine prochaine j’ai rendez-vous avec un hypnotiseur. Il paraît qu’il fait des miracles. Ma belle-sœur a perdu 20 kg depuis qu’elle le voit….

Ravalement de façade expert

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maquillage

Train du petit matin. Une brune longiligne, d’une trentaine d’années, au minois de porcelaine est à mes côtés.  Elle dort, assise en biais, serrant très fort un smartphone dernier cri. Elle a les genoux remontés  jusqu’au menton, un foulard sur les yeux.

Son téléphone vibre. Elle se déplie, s’étire, lit un message qui provoque un sourire langoureux. Elle répond en se mordant la lèvre inférieure.

Elle rassemble ses petites affaires, me  regarde avec un sourire d’attachée commerciale.

– Pardon, je dois…

– Pas de soucis… Je me lève pour la laisser passer.

– Merci.

Elle prend en direction de la voiture bar et revient une dizaine de minutes plus tard avec un café et  un croissant qu’elle va éplucher du bout des doigts en récoltant les miettes sans le creux de sa main, le regard mouillant dans le paysage bourguignon qui défile.

Lorsqu’elle a terminé, elle enclenche, une sorte de nettoyage interne horripilant en faisant des moulinets avec sa langue, la bouche fermée.

Puis  elle s’excuse a nouveau  d’un air faussement désolé.

Je me lève, elle prend la direction des toilettes en ajustant les pans de son chemisier.

De retour,  elle sort une petite  trousse de son sac à main. D’où elle extrait toutes sortes d’outils : flacons, tubes, lotions, pinceaux, miroirs, brosses.

Avec la concentration et la précision d’un chirurgien, elle s’occupe d’abord de ses ongles… L’odeur du produit est à la limite du supportable. Pendant qu’il sèche, elle admire son travail avant de passer aux différentes parties de son visage.

Lorsque le train entre en gare une demi-heure plus tard,  il faut reconnaître que la transformation est si frappante que je me surprends à lui dire bonjour.

Comme ont le dit à la SNCF, le changement ne vaut que s’il est partagé par tous…