J’espère que vous n’aviez pas l’intention de dormir ?

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Ce matin, à 6 heures, le quai de la gare de Belfort TGV fourmille d’hommes en costumes sombres et chemises blanches. La plupart ont entre 50 et 70 ans, du ventre, un double menton, la calvitie, des chaussures impeccablement cirées et une valise à double roulettes, le must.

Quelques femmes les accompagnent. Elles se tiennent en retrait à battre des pieds pour se réchauffer.  Ces hommes semblent se connaître. Lorsqu’ils se croisent, ils échangent de longues poignées de mains en souriant comme des vendeurs de voitures d’occasion. En captant des bribes de conversation, j’ai rapidement le sentiment d’avoir à faire à des élus de la région en route pour la capitale.

Après un premier message annonçant le départ du train à 6 h 07 du quai 4, un leader se détache. Ce dernier, grand, sec à la mâchoire carrée, parle fort, arpentant le quai comme un chef d’escadron de cavalerie avant d’envoyer ses hommes au feu au lever du jour…

Les troupes sont rassemblées.  Deux personnes manquent  à l’appel. Il espère qu’ils ne se sont pas trompés de gare entre Belfort Ville et Belfort TGV ou d’heure de départ « comme l’année dernière ».

Il tente de les joindre sur leur téléphone. Tombe sur leur messagerie. Fait part de son agacement à ce qui semble être son assistante. Une grande brune en tailleur sombre qui trottine dernière lui perchée sur des talons interminables.

Les voilà, soupire-t-elle en pointant un index accusateur sur deux hommes qui arrivent tranquillement sur le quai.

Vous étiez où ? Demande le leader avec une pointe d’agacement…

Au café, répondent, en coeur les deux larrons…

Ils ont les joues bien rondes et bien rouges, le ventre protubérant et la bonne blague au bout de la langue.

En admirant ces deux magnifiques spécimens de boute-en-train, je me prends à implorer le hasard de leur avoir attribué des places loin de moi.

Le train entre en gare. S’immobilise, les portes s’ouvrent avec fracas. Les deux compères se fondent dans la foule qui se presse aux portes, en amusant la galerie…

À l’arrière, le leader aiguillonne les retardataires, les invitant à monter « sans tarder » à bord des voitures 7 et 8. Ce qui n’est pas du goût de certains qui se mettent à râler…

Dans le train qui démarre, c’est la pagaille. La cour de récréation. Les passagers qui étaient déjà à bord et dormaient pour la plupart, observent le spectacle médusés et inquiets.

Après toi, dit l’un.

Non vas-y toi, répond l’autre.

C’est quoi ma place ? La 87?

Non, c’est la mienne… Toi c’est la 86.

Ma valise est trop grosse, elle rentre pas, (rire gras).

Met de l’huile et pousse un grand coup sec…. (Rires gras)

Le train part dans quel sens ? demande une dame…

Comme ça, mime une autre avant de faire le geste dans le sens inverse….

Il faut que je sois dans le sens de la marche sinon je vomis, prévient en riant un petit homme trapu et pansu.

J’arrive à ma place, déjà fatigué et résigné… Il y a des jours comme ça…

Je m’assois, deux voix familières me lancent un tonitruant :

« C’est vous qui êtes à côté de nous ? demande le premier boute-en-train. J’espère que vous que vous n’aviez pas l’intention de dormir ? Conclu le deuxième….

Stupeur et ronflements

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225px-SMirC-zzz.svgCe matin, je suis motivé. Au lieu de dormir, je vais terminer la chronique de l’excellent Mapuche, de Caryl Férey. Une toute petite chronique pour un très grand livre que je recommande d’autant plus  chaudement que je suis passé à côté au moment de sa sortie en grand format en 2012  alors que les critiques étaient unanimement positives.

Les conditions pour travailler sont optimales. La plupart des usagers dorment.

Je déplie mon portable, tape mon code (plusieurs fois), le titre du roman, les références… et je réfléchis à la manière d’attaquer mon papier.

La tête de mon voisin, qui dort profondément, bascule en avant. Une position qui déclenche aussitôt des ronflements impressionnants. Petite pression de mon coude sur son avant-bras. Le ronflement persiste. Je tire sur le scratch de sac. Une fois, deux fois, trois. Le bruit réveille ma voisine sur ma gauche. Elle me fusille du regard. La jeune fille sur le siège devant moi se retourne brièvement.

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Anti-ronflement. Gratuit et sans ordonnance !

Les ronflements continuent. Mon voisin a des bouchons d’oreille. Jugeant qu’il y a préméditation de sa part, je martyrise les touches de mon portable avant de lui planter mon coude dans le bras en toussant comme un bronchitique chronique.

Il relève la tête. Ouvre un œil.

Je m’excuse… tout en tentant de réfléchir à la suite de mon papier. Les ronflements reprennent alors que sa tête a basculé en arrière.

Il y a des jours où, avec la meilleure des volontés, on arrive à pas grand-chose.