Quand Harry raconte Nesbo

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contributor_67001_195x320Rencontre avec la star du thriller scandinave, le Norvégien Jo Nesbo, qui publie un nouveau volet des aventures de son inspecteur Harry Hole, alors que sort le film adapté de son roman « Le Bonhomme de neige ».

Du Norvégien Jo Nesbo, 57 ans, grand, sec, blond, élégant, félin, barbe de trois jours, jeans délavés, baskets, frappe d’emblée l’allure de star du rock ou du foot. On pense à Bono, le chanteur du groupe U2, à Sting ou au footballeur David Beckham… Jo Nesbo est bien une star, mais du polar, avec plus de 30 millions de romans vendus pour la seule série mettant en scène son inspecteur Harry Hole, des traductions dans plus de cinquante langues… Mais il est également guitariste, compositeur et chanteur, membre avec son frère d’un groupe qui enchaîne les tournées en Norvège. Pour ce qui est du football, il fut sacré en 1978 meilleur joueur norvégien, avant qu’une rupture des ligaments du genou ne mette un terme définitif à ses rêves de carrière professionnelle.

Pour quelques jours, la star est à Paris, à l’occasion de la sortie très attendue de son dernier roman, La Soif, où on retrouve pour la onzième fois le célèbre inspecteur Harry Hole (lire ci-dessous). Jo Nesbo, généreux et inspiré, raconte une enfance dans une famille où l’on adorait raconter des histoires, où l’on aimait les livres (sa mère était bibliothécaire, son père en faisait la collection), et ses premiers pas tardifs dans la littérature policière à 37 ans. Il a multiplié les expériences dans des domaines variés : analyste financier, courtier, journaliste économique… Passionné par la Thaïlande, il y passe une partie de l’année et pratique, entre autres sports, assidûment l’escalade, son remède ultime pour déconnecter. « Lorsqu’on grimpe, on ne peut penser qu’à ce que l’on fait. La concentration doit être au maximum, en particulier lorsque l’on est comme moi sujet au vertige. »62888

Une contradiction qu’il partage avec Harry Hole (prononcez « Houlé ! »), né en 1997 avec L’Homme chauve-souris (Folio). À son sujet, il est intarissable. Il lui doit énormément. Dès leur première aventure, le succès a été au rendez-vous. Ce premier épisode a obtenu le Glass Key Award, attribué au meilleur roman policier de l’année. Depuis vingt ans, les états d’âme de cet inspecteur bourru, aux méthodes peu orthodoxes, fascinent autant les lecteurs que son créateur, qui adore pourtant le mener au bout de lui-même.

Selon Jo Nesbo, ce qui le rend passionnant, ce sont ses contradictions. La plus étonnante étant son rapport avec la société et le modèle social scandinaves. « Harry se définit comme un officier de police, défenseur de la démocratie sociale scandinave, mais on le sent souvent très proche des criminels qu’il poursuit. Il totalise certainement plus de victimes que la plupart des tueurs qu’il poursuit. »

Et pour ce qui est des contradictions, la vie personnelle de l’enquêteur n’est pas en reste. En apparence assagi et en paix avec ses démons dans le début de La Soif, il mène avec la personne qu’il aime une vie douillette qui ne lui convient pas. « Harry Hole est-il vraiment équipé pour le bonheur et l’harmonie ? demande Jo Nesbo. Je ne le crois pas. L’alcool reste un problème difficile à gérer. Le titre La Soif fait bien évidemment référence au vampirisme, autrement appelé syndrome de Renfield, dont est atteint le tueur, mais il évoque également les problèmes d’alcoolisme de Harry Hole, sa soif d’amour, de reconnaissance de la part de ses collègues et de ses proches. »

À la question fatidique sur la part de vécu présente dans son personnage, Jo Nesbo répond : « Il y a beaucoup de moi dans Harry Hole. Même si ce n’est pas ce que je voulais au départ. Nous passons tellement de temps ensemble qu’on finit par se ressembler. Lorsqu’on est en tournée à l’étranger et qu’on se retrouve à parler d’un livre que l’on a écrit cinq ans plus tôt, c’est là qu’on se rend compte que ce que Harry endure ou vit est souvent en lien avec ce qu’on vivait au même moment. »

 

Harry Hole saison onze

La Soif
de Jo Nesbo
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
Série Noire, 606 p., 21 €

Une jeune femme est assassinée dans son appartement d’Oslo en Norvège. Un meurtre peu ordinaire. La victime présente d’étranges marques de morsures à la gorge causées par des dents métalliques. Elle a perdu beaucoup de sang. Quelques jours plus tard, une seconde victime est découverte avec la même mise en scène macabre. Un prédateur assoiffé de sang humain rode en ville. Pour la hiérarchie de la police d’Oslo, seul l’ex-inspecteur Harry Hole sera capable d’élucider cette étrange affaire de « vampirisme » avant que les victimes ne se multiplient et que la panique ne gagne la population.
Mais ce dernier, aujourd’hui enseignant à l’École supérieure de police, coule des jours paisibles avec son épouse. Le vieux flic bourru, intuitif, désabusé, alcoolique et accro à la nicotine que l’on connaît lit désormais les pages culture dans la presse et semble avoir fait la paix avec ses vieux démons. C’est dire s’il hésite à s’occuper de cette affaire qui risque de le faire basculer dans un monde qu’il ne connaît que trop bien. Toutefois, lorsqu’il se rend compte que ces meurtres sont liés à la seule enquête de sa carrière non résolue, son choix est vite fait.

Après quelques piétinements liés à la mise en place de l’intrigue, le rythme s’accélère furieusement, avec des rebondissements à la pelle. On retrouve, ou découvre, l’univers brutal de l’auteur, les bas-fonds d’Oslo, la ville où Jo Nesbo et né et qu’il connaît intimement, ces personnages d’une complexité réjouissante et un Harry Hole plus que jamais au bord du gouffre.

Le paradis pour un chewing-gum à la fraise

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Vendredi matin 15 septembre, dans le TGV de 6 h 07, il semblerait que je sois passé à côté du pire, vous savez, la petite lumière dont on parle.

Tout avait pourtant bien commencé. Comme d’habitude, je me suis assis place 114 voiture 8. Le siège était encore dans la position où je l’avais quitté la veille, en position inclinée, le trognon de pomme et les épluchures d’orange dans la poubelle.

J’ai glissé mon casque audio (à réduction de bruit!) sur mes oreilles, déplié mon ordinateur, tapé quatre ou cinq fois mon mot de passe avant de trouver le bon et je me suis mis à écrire en mâchant un gros chewing-gum à la fraise (sans sucre !) censé, en principe, m’empêcher de piquer du nez…

J’ai dû effectivement écrire quelques lignes, pas très inspirées, avant que Morphée ne prenne le dessus. À vrai dire, je ne me souviens plus de rien, sinon du sentiment d’étouffer avec lequel je me suis brutalement réveillé… Quelque chose de gluant et odorant m’empêchait d’avaler et de respirer. Pris de panique, je me suis redressé en toussant jusqu’à l’expulsion du chewing-gum…

Alors que cherche en tremblotant un mouchoir dans mon sac pour m’essuyer la bouche et les yeux qui empestent la fraise, je sens une timide pression sur mon bras gauche. Je tourne la tête en direction de la voix féminine qui m’interpelle :

Monsieur ? Monsieur ?

J’enlève mon casque faisant tomber ma casquette et mes lunettes que je m’empresse de remettre. Ma première vision est celle d’un chemisier blanc bâillant sur opulente poitrine caramel ballotée par le roulis du train lancé à pleine vitesse, la seconde, celle d’un visage souriant mais inquiet, illuminé par des yeux émeraude et des lèvres pulpeuses.

Vous allez bien ?

Oui.

Monsieur, vous m’avez fait peur, dit-elle avec délicieux accent nord-africain tout en retournant s’assoir. Vous dormiez et d’un coup vous avez commencé à tousser et à gesticuler comme si vous étiez en train de vous noyer. Vous m’avez vraiment fait peur, la vérité, rit-elle soulagée et superbe…

Et moi donc, lui réponds-je, en riant benoitement, tenté d’ajouter que pendant un instant je pensais même être arrivé au paradis…

Colson Whitehead nous raconte l’histoire américaine vue d’un train fantôme

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Couronné par le Pulitzer et le National Book Award, Colson Whitehead explore les rouages du racisme aux États-Unis, mêlant allégorie, réalisme, politique et philosophie.

Underground Railroad,
de Colson Whitehead,
Ed. Albin Michel (Collection Terres d’Amérique)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin,  402 p., 22,90 €

Portée par Cora, une émouvante et courageuse jeune esclave, l’histoire débute en Géorgie, dans une plantation de coton quelques années avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère, qui s’est enfuie quelques années plus tôt, la jeune fille survit confrontée quotidiennement à la cruauté et à la brutalité de ses « maîtres ».

On ne sait pas vraiment son âge : « Seize ou dix-sept ans. C’était l’âge que se donnait Cora. Un an depuis que Connelly lui avait ordonné de prendre époux. Deux ans que Pot et ses amis l’avaient fait mûrir de force. » Caesar, esclave dans la même plantation, lui propose de fuir avec lui : elle refuse puis se laisse convaincre.

Les premières pages, superbement écrites, reviennent judicieusement sur l’effroyable histoire de la grand-mère de Cora arrachée à sa terre africaine natale. On assiste à son arrivée en Amérique du Nord où elle passe entre les mains d’une multitude de propriétaires qui, les uns après les autres, impriment sur sa chair leur marque au fer rouge…

Une entrée en matière nécessaire sur les origines de ce mal qui empoisonne l’Amérique et dont les Indiens ont été les premières victimes comme le rappelle régulièrement l’auteur.

Le roman plonge ensuite dans une autre dimension, mêlant romanesque, fantastique, politique et philosophie, lorsque Cora et Caesar décident de fuir à bord de l’underground railroad (chemin de fer clandestin). Un vaste réseau mythique, à qui l’auteur donne corps en le présentant métaphoriquement comme un réseau ferré souterrain, avec des chefs de gare, des trains.

Dans la réalité, ce réseau formait un ensemble de routes secrètes à travers l’Est du pays avec des moyens de transport, des lieux d’accueil et d’assistance gérés et organisés par des abolitionnistes.

Pour Cora et Caesar débute alors une longue fuite par étapes quasi initiatiques vers les États du Nord et une hypothétique liberté avec un redoutable chasseur de primes et son équipe aux trousses… Une errance éprouvante, pavée de nombreux morts et de souffrance à travers différents États. Les moments de répit seront rares, les illusions particulièrement cruelles et l’Amérique abolitionniste pas toujours aussi exemplaire que l’on aimerait le croire.

Les personnages sont profonds, magnifiques, émouvants. Ils sont également terrifiants, comme ce chasseur de prime blanc sûr de sa mission, ou encore son acolyte au collier d’oreilles et l’énigmatique Homer…

Avec une narration remarquablement maîtrisée et originale, l’ensemble est une fascinante métaphore de cette histoire constitutive de l’identité américaine qui éclaire son actualité récente marquée notamment par l’élection de Donald Trump, les manifestations de l’extrême droite identitaire à Charlottesville en ­Virginie ou les innombrables bavures policières visant des ­Africains-Américains.

Petit matin brumeux

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IMG_3561Le train file dans le petit matin brumeux d’une éclaircie fugitive à une autre. Des gouttes d’eau argentées perlent et serpentent sur les vitres.

Le train file dans le petit matin perçant des paysages hérissés d’éoliennes, des champs tracés au cordeau qui attendent paisiblement l’hiver, le ventre offert aux vents et aux pluies d’automne.

Le train file dans le petit matin, longeant des bouquet anarchiques d’arbres aux ramures jaunissantes ; des chemins pavés de cailloux blancs, bordés d’herbes rebelles, que croisent des routes désertes menant à des villages isolés.

Le train file dans le petit matin, des oiseaux noirs volent et virevoltent au ras du sol sous un ciel couleur de plomb. 

Le train file dans le petit matin, mes paupières s’alourdissent, mon regard balaie le paysage au son de Tubular bells de Mike Oldfields. La nuit a été courte. Mon corps réclame son dû, je m’assoupis. 

Une cure de jouvence avec Hendrik Groen

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Je vous recommande ce journal de chroniques où le pensionnaire d’une maison de retraite consigne son quotidien. 

Le vieuxLes flagrants délires d’Hendrik Groen.
Ed. Presses de la cité. Traduit du néerlandais par Mireille Cohendy.
364 p., 21 €.

Si vous avez envie de passer un excellent moment, je vous recommande vivement de lire ce journal de chroniques où le pensionnaire d’une maison de retraite hollandaise raconte pendant un an son quotidien, ses contrariétés, ses pensées et observations, ses envies et ses joies avec les autres membres du club VIMAPEM (Vieux Mais Pas Encore Morts).

Certes, on ne sait pas qui en est vraiment l’auteur. Ce mystère est un tantinet agaçant. Mais qu’il s’agisse du véritable pensionnaire de cette maison de retraite ou pas n’a pas franchement beaucoup d’importance. Ce qui nous intéresse c’est le contenu, les anecdotes, le style… Et de ce côté-là on n’est pas déçu. L’écriture est vive, la plume, provocante, rebelle, insolente, intelligente, toujours digne et vraiment réjouissante…

Il m’arrive régulièrement de m’y replonger juste pour le plaisir.

Extraits :
« Il y avait du sucre glace partout. Mme Smit a posé le plateau de beignets sur une chaise, le temps de passer un chiffon sur la table. Mme Voorthuizen s’est amenée avec son gros derrière et elle s’est assise sur les beignets, sans même s’en apercevoir. Ce n’est qu’au moment où Mme Smit a commencé à chercher son plateau qu’on a eu l’idée de regarder sous Mme Voorthuizen. Quand elle s’est relevée, trois beignets aux pommes étaient collés à sa robe à fleurs. « Ils vont bien avec le motif » a dit Evert. J’ai failli m’étouffer de rire. »

« Encore une année où je n’aimerai pas les vieux.Toujours à traîner des pieds derrière leur déambulateur, à s’impatienter au moindre prétexte, à se plaindre de tout et de rien; et puis leurs sempiternels petits-fours pour le thé, leurs soupirs et leurs lamentations!
J’ai moi-même 83 ans un quart. »

« Dans la vie, il arrive que la nature vous redonne un petit coup de jeune, mais dans la chambre d’un résident de maison de retraite, ce n’est pas le cas. L’état d’une plante d’intérieur reflète celui de son propriétaire, tous deux sont condamnés à une fin sans joie. Comme ils n’ont rien d’autre à faire, les petits vieux arrosent ces pauvres plantes trois fois par jour, et même davantage, en raison de leurs pertes de mémoire. À la longue, même une sansevière finit par rendre l’âme. »

Le dimanche, la Sncf ressort ses tacots

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Au risque de me répéter, j’aime bien voyager en train. À deux exceptions, le vendredi soir et le dimanche. Le vendredi soir, les usagers ou clients que je croise d’ordinaire dans les gares et les trains sont très différents de ceux qui voyagent en semaine. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais la concentration d’excitation, d’irritabilité, d’irrespect au mètre carré est souvent à la limite de ce que je peux supporter. C’est la même chose, parfois en pire, le dimanche soir… On dirait que certaines personnes ont décidé de vous faire payer le  fait que leur weekend se termine.

Pour ce qui est du dimanche matin c’est souvent les conditions matérielles qui en sont la cause. Voilà des années que je fais les allers retours un dimanche sur deux et j’ai le sentiment que ce jour-là, la SNCF en profite pour ressortir les grands anciens, les malades, les bancals, histoire de leur faire prendre l’air. Je parle des trains bien entendu… Le TGV du 3 septembre en était la parfaite illustration.

Dès son entrée en gare avec une vingtaine de minutes de retard, liée à une « sortie tardive du dépôt, on comprenait que le carrosse censé nous transporter à Paris Gare de Lyon avait déjà bien vécu. A commencer par la motrice à la calandre constellée de bosses et rayures. À bord, le sentiment  de délabrement se confirmait à l’odeur entêtante de désinfectant mêlé à du produit de traitement des WC chimiques ; aux sièges usés à la corde ; à l’absence poubelles ; à certaines tablettes cassées, à la moquette souillée, à la clim bloquée en mode canicule pulsant un air glacial, aux messages du chef de bord ininterrompus par des grésillements et des absences. En arrivant à ma place, je constaterai que mon accoudoir droit était cassé et impossible à relever, tout comme le dossier… Je ne parles pas de la poussière et de la crasse dans les grilles d’aération, des taches suspectes au plafond… et de l’état lamentable des toilettes. Enfin de celles qui étaient encore en service une demi-heure après le départ… Mais là, je serai plus clément, conscient que viser juste dans un train qui tangue autant relève de l’exploit… Bonne journée

La loi de l’Ouest selon James Lee Burke

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Dans cette suite de Dieux de la pluie, on retrouve le shérif Hackberry Holland et le terrifiant prédicateur psychopathe Jack Collins dans un univers où la folie pourrait bien prendre le pouvoir.

James lee BurkeLa Fête des fous,
de James Lee Burke
Éd. Rivages, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier,
554 p., 22,50 €

À la frontière entre le Mexique et les États-Unis, un lieu propice à tous les trafics, Dany Boy Lorca, un Indien alcoolique, raconte avoir vu un « coyote » (surnom donné aux migrants clandestins) poursuivre deux hommes dans le désert et tuer l’un d’eux. Quelques jours plus tard, on retrouve le cadavre d’un informateur des services de lutte antidrogue du FBI. Le fugitif serait un scientifique qui travaillerait sur un programme confidentiel de drones chargés d’éliminer les terroristes islamistes… Le shérif Hackberry Holland (pendant texan de Dave Robicheaux, autre héros récurrent de l’auteur) et son adjointe Pam Tibbs n’ont qu’une certitude, il faut retrouver ce dernier avant le ou les tueurs…

Dès les premières lignes se dessine une chasse à l’homme sombre et haletante dans des paysages aussi magnifiques qu’inhospitaliers. L’intrigue, à tiroirs, fait avancer les personnages…

Sur leur chemin, les deux enquêteurs vont en croiser une multitude plus fous, torturés, redoutables ou inquiétants les uns que les autres :  qui ne peut se pardonner ses erreurs passées ou ses sentiments pour son adjointe ; le prédicateur Jack Collins, un psychopathe sanguinaire qui se promène avec les dépouilles de ses trois enfants dans une boîte, pour échapper aux fantômes de femmes qu’il a massacrées (lire Dieux de la pluie, chez le même éditeur).

Dans ce paysage inquiétant se baladent des mercenaires à la solde des cartels ; un mafieux russe ; des agents du FBI, de la DEA (Drug Enforcement Administration) ; Cody Daniels, un nativiste qui fait respecter les Saintes écritures au fusil et à la grenade ou encore la mystérieuse Anton Ling, alias la Magdalena, une Asiatique ange gardien des clandestins…

La foi et la folie sont omniprésentes dans ce western contemporain palpitant où l’extrême violence flirte avec le lyrisme poétique, la mort avec la vie, où les vivants doivent parfois répondre des crimes du passé…

Pour James Lee Burke, que nous avions rencontré l’été dernier chez lui, cette allégorie sur le néocolonialisme et sur la prise en otage dont sont parfois victimes les religions est l’un de ses meilleurs romans. Une chose est certaine, il donne une fois de plus une preuve de son incroyable imagination et de son immense talent littéraire.