Avec Tobby Rolland et « La Dernière Licorne », partons à la recherche de l’Arche de Noé

Poster un commentaire Par défaut

D’ordinaire, les « thrillers ésotériques » me barbent assez vite. Mais faut reconnaître que ce premier roman  est bien ficelé.  Signé par un haut fonctionnaire mystérieux, il nous emmène aux quatre coins du monde à la recherche des reliques de l’Arche de Noé. Tout un programme…

LICORNE« La Dernière Licorne »
de Tobby Rolland, Éd. Presses de la cité,
594 p., 22 €

En Turquie, dans une tribu kurde vivant sur les flancs du mont Ararat, à 3 000 mètres d’altitude, la jeune Aman reçoit un collier de sa mère faisant d’elle la gardienne d’un secret millénaire. Elle est dans la foulée prévenue que « des milliards de vies sur cette terre dépendent désormais d’elle ».

« C’est le secret transmis par notre plus vieil aïeul, Aman. (…)

Il fut le premier à monter jusqu’ici ?

– Non, Aman, non, il ne monta pas sur l’Ararat. Il en descendit !

Un chapitre et deux pages plus loin, l’auteur nous catapulte au Vatican. L’intrépide Zak se prépare à se faire enfermer pour la nuit dans la Bibliothèque apostolique vaticane, « la troisième au monde par le nombre de livres qu’elle abrite : près de deux millions, rangés sur plus de quatre-vingts kilomètres de rayonnages. Livres liturgiques mérovingiens, évangéliaires médiévaux, exemplaires en vélin de la Bible, Codex aztèque… » Lui, ce qui l’amène, c’est le livre d’Enoch…

Retour en Turquie, puis en Arménie. Des mercenaires patibulaires, « trois Arméniens, un Iranien, deux Turcs, un Géorgien, un Kazakh et quelques autres sans patrie », font irruption dans la cathédrale arménienne Sainte-Etchmiadzine, en pleine célébration. À la pointe de leurs armes, ils exigent la clé du reliquaire contenant le fragment de l’Arche de Noé. Un mystérieux touriste français échappe au massacre des témoins…

Le puzzle se met en place, les scènes s’enchaînent, les personnages défilent. L’auteur nous embarque à travers le monde, se payant même le luxe de nous faire voyager dans le temps en 4372 avant J.-C.

C’est un premier roman, avec quelques délicieuses invraisemblances, mais ce mystérieux haut fonctionnaire maîtrise. Il a compilé des tonnes d’informations sur des siècles et des siècles d’histoire… La quête de l’Arche de Noé, traditionnellement située au sommet du mont Ararat, excite les esprits depuis les débuts de l’ère chrétienne. Ils sont encore nombreux à l’escalader pour y trouver les reliques du bateau qui sauva l’humanité. Des plus sérieux aux plus farfelus…

Que l’on soit client ou non du thriller ésotérique, ce roman qui dénonce la folie des hommes et les effets d’une logique poussée à l’extrême est divertissant, dépaysant, troublant et enrichissant (on y découvre des pans entiers de l’histoire des religions et des pays dont on ignorait l’existence !), avec du suspense à gogo, des héros qui ont la vie dure et de vrais méchants.

Sieste, songes et jeux d’enfants

Poster un commentaire Par défaut

L’après-midi, j’adore m’accorder une petite sieste.  Mes nuits n’étant jamais assez longues, cela me permet de récupérer.

Pour que ce moment soit vraiment parfait, j’aime avoir mes enfants à proximité. Les écouter lorsqu’ils jouent  m’aide à glisser au pays des souvenirs, à l’époque où le vieux canapé du salon de mes parents  était pour moi un cheval impétueux, un vaisseau, ou une forteresse imprenable…

IMG_0040IMG_0041IMG_0042IMG_0043IMG_0044

 

 

Altamond 69, une enquête fascinante de Joel Selvin

Poster un commentaire Par défaut

La passionnante collection dirigée par Philipe Blanchet depuis des années nous propose une fois de plus une enquête fascinante sur ce groupe mythique que sont les Rolling Stones et ce moment qui a marqué leur histoire et celle du rock.

Altamont 69, Les Rolling Stones, les helles Angels et la fin d’un rêve,
de Joel Selvin. Ed. Rivages Rouge.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Stan Cuesta.
300 p., 24 €

ALTAMONDCe qu’en dit l’éditeur :

Le 6 décembre 1969, un grand festival gratuit réunit, devant une foule immense, Santana, Jefferson Airplaine, les Flying Burrito Brothers, Crosby, Stills, Nash and Young, Grateful Dead (qui finalement ne jouera pas) et les Rolling Stones, sur le circuit automobile d’Altamont, non loin de San Francisco. Mais très vite, ce qui devait être la réponse de la Côte Ouest aux « trois jours de paix, de musique et d’amour » du festival de Woodstock , tourne au cauchemar.  Une horde de Hells Angels brutaux et défoncés, assurant la sécurité du show, envahissent la scène, rossent plusieurs musiciens et font régner une terreur qui s’achèvera dans la soirée par le meurtre d’un spectateur, alors que Mick Jagger et ses hommes plaquaient les derniers accords de « Under My Thumb ».

Un documentaire de 1970, Gimme Shelter, évoque ces événements à chaud. Ce livre de Joel Selvin est d’une autre nature, et apporte aujourd’hui des éléments inédits et de nouveaux éclairages sur cette Bérézina. A partir de plus d’une centaine de témoignages (musiciens, Hells Angels, policiers, roadies, secouristes, familles des victimes et du tueur…), le journaliste vétéran du San Francisco Chronicle retrace en détail, et parfois avec les accents d’un véritable document « true crime », les nombreux étapes d’un drame qui allait rester comme un des jours les plus noirs de toute l’histoire du rock, détaille les rouages d’une tragédie américaine qui allait faire définitivement faire basculer les sixties peace & love dans une nouvelle ère, plus dure, plus sombre.

Portrait d’un meurtrier par Nan Aurousseau

Poster un commentaire Par défaut

Lorsque je suis tombé sur ce livre, par hasard, je m’étais demandé quelques jours plus tôt ce que l’auteur était devenu.  Je l’ai retrouvé comme  je l’avais quitté, toujours aussi doué…

Des coccinelles dans des noyaux de cerise,
de Nan Aurousseau.
Éd. Buchet Chastel. 222 p., 15 €

COCCINELLESCe qu’en dit l’éditeur :
À Fresnes où il fait un séjour pour vol avec ruse, François partage sa cellule avec Medhi, un cador du grand banditisme. Ce Mehdi, c’est du méga lourd. D’ailleurs, il ignore superbement François qui, de son côté, joue les serviteurs zélés. Au fil des semaines, les intentions de François vont se révéler…
Observateur attentif du genre humain, Nan Aurousseau, dans ce nouveau roman, dresse le portrait fascinant d’un meurtrier hors du commun. Humour noir garanti.

Ce que j’en pense : J’ai lu ce petit roman il y a quelques mois. J’aime beaucoup cet auteur que j’ai découvert comme beaucoup de monde avec l’exceptionnel Bleu de chauffe. Lire Nan Aurousseau c’est voyager au pays des mots, dans une univers noir, mais plein d’humour. Avec des personnages à la marge mais toujours fascinants.

 

Extraits: 
Il y a d’abord ces quelques lignes, les toutes premières du roman : « Un loup dans la jungle, voilà ce que je suis. Un inadapté, un solitaire avec la rage au ventre parce qu’on m’a toujours méprisé. Une gueule un peu en biais, c’est vrai, une carcasse d’oiseau de proie qu’a rien croûté depuis six mois, et alors ? Je suis né dans la mort pour résumer. »
Puis d’autres beaucoup d’autres passages que l’on aimerait citer :
« J’ai d’abord entendu sa mobylette. Elle vient d’entrer dans la caravane. Elle porte des sacs en plastique parce qu’elle vient de faire les courses. Elle a enlevé son casque à pointe. Faut voir la dégaine. Une cloche, quoi, une vraie, avec un gros pif et tout ce qui va avec, gros bide, cul carré comme une machine à laver, cheveux merde de pigeons séchée, mollets de chez Michelin, avec des chaussettes s’il vous plait. Une paire de lunettes vertes. Enfin pour quelqu’un qui serait pas blindé y aurait de quoi se suicider.
(…)
– T’as vu ce temps pourri qu’y fait dehors ?
Je vous raconte pas la voix qui va avec parce qu’on peut pas décrire des choses comme ça, même à des sourds. »
(…)
« J’ai une montre à laquelle je tiens beaucoup. Elle s’est arrêtée le jour de ma naissance. Vous pouvez y croire vous à des choses comme ça ? Eh bien pourtant c’est vrai. Dix heures vingt-sept pile poil. J’en revenais pas. Du coup je l’ai gardé comme ça. C’est bien d’avoir toujours la même heure, c’est moins angoissant que quand ça change tout le temps. Moi ce que j’aimerais c’est que rien ne change jamais. S’il pouvait être par exemple tout le temps midi avec un grand soleil, ou même dix heures dix, onze heures vingt pourquoi pas mais que ça change jamais. C’est peut-être ça le paradis je me dis des fois quand j’y pense, la même heure éternellement. »
(…)
« Si seulement la vie était comme ça, qu’on se laisse traîner jusqu’au bout en restant affalé sur sa banquette avec un ticket aller, sans avoir à penser ni à bouger son cul, comme ça jusqu’au bout, jusque dans le trou avec quelqu’un d’un peu idiot qui parle à votre côté, quelqu’un que vous n’écoutez pas, qui fait comme une musique de fond pour vous endormir. Seulement voilà la vie elle est pas comme ça du tout. Ça dure pas longtemps les voyages, et puis c’est cher, et puis c’est sale le RER et en plus ça va pas loin. Bon Dieu ce que la vie est dégueulasse quand même je me disais. »

Si nous prenions un pot aujourd’hui

Poster un commentaire Par défaut

Si nous prenions un pot aujourd’hui, ce serait à l’extérieur. Après des semaines de pluie, le temps n’est-il pas magnifique ? Chaud avec un délicieux zeste de vent et un ciel bleu subtilement voilé.

Si nous prenions un pot aujourd’hui. Ce serait comme toujours, un grand café noir pour moi, un grand verre d’eau « qui pique » bien fraîche pour toi.

Si nous prenions un pot aujourd’hui. Je te dirais en te regardant dans les yeux : « tu as bonne mine ». Tu me répondrais « toi aussi ! »… Nous nous raconterions nos vacances avec les enfants. Les bons moments, les surprises, bonnes et moins bonnes, les fous rires, les larmes, les rencontres…

Si nous prenions un pot aujourd’hui nous parlerions aussi de demain, de l’actualité et sa litanie de nouvelles anxiogènes, de la rentrée dans quelques jours, de nos petiots qui grandissent, de nos grands qui volent de plus en plus loin du nid, de nos vies qui filent, du temps qui se défile, des cons qui prolifèrent.

Si nous prenions un pot aujourd’hui, nous évoquerions  une dernière fois l’automne, l’hiver, des saisons qui n’en sont plus, les absents qui nous manquent…

Si nous prenions un pot aujourd’hui, nous nous dirions et pourquoi pas demain ?

« Les suicidées », un sombre plaidoyer pour la cause des femmes

Poster un commentaire Par défaut

La reine incontestée du « tartan noir », Val McDermid, envoie son duo récurrent d’enquêteurs, Tony Hill et Carol Jordan, sur la piste de décès suspects de femmes ouvertement féministes.

Les Suicidées, de Val McDermid
Traduit de l’anglais par Perrine Chambon et Arnaud Baignot Éd. Flammarion, 416 p., 21 €

À Londres, une série de suicides attirent l’attention de l’enquêteur Tony Hill : les victimes sont des femmes plus ou moins actives sur la scène publique et qui ont été victimes de harcèlement sur Internet après avoir revendiqué, d’une manière ou d’une autre, leur engagement ou leur attachement à la cause féministe.  Autre fait particulièrement étrange, des œuvres d’auteurs féministes comme Virginia Woolf, Sylvia Plath, Alexandra Pizarnik, Anne Sexton ont été retrouvés à proximité des victimes…

Autant d’éléments qui attisent la curiosité de Tony Hill, profileur de son état et psychologue au service de la police britannique, qui forme, avec Carol Jordan, un duo d’enquêteurs récurrent (adapté à la télévision en série à succès !) que les habitués de cette auteure écossaise connaissent bien depuis leurs premières aventures en 1995 (La Fureur dans le sang, Une victime idéale, Châtiments, Fièvre, La Souffrance des autres…) (1).

Son ancienne collègue, mise à la retraite un peu contre son gré, va également s’intéresser à cette affaire en écoutant son ami. Elle qui passe ses journées à tuer le temps en bricolant dans sa maison et en buvant plus que de raison. Cette enquête est l’occasion pour elle de sortir de son isolement et pour le duo de se reformer.

Suicide ou meurtre, pour le lecteur, cette question est tranchée dès les premières lignes du roman où nous assistons à la mise à mort de l’une des victimes par un tueur particulièrement remonté contre les femmes. Ce polar est une fois de plus un prétexte pour cette militante infatigable de porter un regard sans complaisance sur la société britannique et notamment les relations hommes-femmes.

fullsizeoutput_f46L’intrigue mâtinée d’humour noir est bien ficelée. L’écriture est ciselée. Les faits s’enchaînent avec fluidité. Les personnages sont bien campés. Même si certains revirements sont souvent un peu trop prévisibles, on se laisse prendre au jeu. Avec une soixantaine de romans au compteur, traduits dans une quarantaine de langues, des prix de toutes sortes, Val McDermid – qui figure, avec Ian Rankin, son voisin de quartier à Édimbourg, parmi les maîtres du « tartan noir », le polar venu d’Écosse, a du métier et cela se sent.

 

« Un seul parmi les vivants », chronique sociale de l’Amérique des années 1930

Poster un commentaire Par défaut

Un premier roman remarquable et prometteur qui nous embarque en Caroline du Nord, au temps de la prohibition et de la « grande dépression ».

« Un seul parmi les vivants », de Jon Sealy, Éd. Albin Michel, collection Terres d’Amérique. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer 358 p., 22,90 €

9782226392152_0_378_554L’histoire débute violemment en 1932, dans une contrée rurale isolée de Caroline du Sud, en pleine prohibition et « grande dépression ». Devant un bar, qui sert de couverture à un lucratif trafic de bourbon de fabrication locale, deux jeunes sont tués.

Un troisième homme, Mary Jane Hopewell, qui a réussi à s’échapper malgré ses blessures, est désigné par des témoins comme le principal suspect. Ce dont doute Furman Chambers, le shérif local. Que Mary Jane, vétéran de la Grande Guerre, soit un « poivrot », un marginal au comportement parfois déroutant, cela est entendu, mais pas un tueur.

Ses soupçons se porteraient davantage sur Larthan Tull, qui règne sans partage sur le trafic de bourbon. Le vieux shérif sait que ces derniers temps Mary Jane Hopewell tentait de se passer de Tull, en vendant l’alcool qu’il distille lui-même. Si jusque-là, ­Furman était du genre à fermer les yeux, il décide de s’en mêler avant que la situation ne lui échappe, d’autant que des fédéraux sont en ville…

Ce n’est pas tant l’enquête qui fait le charme et l’intérêt de ce premier roman que l’atmosphère, les personnages, l’ambition littéraire et l’intelligence de l’ensemble. L’auteur, qui puise dans l’univers du polar, de la littérature du Sud ou du roman social, nous plonge dans le quotidien d’une communauté rurale menant une vie misérable entre la filature de coton, la culture du maïs et les distilleries clandestines.

On pourrait penser que sur cette période, abondamment représentée dans la littérature et le cinéma, tout a été dit, montré et écrit. En lisant ce premier roman on s’aperçoit que non. L’auteur donne vie à des personnages originaux et peint des paysages qu’il connaît intimement. La trame tient la route, habilement rythmée.

On s’attache aux personnages, même les moins sympathiques, qu’il s’agisse de la redoutable Tante Lou ou du cynique Larthan Tull, le magnat du bourbon dont le regard reflète « l’indifférence amorale d’un univers sans dieu ». Que dire du vieux Chambers et du couple qu’il forme avec Alma ou encore de la famille Hopewell ? Un premier roman très noir sur les liens familiaux où l’espoir tente sans cesse de se faire une place, tout comme la rédemption et l’amour aussi, même si cela semble voué à l’échec.